登入Il rit. Un rire amer, sans joie.
— Tu es comme toutes les autres. Tu crois que l'amour donne des droits. Tu crois que parce que je t'ai dit je t'aime, tu peux tout savoir, tout comprendre, tout contrôler.
— Ce n'est pas ce que...
— Sors, Camille. Je ne veux plus te voir.
Je prends ma robe, je l'enfile en tremblant. Mes mains sont si maladroites que les boutons glissent, que le tissu se froisse. Je n'arrive pas à fermer correctement.
— Sors, dit
ElenaLa villa est vide.Pour la première fois depuis des mois, Vincenzo est parti pour une longue mission à l'étranger. Trois semaines en Amérique du Sud, m'a-t-il annoncé d'un ton sec, sans un regard pour moi. Trois semaines sans lui, sans ses cris, sans ses mains, sans sa présence glacée qui empoisonne chaque recoin de cette maison. Trois semaines de liberté.Et Flavio est avec lui.Quand Maria m'a annoncé la nouvelle, ce matin, j'ai failli pleurer de soulagement. Trois semaines sans le bras droit du Parrain, sans ses yeux de fouine, sans sa surveillance constante. Trois semaines où nous pourrons respirer, Adam et moi, sans craindre à chaque instant d'être découverts.Alors ce soir, j'ai fait quelque chose de fou.J'ai demandé à Adam de me rejoindre dans ma chambre.Pas dans la serre moite, pas dans la cabane &agrav
AdamC'est un matin pluvieux, rare sur cette côte bénie des dieux. La pluie tombe en rideaux serrés, tambourine sur le toit de la serre, dégouline le long des vitres sales. Le jardin est noyé de gris, les cyprès ploient sous l'averse, et la mer en contrebas est une masse furieuse, écumante, qui crache ses embruns jusqu'aux falaises.Nous sommes dans la serre, Elena et moi. C'est la première fois que nous nous y retrouvons depuis l'épisode du bureau. Flavio a relâché sa surveillance — un voyage imprévu à Naples l'a éloigné de la villa pour quelques jours, et nous avons enfin un répit. Alors nous avons repris nos rendez-vous du matin, plus prudents que jamais, mais toujours aussi avides l'un de l'autre.Aujourd'hui, pourtant, il ne fait pas assez chaud pour faire l'amour. Nous sommes assis côte à côte sur la vieille c
Je la serre contre moi, si fort qu'elle en perd le souffle.— Je t'aime, Elena. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je t'aime au point de trahir ma mission, mon pays, mes principes. Je t'aime au point de vouloir tout laisser tomber pour toi.— Alors laisse tout tomber. Reste avec moi. Aide-moi à sortir de cette cage.— C'est ce que je vais faire. Je te le promets. Je vais finir ce que j'ai commencé — faire tomber Vincenzo. Et après, je t'emmènerai loin. Où tu voudras.— N'importe où ?— N'importe où. Du moment que tu es là.Elle se hisse sur la pointe des pieds et pose ses lèvres sur les miennes. Un baiser doux, salé de larmes, plein de promesses et de peurs mêlées. Nous restons enlacés dans le noir du placard, tandis que dehors les heures passent et que le danger rôde.Puis
AdamLe placard est exigu, étouffant, saturé d'odeurs de vieux papier et de poussière. Mais ce n'est rien comparé à la tempête qui fait rage dans ma tête.Nous sommes revenus nous cacher. Les gardes font des rondes dans le couloir, leurs pas résonnent sur le marbre, leurs voix étouffées filtrent à travers la porte. Flavio n'a pas renoncé. Il sait que quelque chose cloche, il sait que je ne suis pas un simple jardinier, et il a posté ses hommes autour du bureau pour me prendre au piège.Alors nous attendons. Recroquevillés dans le noir, serrés l'un contre l'autre, nous attendons que le danger s'éloigne. Ou qu'il fonde sur nous.Elena est blottie contre moi, sa tête sous mon menton, ses bras autour de ma taille. Je sens son cœur battre contre ma poitrine, rapide, léger, comme un oiseau prisonnier. Elle ne dit
Je secoue la tête dans le noir, partagée entre l'envie de pleurer et celle de l'embrasser.— Il faut qu'on sorte d'ici avant le retour de Flavio.— La fenêtre, dit Adam. Elle donne sur le jardin. Si on arrive à l'ouvrir sans faire de bruit...Il s'extrait du placard, traverse le bureau à tâtons. Je le suis, les jambes flageolantes. La lune s'est levée, sa clarté filtre à travers les rideaux, dessinant des ombres spectrales sur les murs. Adam atteint la fenêtre, l'examine, jure entre ses dents.— Fermée à clé, elle aussi. Et les vitres sont blindées.— On est vraiment prisonniers, alors.— Il doit y avoir un autre moyen.Je le regarde fouiller la pièce, soulever les dossiers, inspecter les meubles. Dans la pénombre, ses gestes sont précis, méthodiques, professionnels. Ce ne sont pas les gestes d'un jardinier. Ce sont les gestes d'un agent. D'un soldat. D'un homme qui a l'habitude des situations extrêmes.— Adam, dis-je doucement. Qui es-tu vraiment ?Il s'immobilise. Son dos est tourné
Flavio me fixe un long moment, un sourire mauvais aux lèvres. Puis il s'éloigne, les mains dans les poches, l'allure nonchalante d'un prédateur qui sait que sa proie est acculée.Elena est livide. Elle ne dit rien , elle ne peut rien dire. Mais ses yeux gris crient la terreur. Si Vincenzo me convoque, c'est qu'il sait. Ou qu'il veut vérifier. Ou qu'il a décidé de faire un exemple.— Ne t'inquiète pas, dis-je à voix basse. Je m'en sortirai.— Adam...— Je t'aime. Quoi qu'il arrive, souviens-toi de ça.Puis je retourne à mes lauriers, les mains tremblantes, le cœur cognant. Ce soir, à dix-neuf heures, j'affronterai Vincenzo Moretti dans son bureau. Et je ne sais pas si j'en ressortirai vivant.---Chapitre 22 : Pris au Piège dans le BureauElenaJe ne peux pas le laisser y aller seul.Cette pensée tourne dans ma tête depuis que Flavio a lancé sa convocation, depuis que j'ai vu le visage d'Adam se fermer, depuis qu'il m'a dit je t'aime comme on dit adieu. Je ne peux pas le laisser affron
CamilleSes épaules sont dures comme du bois.Mes doigts glissent sur sa peau, suivant la courbe des muscles, s'attardant malgré moi sur chaque relief, chaque cicatrice. Il en a plusieurs — une longue sur l'omoplate droite, une plus courte près de la nuque, des petites sur les bras comme des morsur
CamilleLa nuit tombe vite en automne.À huit heures, le château n'est plus qu'un labyrinthe d'ombres où les torches dessinent des couloirs de lumière tremblante. Je monte l'escalier en colimaçon, mes cruches à la main, la lanterne accrochée à mon poignet. Chaque pas résonne sur la pierre.Je compt
CamilleLe lendemain, aux cuisines, toutes les regards se tournent vers moi quand j'entre.Cinq heures du matin. Le four à pain chauffe déjà, Margot pétrit la pâte avec ses bras puissants, et les autres servantes , Jeanne, la petite Marie qui est arrivée après le départ de l'autre Marie, la vieille
CamilleJe suis devant la porte depuis cinq minutes.Peut-être plus. Peut-être moins. Je ne sais plus compter quand mon cœur bat si fort qu'il couvre tous les bruits du château. La lanterne tremble dans ma main, projetant des ombres qui dansent sur le bois noirci. Du chêne. Du chêne massif, avec de







