Se connecterChapitre 53
Ludovica
Les jours suivants, je ne peux pas m’empêcher de regarder le piano.
Chaque fois que je traverse le hall, chaque fois que j’emprunte le couloir de l’aile est, mes yeux se tournent vers la double porte en chêne massif qui mène au salon de musique. Derrière elle, il y a lui. Silencieux. Fermé. Interdit.
Je pense aux doigts de Dr
Chapitre 134LudovicaLes jours suivants l'interview, l'opinion publique bascule.C'est une marée lente qui commence à monter, d'abord imperceptible, puis plus forte, plus ample, plus dévastatrice. Les journaux, qui critiquaient Drago sans relâche, qui l'accusaient de tous les maux, qui faisaient de lui le symbole de la décadence et de la cruauté, changent de ton avec une rapidité qui me coupe le souffle. Les unes des quotidiens, qui affichaient des titres accrocheurs sur « la prison dorée de la côte amalfitaine », sur « le monstre de la famille Valenti », sur « la femme vendue et séquestrée », laissent place à des articles plus nuancés, plus compréhensifs, plus humains. Les titres sont désormais plus sobres, plus réfléchis : « La rédemption d'un homme », « Drago Valenti brise le silence », « Une interview qui change tout », « Les confessions d'un héritier repenti ».Les chroniqueurs, qui le décrivaient comme un monstre incapable de ressentir quoi que ce soit, parlent maintenant de ré
Chapitre 133LudovicaLe jour de l'interview, la villa est silencieuse, tendue.Je suis assise dans le salon de musique, mes doigts crispés sur le tissu de ma robe, les yeux fixés sur l'écran de la télévision. La lumière du matin est blanche, froide, et elle glisse sur les murs lambrissés, sur le piano calciné dont les cordes tordues brillent faiblement, sur les meubles anciens dont les bois sombres ont été cirés la veille. Les rideaux de dentelle sont tirés, et l'air est chargé de cette attente qui précède les grands moments.Il est là, à l'écran. Assis dans un studio de télévision, face à une journaliste. Son costume est sombre, impeccable, taillé sur mesure, sa cravate parfaitement nouée, un nœud simple et él&eac
Chapitre 132LudovicaLe bureau de Drago est plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lampe à abat-jour vert qui projette un cercle de lumière sur le sous-main en cuir. Les ombres sont longues, étirées, elles dansent sur les boiseries sombres, sur les rayonnages de livres, sur les murs tendus de soie grise. Les dossiers sont éparpillés sur la table, des feuilles volantes, des notes griffonnées à la hâte, des articles de journaux surlignés au marqueur jaune, des courriers non ouverts empilés en désordre. L'odeur du cuir, du bois, du café froid flotte dans l'air, mêlée à celle de la fatigue, de l'angoisse, de la peur qui suinte par tous les pores.Il est assis derrière son bureau, les coudes sur la table, le visage enfoui dans ses mains. Ses épaules s
---Chapitre 130DragoLe conseil est terminé. Les hommes sont partis, leurs pas s'éloignant dans le couloir, la porte d'entrée claquant derrière eux avec un bruit sourd, définitif. Le silence est revenu, épais, lourd, comme une couverture de plomb qui pèse sur mes épaules, sur ma nuque, sur ma poitrine.Je suis debout dans le hall, les poings serrés le long de mon corps, la mâchoire contractée. La lumière de la verrière est blanche, froide, et elle éclaire les dalles de marbre comme une nappe d'eau gelée. Les reflets dansent sur le sol, formant des losanges qui bougent lentement au rythme des nuages qui passent dans le ciel. La fontaine continue de clapoter, son eau qui danse dans le bassin de pierre, indifférente.Elle est là. Debout sur le seuil du salon de mus
Chapitre 131LudovicaIl est debout devant moi, ses yeux noirs fixés sur les miens, sa mâchoire serrée, ses poings crispés le long de son corps. La lumière du hall éclaire son visage, creuse les ombres sous ses pommettes, accentue les rides au coin de ses yeux. Il a l'air brisé, fatigué, comme un homme qui a traversé l'enfer et qui n'a plus la force de continuer. Les cernes sous ses yeux sont profonds, presque violets, et sa peau est grise, tirée._ Je ne partirai pas, dis-je._ Il va te détruire._ Il peut essayer._ Il va réussir._ Non. Il ne réussira pas.Je pose mes mains sur sa poitrine. Je sens les battements de son cœur sous ma paume, rapides, désordonnés, comme un tambour affolé. Sa peau est ch
Chapitre 129LudovicaLa villa est silencieuse, trop silencieuse, comme si elle retenait son souffle.Je suis assise dans le salon de musique, les mains posées sur mes genoux, les doigts crispés sur le tissu de ma robe. Le coton est rêche sous mes doigts, et je sens chaque fibre, chaque fil, chaque infime texture. La lumière du matin est blanche, froide, et elle entre par les hautes fenêtres à meneaux, glissant sur le parquet ciré où les veines du bois courent comme des rivières gelées. Elle caresse le piano calciné, ses cordes tordues et son bois noirci, témoin muet de ce qui a été perdu. Elle éclaire les murs lambrissés, leurs boiseries sombres où le temps a laissé des marques, des éraflures, des entailles.Les ombres sont courtes, denses, et elles ne dansent pas. Elles
Chapitre 47LudovicaLa lumière de l’après-midi est douce, presque liquide. Elle coule à travers les vitres de la bibliothèque comme du miel délayé, déposant des flaques dorées sur le parquet c
Chapitre 5DragoLe contrat est lourd dans ma main, pas à cause du papier quelques feuilles à en-tête notarié mais à cause de ce qu'il représente. Un père qui vend sa fille. Une dette de sept cent mille euros transformée en acte de propriété. La signature de Giuseppe Sarri, tracée au Montblanc, su
Chapitre 4LudovicaIl fait un pas vers moi et s'accroupit. Ce mouvement inattendu cette proximité soudaine me désarçonne. Il n'est plus la statue menaçante qui me dominait de toute sa hauteur ; il est là, à ma hauteur, son visage à quelques centimètres du mien. Le parfum de son after-shave m'envel
Chapitre 3LudovicaLe marbre est une plaque de glace sous mes genoux. Le froid a depuis longtemps traversé le tissu de ma jupe, puis ma peau, puis mes muscles ; il s'est logé dans mes os comme un hôte indésirable. Mes mollets sont ankylosés, mes cuisses tremblent d'un effort continu, et pourtant je







