LOGINVendue par des trafiquants, elle échoue entre les mains d’un gang où elle devient le secret le plus sombre de son chef : sa possession interdite, son péché silencieux. Froid, calculateur, il la manipule comme une pièce maîtresse dans sa guerre de territoire, pourtant, à chaque instant crucial, il se jette dans la gueule du danger pour elle. Tiraillée entre la peur et une attirance dévastatrice, elle tombe amoureuse de cet homme aux deux visages. Mais leur passion brûle en enfer lorsqu’un affrontement éclate : elle se jette devant lui, arrêtant une balle mortelle. Inconsciente, baignant dans le sang, il la croit perdue à jamais. Sa véritable famille, ennemie jurée de son amant, la sauve in extremis… et efface méthodiquement sa mémoire. Elle renaît alors sous une nouvelle identité, sans souvenirs de leur tragédie amoureuse. Pendant trois ans, il sombre dans une folie vengeresse, traquant son fantôme aux quatre coins du pays. Jusqu’à ce qu’il la retrouve, de l’autre côté du miroir : héritière insouciante du gang rival, protégée par ceux-là mêmes qui voulaient le détruire. Brisé, obsédé, il comprend que leur amour est son seul repère. Et cette fois, tardif mais absolu, il ne la lâchera plus… même s’il doit brûler les deux clans pour la récupérer.
View MoreAlthéa
Je me souviens de la texture du sac sur mon visage avant même de me souvenir de mon nom. Une toile rêche, qui sent le carburant et la sueur, qui gratte mes joues et colle à mes lèvres quand j'essaie de crier. Le son qui sort de ma gorge est étouffé, ridicule, un couinement d'animal pris au piège.
Mes poignets me font mal. Le plastique des liens s'enfonce dans ma chair chaque fois que je tire, et je tire sans cesse, je ne peux pas m'en empêcher, même si je sais que c'est inutile. Le fourgon tangue, me jette contre la paroi métallique. Mon épaule heurte quelque chose de dur. Je ne gémis pas. Je refuse de gémir. J'ai déjà trop montré ma peur, trop nourri leur satisfaction.
— Elle est réveillée, la petite.
La voix vient de devant. Rauque, indifférente. Un homme qui parle de moi comme on parle d'un colis qui s'est renversé dans le coffre.
— Laisse-la gémir. Elle va s'épuiser toute seule.
Je ne leur donnerai pas ce plaisir. Je serre les dents si fort que ma mâchoire craque. Je ravale le sanglot qui monte, je l'écrase au fond de ma gorge, je le transforme en rage. Mon corps ne m'obéit plus, mes jambes tremblent, ma poitrine se comprime, mais je ne ferai pas un bruit. L'air dans le sac devient rare, chaque inspiration est une brûlure, et je m'en nourris. La brûlure m'empêche de penser. La brûlure m'empêche de sombrer.
Je ne sais pas depuis combien de temps nous roulons. Les minutes ont fondu dans la terreur, se sont agglutinées en une masse gluante où le temps n'a plus de prise. Le moteur vibre dans mes os. L'obscurité du sac est totale, et dans cette obscurité, les images reviennent.
Le parking souterrain. La main sur ma bouche. L'odeur douceâtre du chloroforme avant que tout s'éteigne. Le visage de maman qui s'efface déjà.
Je ne lui ai pas dit au revoir.
Je ne lui ai pas dit que je l'aimais.
Les larmes coulent enfin, silencieuses, absorbées par la toile. Personne ne les voit. Personne ne les entendra. Mais je ne sanglote pas. Je ne leur offre pas le son de ma détresse. Je disparais à l'intérieur de moi-même, je me recroqueville dans un recoin de ma conscience où la douleur est encore supportable, et là, dans ce refuge minuscule, j'affûte ma colère.
Le fourgon ralentit. Mon cœur s'arrête, puis repart, plus fort, plus féroce.
Des bruits dehors. Une porte qui coulisse, des voix qui se répondent, un aboiement lointain. Puis le silence, plus terrifiant encore que le vacarme. J'entends les deux hommes descendre, leurs pas qui font crisser le gravier, leurs murmures que je ne comprends pas.
La portière arrière s'ouvre dans un grincement. L'air frais s'engouffre, caresse mes bras nus. Je frissonne mais je ne me recroqueville pas.
— Sors de là.
Des mains me saisissent par les chevilles, me tirent sans ménagement. Je glisse sur le plancher métallique, ma robe se retrousse, mes cuisses raclent le rebord. La douleur est vive, cuisante. Je ne crie pas. Je mords l'intérieur de ma joue jusqu'au sang, et je ne crie pas.
— Doucement, abruti. Le patron veut de la marchandise intacte.
On me remet debout. Mes jambes flageolent, refusent de me porter, mais je me tiens droite. Je ne leur montrerai pas ma faiblesse. Les deux hommes m'encadrent, me traînent plus qu'ils ne me guident. Le sol sous mes pieds nus passe du gravier au béton, du béton au carrelage froid. L'odeur change aussi. Plus de gaz d'échappement, mais un mélange de renfermé, de cigarette froide et de quelque chose d'autre, quelque chose d'aigre que je n'ose pas identifier.
Une porte. Un couloir. Des marches qu'on me fait descendre. Le sac m'empêche de voir, mais pas d'entendre. Des voix maintenant, de plus en plus nombreuses, des éclats de rire, le choc de verres qui s'entrechoquent. Une télévision qui braille quelque part. Un bruit de ventilation, sourd, mécanique, qui couvre à peine les gémissements.
Les gémissements.
Mon sang se fige, puis s'enflamme. Ce ne sont pas des gémissements de plaisir. Ce sont des plaintes étouffées, des supplications qu'on fait taire. Quelque part dans ce bâtiment, d'autres filles sont enfermées. D'autres comme moi. Ou pire que moi. Ma mâchoire se serre. Mes poings se crispent dans leurs liens. Si je pouvais, si j'avais une arme, si j'avais la force, je les tuerais. Je les tuerais tous.
On me pousse dans une pièce. La porte claque derrière moi. Le silence revient, ou presque , juste la ventilation, encore, comme un cœur mécanique qui bat dans les murs.
— À genoux.
Une main se pose sur mon épaule. Je sursaute, me redresse, essuie ma bouche d'un revers de manche. C'est Irina. Elle ne dit rien. Elle me tend un mouchoir, attend que je le prenne. Ses yeux verts sont pleins d'une compassion tranquille, d'une compréhension muette. — La première fois, c'est toujours comme ça, dit-elle à voix basse. La première fois qu'on regarde une exécution, on vomit. Après, on s'habitue. — Je ne veux pas m'habituer. — Je sais. Mais tu t'habitueras quand même. C'est ça, le pire. Elle me prend par le bras, m'entraîne hors de la cour, loin de la flaque de sang, loin de l'estrade vide, loin des regards qui commencent à se tourner vers moi. Elle me conduit aux cuisines, m'assied sur un tabouret, me fait boire un verre d'eau. Mes mains tremblent. Mes dents claquent. Je ne pleure pas, mais c'est tout comme. — Tu veux en parler ? demande-t-elle. — Non. — Bien. Pa
Althéa L'aube est grise, glaciale, traversée d'un vent qui sent la neige. Le Dôme s'éveille dans un silence inhabituel, un silence de cathédrale, un silence de tombeau. Les hommes se rassemblent dans la cour intérieure, convoqués par un ordre bref distribué à toutes les sections. Présence obligatoire. Pas d'exceptions. Pas d'excuses. La dernière fois qu'un tel ordre a été donné, c'était pour l'annonce de la mort du père d'Aris. Cette fois, c'est pour autre chose. Tout le monde le sait. Tout le monde le sent. Je marche au milieu de la foule, invisible et pourtant terriblement exposée. Les regards glissent sur moi comme de l'eau sur une pierre. Certains sont curieux, d'autres hostiles, d'autres encore indéchiffrables. Irina marche à côté de moi, le visage fermé, les mains enfoncées dans les poches de son tablier. Magda est quelque part devant, près de l'estrade qu'on a dressée au centre de la cour. Une estrade en bois brut, haute d'un mètr
Le silence est un choix. Un choix lourd, définitif. Chaque seconde qui passe m'enfonce un peu plus dans la complicité ou dans la trahison. Il n'y a pas de neutralité possible. Il n'y a pas de troisième voie. — Althéa, dit Aris d'une voix très douce, presque tendre. Dis-moi ce que tu as vu. — Gregor, dis-je dans un souffle. J'ai croisé Gregor dans l'escalier de service. Il descendait. Il avait l'air pressé. Aris hoche la tête, lentement. Aucune surprise sur son visage. Juste une lassitude immense, une tristesse abyssale. — Je savais qu'il finirait par essayer, murmure-t-il. Son frère aîné était l'homme que mon père m'a ordonné de tuer quand j'avais douze ans. Gregor n'était pas né à l'époque, mais il a grandi dans le culte de ce frère mort. Il s'est engagé dans mes troupes il y a cinq ans, sous une fausse identité. Il attendait son heure. La mort de Pavel a dû précipiter les choses. Il a eu peur que je découvre son secret avant qu'il ait pu agir. — Vous saviez ? dis-je, incrédule
AlthéaLa salle commune est presque vide en cette fin d'après-midi. Les hommes sont dehors, pour la plupart, occupés à leurs tâches de surveillance ou d'entraînement. La guerre entre les Volkov et les Petrov fait rage à l'est, et même si le Dôme n'est pas directement menacé, la tension suinte des murs comme une humidité. Les patrouilles ont été doublées, les permissions réduites, les stocks de munitions vérifiés trois fois. Chaque visage que je croise est plus fermé, plus dur, plus nerveux. La violence est un animal tapi dans l'ombre, et tout le monde ici connaît sa présence, la flaire, l'attend.Je suis dans les cuisines, comme tous les jours. Magda m'a confié la préparation des légumes pour le repas du soir. Des montagnes de carottes, d'oignons, de pommes de terre à éplucher, à trancher, à jeter dans les grandes marmites qui mijotent sur le feu. Le travail est mécanique, abrutissant, presque apaisant. Mes mains savent ce qu'elles font. Mon esprit vagabonde ailleurs, très loin, dans
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