LOGINÀ dix-huit ans, Elena Conti croyait vivre un conte de fées. Héritière d’une puissante famille italienne déchue, elle tombe éperdument amoureuse de Matteo De Santis, le fils unique d’un homme redouté et intouchable. Leur mariage, précipité mais passionné, est en réalité encouragé par le père d’Elena, ruiné par ses dettes, prêt à tout pour sauver ce qu’il reste de leur fortune. Pendant sept ans, Elena se donne entièrement à Matteo, fermant les yeux sur son indifférence, ses humiliations silencieuses et ses absences répétées. Mais le jour de leur anniversaire de mariage, sa vie bascule : elle le découvre en train de la tromper. Brisée, elle prend une décision radicale et met fin à sa grossesse. Alors que tout semble perdu, un homme surgit dans sa vie : Vittorio De Santis, le père de Matteo. Chef de la mafia, magnat impitoyable, il lui propose de sauver sa mère et d’effacer ses dettes… à une seule condition : qu’elle devienne sa femme. Ce qu’Elena ignore, c’est que cette proposition n’est pas un hasard. Pris au piège entre un mari infidèle et un homme puissant qui la réclame corps et âme, Elena doit naviguer dans un monde où désir, pouvoir et vengeance s’entremêlent dangereusement. Car Vittorio ne fait pas d’amour : il possède. Mais Elena pourrait bien être la seule à faire vaciller cet homme impitoyable.
View MoreBip. Bip. Bip.
Je grogne et enfouis mon visage dans l’oreiller.
— Tais-toi…
Bip. Bip. Bip.
Ma main tâtonne à l’aveugle sur la table de nuit. Je rate le réveil une première fois, puis une deuxième.
— J’arrive… marmonné-je.
Je finis par appuyer dessus. Le silence retombe. Enfin. Je reste immobile quelques secondes, les yeux fermés.
Je roule sur le dos et fixe le plafond.
— Sept ans de mariage… soufflai-je.
Et je l’aime toujours autant…
Je tourne la tête vers l’autre côté du lit.
Vide.
Mon sourire s’agrandit.
— Bien sûr… déjà parti.
Matteo et ses surprises…
Je me redresse lentement, encore un peu engourdie. Mon corps est lourd, mais il y a cette sensation étrange, persistante, au creux de mon ventre.
Depuis quelques jours déjà.
Je fronce légèrement les sourcils.
Je me sens vraiment bizarre…
Mon téléphone se met à vibrer sur la table de nuit.
Bzz… Bzz… Bzz…
Je le prends sans regarder l’écran.
— Allô… ?
— Elena !
Je souris instantanément.
— Maman…
Sa voix est vive, presque trop.
— Tu es réveillée ?! Tu dors encore ?!
Je laisse échapper un petit rire.
— Je viens d’ouvrir les yeux… laisse-moi au moins respirer…
— Aujourd’hui est un grand jour ! Tu ne peux pas dormir !
Je me lève en traînant légèrement les pieds.
— Oui, oui… je sais…
— “Oui, oui…” ?! répète-t-elle. Elena, c’est ton anniversaire de mariage !
Je roule des yeux en me dirigeant vers la salle de bain.
— Je sais, maman… sept ans… je n’ai pas oublié.
— Et tu es prête ?
Je m’arrête devant le miroir.
Mes cheveux sont en bataille. Mon visage encore marqué par le sommeil.
Mais mes yeux brillent.
— Je crois que oui…
Plus que prête…
Je baisse les yeux vers le tiroir.
Je l’ouvre.
Le test est là.
Je déglutis.
— Tu crois… que c’est le bon moment ? murmuré-je.
— Pour quoi ? demande ma mère.
Je prends le test dans ma main.
— Rien… oublie…
Non… je veux savoir… maintenant.
Je coince le téléphone entre mon épaule et mon oreille.
— Tu fais quoi ? demande-t-elle.
— Je vais… aux toilettes.
— Elena !
— Quoi ?!
— Tu ne vas pas me laisser en ligne pendant que—
— Trop tard.
Je coupe à moitié son protestation en posant le téléphone sur le meuble, haut-parleur activé.
— Ne raccroche pas.
— Je ne raccroche pas ! Mais dépêche-toi !
Je laisse échapper un petit rire nerveux.
Mes mains tremblent légèrement.
Allez… respire…
Quelques secondes passent.
Puis—
Un petit clic.
Je baisse les yeux.
Le voyant s’allume.
Deux traits.
Je reste figée.
— Elena ?! s’impatiente ma mère. Tu fais quoi ?!
Ma respiration se bloque.
— Elena ?
Je porte une main à ma bouche.
— Je…
Ma voix tremble.
— Je suis enceinte.
Un silence.
Puis—
— Quoi ?!
Sa voix explose dans le téléphone.
Je laisse échapper un rire étranglé, presque un sanglot.
— Je suis enceinte, maman…
Mes jambes flanchent et je m’assieds sur le rebord de la baignoire.
— Oh mon Dieu… oh mon Dieu… répète-t-elle.
Je ris, je pleure en même temps.
— Ça a marché… ça a vraiment marché…
— Ma chérie…
Sa voix se brise légèrement. Puis elle tousse, une toux sèche, brusque.
Je me redresse immédiatement.
— Maman ?
— Ça va…
Elle tousse encore.
— Maman, tu—
— C’est rien.
Je fronce les sourcils.
— Tu es sûre ?
— Oui… oui… j’ai juste attrapé un petit rhume.
Un rhume ?
— Tu es malade ?
— Un peu fatiguée, rien de plus.
Je serre le téléphone.
— Tu viens quand même aujourd’hui ?
— Elena… je ne pense pas pouvoir venir.
Mon cœur se serre.
— Quoi ?
— Je préfère rester me reposer.
— Non, attends, je peux venir te chercher ! dis-je rapidement. On appelle un médecin, on—
— Non.
Sa voix est douce, mais ferme.
— Elena… aujourd’hui, c’est ton jour.
Je baisse les yeux vers le test toujours dans ma main.
— Mais maman…
— Tu dois profiter. Avec Matteo.
Matteo…
— Et puis…
Sa voix s’adoucit encore.
— Tu vas avoir un bébé.
Je ferme les yeux.
— Je suis tellement heureuse pour toi…
Un petit sourire triste étire mes lèvres.
— Tu me manques déjà…
— On s’appelle ce soir ?
— Promis ?
— Promis.
Je souffle.
— Repose-toi.
— Toi aussi… prends soin de toi.
— Toujours.
Je raccroche. Le silence retombe. Je regarde le test puis mon reflet dans le miroir.
— Je suis enceinte…
Un rire m’échappe.
Je me lève d’un bond.
— Matteo va devenir fou !
Je me précipite hors de la salle de bain, attrape mon téléphone.
Je tape un message rapidement.
“J’ai une surprise pour toi.”
Je souris.
Non… mieux…
J’efface.
“J’ai hâte de te voir.”
J’envoie.
Quelques secondes.
Rien.
Je fais les cent pas.
Mon téléphone vibre enfin.
Bzz.
Je l’ouvre immédiatement.
Matteo : “Je serai directement au manoir. J’ai des choses à régler.”
Je fixe l’écran.
Mon sourire se fige légèrement.
Pas même un… “bonjour” ?
Je tape :
“Tout va bien ?”
Réponse quasi immédiate.
“Oui.”
C’est tout.
Je reste immobile.
Juste… oui ?
Je relis le message.
Encore.
Puis je verrouille mon téléphone.
— D’accord…
Je souffle doucement.
Il est juste occupé… c’est une grande soirée…
Je force un sourire.
— Il va adorer la surprise…
Je serre le test contre moi.
— Il doit juste être stressé.
Oui… c’est ça…
Je me dirige vers la chambre pour m’habiller.
Aujourd’hui…
Tout va changer.
Tout doit être parfait.
*****
Alors que j’arrivais au manoir, je ne reçu toujours pas de message venant de Matteo.
Il devrait déjà être là… Matteo n’a jamais été en retard pour une soirée qui lui est dédiée. Jamais.
La voiture s’arrête devant les marches en marbre. Un employé s’approche pour m’ouvrir la porte, et je lui adresse un sourire automatique en sortant.
— Bonsoir, madame.
— Bonsoir… merci.
Ma voix me semble un peu trop douce. Je lisse ma robe d’un geste machinal avant de lever les yeux vers la façade illuminée. Le manoir De Santis n’a jamais été aussi éclatant. Des lumières dorées habillent les balcons, et derrière les grandes fenêtres, je distingue déjà les silhouettes des invités.
— Elena !
Je me retourne au son de cette voix familière et la reconnais aussitôt – une des invitées qui s'approche, le visage illuminé.
— Tu es vraiment superbe ! lance-t-elle en m’attirant dans une brève étreinte.
— Oh, merci, c’est adorable de ta part, lui réponds-je.
— Matteo va être fou en te voyant comme ça.
Oui… il va être fou, mais pas pour la raison que tu crois.
Je hoche la tête, le cœur un peu plus léger à cette pensée.
— Tu sais où il est ? demandai-je naturellement.
Elle hésite une fraction de seconde.
— Je… non, je ne l’ai pas encore vu.
Mon sourire vacille à peine, juste assez pour que moi seule le remarque.
— Il doit être en retard.
— Probablement, ajoute-t-elle rapidement.
Je m’éloigne doucement, saluant d’autres invités au passage, répondant aux compliments, laissant échapper quelques rires. Mais mon regard continue de balayer la pièce, inlassablement.
Pas de Matteo.
Je vérifie mon téléphone.
Aucun nouveau message.
D’accord… respire… il arrive.
— Tu le cherches ?
La voix derrière moi me fait légèrement sursauter. Je me retourne et croise le regard d’un des amis de Matteo.
— Oui… tu l’as vu ?
Il hausse les épaules.
— Pas depuis cet après-midi.
Mon estomac se serre imperceptiblement.
— Ah… d’accord.
— Il doit être occupé, ajoute-t-il avec un sourire un peu trop détendu.
Occupé… oui… comme toujours.
Je repose mon verre sans y avoir touché et m’écarte du groupe. L’agitation autour de moi devient soudain étouffante. Les rires me semblent trop forts, les voix trop nombreuses.
Je dois le trouver.
Il est sûrement dans sa chambre…
C’est là qu’il se réfugie toujours quand il veut éviter le monde.
Je monte à l’étage. Je fais quelques pas, puis m’arrête. Un son. Faible. Étouffé.
Je fronce les sourcils.
C’est quoi ?
Je tends légèrement l’oreille. Le son se répète. Un souffle. Puis un autre.
Mon cœur ralentit une seconde, comme suspendu.
Non…
Je secoue légèrement la tête, comme pour chasser cette idée.
Ce n’est rien… probablement un invité…
Je reprends ma marche, un peu plus lentement cette fois. Plus je m’approche, plus les sons deviennent clairs. Des gémissements. Indiscutables.
Je m’arrête net devant la porte de la chambre d’ami.
Mon estomac se noue.
— Sérieusement… murmuré-je à voix basse, agacée malgré moi.
Ils ne peuvent pas attendre ? Ici ? Aujourd’hui ?
Je lève les yeux au ciel, prête à continuer mon chemin, quand un détail me fige.
— Plus fort babe, encore..., oui, oui, oui
— Oh oui, oh oui, tu aimes ça ... hun, hun, hun
Quelque chose de… familier.
Mon cœur rate un battement.
Non…
Je me tourne lentement vers la porte.
Le silence autour de moi devient assourdissant. Je n’entends plus que ça. Ces sons. Cette voix.
Mes doigts se crispent légèrement.
Tu te fais des idées…
Je fais un pas en arrière.
Puis un autre.
Mon regard glisse vers la porte de la chambre de Matteo, un peu plus loin dans le couloir.
Fermée.
Je déglutis.
Alors… pourquoi…
Un nouveau son traverse la porte.
Plus clair.
Plus reconnaissable.
Mon souffle se bloque.
Non… ce n’est pas lui…
Je sens mon cœur accélérer brutalement, cognant contre ma poitrine.
Je fais un pas en avant.
Puis un autre.
Ma main se lève lentement vers la poignée.
Elle tremble.
Si tu ouvres… tout change.
Je restai longtemps immobile après le départ de Vittorio.La porte venait de se refermer derrière lui mais j’avais encore l’impression que sa présence occupait entièrement la pièce. Mon cœur refusait toujours de ralentir correctement et ma peau brûlait encore à l’endroit où il avait retenu mon poignet.“Je refuse de devenir un homme qui profite d’une femme brisée.”Pourquoi cette phrase me bouleversait-elle autant ?Je laissai échapper un souffle fatigué avant de passer une main dans mes cheveux.Tout était devenu incompréhensible.Quelques semaines plus tôt encore, ma vie semblait parfaitement tracée. J’avais un mari. Un avenir. Une place dans le monde. Matteo et moi formions ce couple que tout le monde admirait.Et maintenant… je me retrouvais dans la forteresse d’un Don de la mafia italienne après avoir presque embrassé son père.Mon Dieu.Je fermai les yeux quelques secondes avant de me diriger lentement vers les immenses fenêtres du salon. Les montagnes italiennes disparaissaient
Je restai immobile près du canapé tandis que Sofia quittait discrètement la pièce derrière les hommes. Dès que la porte se referma, le silence devint encore plus oppressant.Vittorio me regardait toujours. Ce regard me troublait bien plus que je ne voulais l’admettre.Comme s’il réfléchissait déjà à plusieurs coups d’avance pendant que moi, j’essayais encore de comprendre ce qui était en train de se passer.— Qui sont exactement les Russo ? demandai-je finalement.— Une famille qui oublie parfois sa place.La simplicité de sa réponse me fit presque frissonner.— Ils ont attaqué un de vos ports…— Oui.— Et plusieurs hommes sont morts.— Oui.Il répondait avec un calme dérangeant.Comme si la violence faisait partie de son quotidien au point de ne plus provoquer la moindre émotion chez lui.Je le fixai quelques secondes avant d’oser poser la question qui me brûlait les lèvres.— Et maintenant ?Cette fois, un léger silence passa.Puis Vittorio leva enfin les yeux vers moi.— Maintenant
La voiture roulait depuis longtemps déjà lorsque j’ai aperçu les premières lumières au loin.Je regardais silencieusement le paysage défiler derrière la vitre teintée sans réussir à calmer le chaos dans ma tête. La ville avait disparu depuis plus d’une heure et les routes traversaient désormais des collines sombres où seuls les phares du convoi semblaient encore exister.Personne ne parlait.Les hommes installés à l’avant restaient parfaitement silencieux tandis que deux autres véhicules noirs nous suivaient à distance régulière. Tout respirait l’organisation, la discipline, le contrôle absolu.Et cela ne faisait qu’accentuer cette sensation oppressante qui grandissait en moi depuis plusieurs jours.Je n’étais plus dans mon monde.Depuis le soir où j’avais accepté l’offre de Vittorio De Santis, tout semblait irréel, comme si j’avançais dans une existence qui appartenait à quelqu’un d’autre.À côté de moi, Vittorio parcourait calmement plusieurs documents qu’un homme lui avait transmis
Je restai immobile plusieurs secondes après son départ.Le bruit des entraînements avait repris autour de moi, les coups, les respirations lourdes, les ordres brefs échangés entre les hommes… mais tout me semblait soudain étouffé, lointain parce que mon esprit était encore bloqué sur ses derniers mots.“Le jour où je te toucherai, tu ne devras plus penser à un autre homme quand tu fermeras les yeux.”Je déglutis difficilement.Pourquoi est-ce que cette phrase me bouleversait autant ?Je devrais le détester.Tout chez Vittorio aurait dû me faire peur. Son pouvoir. Son contrôle. Cette violence silencieuse qui semblait exister partout autour de lui.Et pourtant…Quand il s’était approché de moi, mon corps avait réagi avant même que ma tête puisse réfléchir.Cette idée seule suffisait à me mettre en colère contre moi-même.— Madame ?Je sursautai légèrement avant de tourner la tête.Bianca venait d’entrer dans la salle.— Monsieur De Santis m’a demandé de vous raccompagner.Évidemment !!!
— Entre, dit-il, et son ton coupe net toute hésitation.Je prends une inspiration et obéis. Le hall est immense, noir et brillant, comme un tombeau de richesse. Des lustres en cristal projettent des reflets sur le marbre, et des œuvres d’art que je n’oserais même pas toucher décorent les murs. Tout
Je déglutis, essayant de reprendre contenance.— Vous n’étiez pas obligé de venir, dis-je finalement, en soutenant son regard.— Si.Je serre légèrement les doigts autour de mon téléphone.— J’avais dit que j’allais vous rappeler.— Tu l’as fait.Il incline légèrement la tête.— Et tu as accepté.S
Tout s’embrouille dans ma tête.Épouse-moi.Je ferme les yeux brusquement.— Non…Le mot m’échappe à voix basse, presque comme une prière.C’est absurde. Complètement absurde.Je passe une main sur mon visage, essayant de me ramener à quelque chose de concret, de rationnel.— Ce n’est pas une solut
Quand je rouvre les yeux, tout est silencieux.Le plafond blanc au-dessus de moi me semble étranger. Il me faut quelques secondes pour comprendre où je suis. L’odeur antiseptique, la lumière trop nette, le léger bourdonnement d’un appareil quelque part dans la pièce… tout me revient d’un coup.L’hô






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