MasukMon ex-mari, Aleksandr Volkov, le roi de la tech au cœur plus gelé que la Sibérie en janvier, a une nouvelle femme dans sa vie. Depuis six mois, il affiche une obsession dévorante pour une mystérieuse créature que la presse people a surnommée : Le Spectre de Saint-Pétersbourg . Il lui offre des constellations. Il a pleuré en écoutant du Céline Dion pour elle. Lui, Aleksandr « je-n’ai-pas-d’émotions-juste-des-algorithmes » Volkov. Il a déclaré sur un plateau télé qu'elle était « la réponse à une question que son âme n'avait jamais su formuler ». ...imbécile ! Ce qu'il ignore ? Le Spectre, c’est moi, Iris. Son ex-femme. Après notre divorce où il m’a dit avec un calme olympien que j’étais « trop passionnée et inadaptée à son mode de vie optimisé » j’ai voulu une revanche. Pas brûler sa maison, non. Pire. Juste comprendre : étais-je vraiment un ouragan invivable, ou était-il un robot défectueux ? Alors, j’ai enfilé une perruque rousse, mis des lentilles vertes, changé ma façon de parler et suis devenue « Maya », une artiste peintre un peu perchée. Le plan était simple : infiltration, analyse, conclusion. Un petit audit conjugal post-mortem, si vous voulez. Et comme si ce triangle amoureux avec mon propre reflet n’était pas assez kafkaïen, débarque Liam, son frère jumeau, charmant, chaleureux et de retour après des années. Lui, il est tombé amoureux d’Iris, la femme en pyjama pilou qui pleure devant des publicités pour chatons. Il déteste « Maya » qu’il trouve artificielle. Aleksandr méprise Iris et vénère Maya. Je suis prise au piège d’un quatuor où je joue tous les rôles. Et le pire dans tout ça ? Je crois que je suis en train de tomber amoureuse de mon ex-mari...et un peu de son frère.
Lihat lebih banyakIris
Le mensonge a commencé un mardi.
Pas un mardi particulier. Un mardi ordinaire, gris et pluvieux, avec un ciel bas qui écrasait les toits de Paris et une humeur à l'avenant. Je ne me suis pas réveillée ce matin-là en me disant que j'allais détruire ma vie une deuxième fois. Les catastrophes n'envoient pas d'invitation. Elles s'incrustent, elles s'installent, elles boivent votre vin et repartent avec votre dignité sans même dire merci.
C'était il y a six mois. Six mois exactement depuis que j'ai enfilé une perruque rousse, posé des lentilles vertes sur mes yeux noisette, et marché droit vers l'abîme avec le sourire aux lèvres.
Aujourd'hui, l'abîme me sourit en retour.
Je suis assise sur le canapé de mon appartement , mon vrai appartement, celui d'Iris, le trois-pièces minuscule du neuvième arrondissement où personne ne me cherche et je fixe l'écran de mon téléphone comme on fixe un serpent prêt à mordre. Kaos, mon chat noir adopté dans un refuge, ronronne sur mes genoux avec l'insouciance des créatures qui n'ont jamais menti à personne.
Sur l'écran, un message d'Aleksandr.
Aleksandr Volkov : J'ai pensé à toi toute la journée. Je ne sais pas comment tu fais pour occuper chaque recoin de mon cerveau sans y être invitée. J'ai hâte de te voir ce soir. — A.
Hâte de me voir ce soir.
Le problème, c'est que ce soir, j'ai accepté de le retrouver dans ce restaurant étoilé qu'il a privatisé pour l'occasion. Le problème, c'est que ce soir, je vais devoir redevenir Maya pendant cinq heures d'affilée. Le problème, c'est que ce soir, je vais devoir sourire, rire, parler avec une voix plus grave que la mienne, marcher avec des talons de douze centimètres, et faire semblant d'être une artiste peintre berlinoise alors que je suis une ex-femme parisienne qui n'a jamais touché un pinceau de sa vie.
Le problème, c'est que je suis amoureuse de mon ex-mari.
Et que mon ex-mari est amoureux d'une femme qui n'existe pas.
Je devrais tout arrêter. Je devrais disparaître, changer de numéro, brûler la perruque rousse dans l'évier de ma cuisine et retourner à ma vie d'avant. Cette vie fade mais honnête, solitaire mais vraie, où je ne me réveillais pas chaque matin avec la peur viscérale d'être démasquée.
Mais je ne le ferai pas.
Parce que je suis accro. Accro à la façon dont il me regarde. Accro à la façon dont il me parle. Accro à cette version de lui que je ne soupçonnais pas — un Aleksandr tendre, vulnérable, capable de m'envoyer des messages enflammés à dix heures du matin et de pleurer devant un coucher de soleil. L'homme que j'ai épousé il y a six ans était un iceberg. L'homme que je fréquente depuis six mois est un volcan.
Et tout ça, c'est moi qui l'ai créé.
Maya est mon Frankenstein. Mon monstre magnifique. Mon chef-d'œuvre et ma damnation.
Je repose le téléphone sur la table basse, à côté d'une tasse de café froid et d'un tube de colle à perruque. La colle à perruque. Voilà où j'en suis dans ma vie. J'achète de la colle à perruque en pharmacie et je mens à un milliardaire trois soirs par semaine.
— Qu'est-ce que je fais, Kaos ?
Kaos cligne lentement des yeux, ce qui signifie probablement « Tu fonces droit dans le mur et j'ai hâte de voir ça » en langage chat.
Je soupire et me lève. Le canapé émet un grincement plaintif , il est défoncé, comme la plupart des meubles de cet appartement, vestiges d'une vie post-divorce où je n'avais ni l'énergie ni l'argent pour me meubler correctement. Aleksandr m'a laissé une pension confortable, mais je n'y touche pas. Par fierté. Par orgueil stupide. Parce que dépenser l'argent de l'homme qui m'a quittée via PowerPoint me semble être une forme de soumission que je refuse.
Je traverse le salon jusqu'à la salle de bains. Le miroir me renvoie le reflet d'Iris. Cheveux bruns coupés au carré, légèrement ébouriffés. Yeux noisette cernés de fatigue. Teint pâle de quelqu'un qui ne voit pas assez la lumière du jour. Trente-deux ans, mais j'en parais vingt-huit quand je souris , ce qui n'arrive pas souvent ces derniers temps, sauf quand je suis Maya.
Maya sourit tout le temps. Maya est lumineuse, mystérieuse, inatteignable. Maya ne se ronge pas les ongles devant son téléphone en attendant un message. Maya ne porte pas de pyjama troué en mangeant des céréales directement dans la boîte. Maya est la version de moi que j'aurais voulu être, et que je ne serai jamais vraiment.
Je soupire à nouveau. Puis j'attrape la perruque rousse posée sur son support, près du lavabo.
C'est l'heure de redevenir quelqu'un d'autre.
IrisLe week-end à la campagne devait être simple.C’était le mot qu’Aleksandr a employé.Simple.Il m’a proposé cela un jeudi soir, dans le salon de son appartement, avec la même expression qu’il aurait eue pour proposer une réunion stratégique.— J’ai une maison près de Vyborg. Il y a un lac. Peu de réseau. Pas de journalistes. Pas de Boris.— Vous avez une maison près d’un lac ? demandé-je.— Oui.— Comme tout milliardaire émotionnellement bloqué qui se respecte.— C’est une réponse positive ?— Je réfléchis.Il m’a regardée sans pression. C’est ça, le pire. Il apprend. Lentement, maladroitement, mais il apprend à ne pas tout posséder immédiatement.Alors j’ai presque dit oui.J’ai presque oublié que samedi est l’anniversaire de mon père.Que ma famille ne connaît pas Maya.Que mon père croit probablement encore qu’Aleksandr est la plus grand
IrisAleksandr me téléphone à sept heures douze.Je sais l’heure exacte parce que je dors mal depuis une semaine et que je regarde mon téléphone toutes les dix minutes comme si cela allait résoudre ma vie.Son nom s’affiche.Aleksandr Volkov.Pendant une seconde, je le regarde vibrer sur ma table de nuit.Puis je réponds avec la voix de Maya.— Bonjour.— Je vous ai réveillée.— Vous avez surtout réveillé mon instinct de survie. Il est sept heures du matin.— Je suis désolé.Il a l’air étrange.Pas distant. Pas maîtrisé. Fatigué.— Qu’est-ce qui se passe ?Il y a un long silence.— J’ai fait un rêve.Je me redresse dans mon lit.— Vous m’appelez à sept heures douze pour parler d’un rêve ?— Oui.— Alors c’est grave.— Je crois.Je ferme les yeux.— Racontez.Il respire profo
IrisJe passe deux jours sans voir Aleksandr.Officiellement, Maya a besoin de se consacrer à sa prochaine série de toiles.Officieusement, Iris a besoin de s’asseoir seule dans son appartement, en pyjama licorne, et d’essayer de comprendre pourquoi elle continue à avancer alors que chaque pas lui enfonce un peu plus le mensonge dans la peau.Katia vient le deuxième soir avec du vin, des nouilles thaïes et le regard inquiet d’une femme qui sait qu’elle va entendre quelque chose de très mauvais.Pouchkine est couché entre nous sur le canapé. Il garde les yeux fermés, mais je sais qu’il écoute.— Donc, résume Katia après vingt minutes de récit, tu as embrassé ton ex-mari dans sa voiture de collection.— Oui.— Tu as dormi chez lui.— Oui.— Son chien t’a apporté un bracelet ayant appartenu à toi.— Oui.— Et tu as répondu que c’était une référence à la mémoire.— J
IrisJe me réveille dans l’appartement d’Aleksandr avec la sensation très nette d’avoir fait une catastrophe.Pas une petite catastrophe élégante, du genre casser un verre ou envoyer un message embarrassant à la mauvaise personne.Non.Une catastrophe de niveau national.Une catastrophe avec une perruque, une double identité, un ex-mari, un frère jumeau qui arrive bientôt dans ma vie et un chien beaucoup trop intelligent.La lumière du matin traverse les rideaux blancs. Pendant quelques secondes, je reste parfaitement immobile, incapable de savoir où je suis.Puis Pouchkine soupire.Sa tête repose sur ma cuisse.Il est couché au pied du lit, immense, soyeux, triste et merveilleusement vivant. Ses yeux brun doré sont ouverts. Il me regarde avec l’expression d’un vieil oncle qui a assisté à une bêtise familiale et qui hésite entre le jugement et la tendresse.— Ne commence pas, murmuré-je.


















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