Share

Chapitre 9

Author: lerougeecrit
last update publish date: 2026-02-21 00:00:15

Ava

La matinée avait commencé dans une douceur trompeuse, une de ces aubes napolitaines où la ville semble demander pardon pour sa violence habituelle. La lumière filtrait à travers les persiennes du manoir, découpant des lattes d’or sur le parquet ciré. Dans la salle à manger, l’air était saturé de l’odeur riche, presque huileuse, des grains de café fraîchement moulus et du parfum plus éthéré des lys blancs disposés dans un vase en cristal de Murano. C’é

Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 31

    VincenzoL’odeur du papier administratif, de la cire synthétique et du café filtre tiède m’a toujours donné envie de tuer. Le bureau du procureur Ricci, niché dans les étages supérieurs du palais de justice de Naples, puait la bureaucratie stérile, la sueur froide des lâches et la trahison légitime. C’était un bocal de verre et de faux semblants, un sanctuaire d'impuissants qui se croyaient protégés par le vernis des codes juridiques. Les stores vénitiens en aluminium gris coupaient la lumière crue de l’après-midi, projetant des lignes régulières, géométriques et sombres sur le sol de linoléum délavé, comme les barreaux d’une cellule virtuelle que l'on tentait de refermer sur mes épaules. Mais on n'enferme pas un De Luca avec des ombres et du papier.Je n'avais pas retiré mon manteau de cachemire noir, dont la coupe lourde et ajustée accentuait la carrure qu'aucun de ces hommes n'oserait regarder en face. Je restais debout, ancré au centre de la pièce comme un prédateur sur son territ

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 30

    AvaLa grossesse avait profondément modifié mon rapport à l'espace et au temps. À cinq mois, je sentais le poids de cet enfant modifier le centre de gravité de mon corps, mais aussi celui de mes pensées les plus intimes. Mon ventre s’était alourdi, s'arrondissant en une courbe douce et ferme que mes mains recherchaient désormais à chaque seconde de répit. Le week-end de faste orchestré par Antonio — et l'éclat magistral, presque théâtral, de sa demande en mariage à Paul au milieu du grand salon — m'avait laissée ivre, saturée par une sensation de vertige mondain qui confinait à l'étouffement. Le manoir De Luca, avec son luxe tapageur et ses murs suant le sang et le secret, me pesait. J'avais besoin d'air. J'avais besoin de l'ombre d'un homme qui ne me regardait pas constante comme une obsession charnelle, un trophée de guerre ou une reine de l'ombre à protéger du reste du monde.C’est pour cela que j'avais demandé à Cora de me conduire à la lisière de la ville, loin des hommes en arme

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 29

    AntonioLe manoir De Luca n’avait pas été conçu pour la joie ; il avait été bâti pour survivre aux sièges, cacher les cadavres et étouffer les secrets. Ses murs épais de pierre volcanique sombre portaient encore les stigmates des guerres de territoires passées, des impacts de balles savamment gommés par le temps, et cette odeur tenace de marbre froid, de tabac et de sang séché qui imprégnait la mémoire des lieux. Pourtant, ce samedi matin, sous le soleil pâle de la fin de l'hiver napolitain, ses voûtes de pierre noire résonnaient d'un cliquetis de vaisselle fine, de bruits de pas légers et de éclats de voix qui tenaient presque du blasphème.J’ajustai les poignets de ma chemise de lin blanc devant l’immense miroir doré du grand salon, observant d’un œil critique et analytique le ballet incessant des traiteurs que j’avais fait venir directement de Milan à grands frais. Un week-end entier. J’avais décrété, de ma propre autorité, que la célébration de la vie s’étalerait sur quarante-huit

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 28

    VincenzoVenise en décembre n'était pas une promesse de romance ; c'était un linceul de marbre et de givre.Depuis la proue du bateau privé qui fendit les eaux noires du Grand Canal, je fixais la brume — ce givre épais qui rampait sur la lagune, avalant les palais baroques et les poteaux d'amarrage usés par le sel. L'humidité viciée de la mer Adriatique se mêlait au froid de la nuit vénitienne. C'était un froid tranchant, une lame de rasoir qui s'engouffrait sous mon pardessus en cachemire noir et mordait la peau de mon cou avec une insistance presque obscène. Autour de nous, les façades des édifices séculaires ressemblaient à des spectres figés, des géants de pierre s'effritant sous le poids des siècles et des secrets qu'ils protégeaient.Mais l'hiver m'importait peu. Les morsures du gel, la nuit d'encre, l'hostilité latente de cette ville bâtie sur des abîmes... tout cela s'effaçait. Mon attention, mon oxygène, toute l'intensité

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 27

    AvaL’odeur entêtante de l’antiseptique et du cuir synthétique froid flottait dans la pénombre de la clinique privée. Une adresse d’un anonymat absolu, presque sépulcral, nichée sur les hauteurs escarpées de Posillipo, loin de la rumeur étouffante des ruelles de la basse ville et des regards obliques des balances du port. Ici, le silence et la discrétion s’achetaient à coups de liasses de billets de banque non traçables, une règle d’or absolue pour quiconque avait le privilège ou la malédiction de porter le nom de De Luca.Allongée sur la table d’examen en acier inoxydable, je gardais les yeux désespérément rivés sur les fissures du plafond de plâtre blanc, tentant de réguler le rythme de mon souffle. Le gel d’imagerie qu’on venait de m'étaler sur le bas-ventre était glacial, une morsure chimique qui contrastait douloureusement avec la température de ma peau. À mes côtés, Vincenzo se tenait debout. Immobile. Une mass

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 26

    VincenzoLe silence qui s’abattait sur Naples ce soir-là n’était qu’une trêve de façade, une ruse de cette putain de ville pour mieux nous saigner au tournant. C’était ce genre de calme lourd, poisseux, saturé par les effluves de soufre et de marée basse qui remontaient du port, une atmosphère suspendue qui précède invariablement les grands massacres ou les orages d’été. Mais pour la première fois depuis des mois, la tempête ne grondait pas à l’intérieur de mes propres murs. Mes verrous étaient tirés. Les sentinelles étaient en place dans la pénombre des jardins, le doigt sur la détente. Le domaine n'était plus un avant-poste militaire ou un tribunal improvisé ; il était redevenu mon sanctuaire de marbre noir.Depuis notre retour de la villa Bellini, les eaux de la baie semblaient s'être apaisées, lissées par une pellicule sombre et protectrice. Ma démonstration de force aux côtés d'Ava face à Alfonso Bellini, ce vieux débris d’aristocrate qui lui servait de grand-père, avait eu l'eff

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status