LOGINIl s'efface pour nous laisser passer, et son regard me suit tout au long du couloir, dans l'escalier, dans l'ascenseur. Il est resté debout sur le seuil du loft, silhouette immobile et menaçante, et il lève la main pour un petit signe d'au revoir, comme si je partais en week-end, comme si je partais en vacances, comme si je n'étais pas en train de fuir pour sauver ma peau. Les portes de l'ascenseur se referment, et je m'effondre contre la paroi, le so
Le mot sort tout seul. Net. Honteux. Irrécusable.Clara baisse la tête. Ses doigts se crispent un instant dans le tissu de sa robe.— Alors on va tenir cette nuit, dit-elle enfin. Puis la suivante. Puis celle d’après. On ne va pas te demander d’être héroïque. On va te demander d’être là demain matin.Je ne sais pas si c’est du courage ou seulement de l’épuisement, mais je cesse de discuter.Elle reste jusqu’à l’aube. Je somnole par fragments, le corps en état d’alerte permanent. À chaque demi-réveil, je sens encore la place creusée par Adrien dans mon système nerveux. Un territoire vide qui pulse comme une dent arrachée.Au petit matin, la lumière grise glisse entre les rideaux. Clara dort assise contre la tête de lit, la nuque tordue, une main encore posée
ÉlisaLa première nuit chez Clara est une nuit sans contours, une nuit malade, une nuit qui refuse obstinément de finir.Sa chambre d’amis sent la lavande, le vieux bois ciré, les draps séchés au vent. Une odeur propre, simple, presque maternelle. Une odeur qui devrait me calmer. Au lieu de ça, elle me donne envie de vomir. Mon corps ne reconnaît pas cet apaisement-là. Mon corps cherche autre chose. Le danger. La tension. L’attente. Cette électricité mauvaise qui précédait toujours le bruit de ses pas dans le loft, la torsion de sa mâchoire, le glissement de sa main sur ma nuque.Je suis allongée sur le dos, les yeux ouverts dans l’obscurité. La maison dort autour de moi avec des craquements discrets, des soupirs de tuyauterie, le souffle lointain du vent dans les arbres du jardin. Rien d’hostile. Rien de menaç
Elle se tourne vers Clara, qui est restée silencieuse jusque-là, adossée au mur, les poings serrés.— Madame, votre sœur va avoir besoin de vous. Plus que jamais. Les jours qui viennent vont être éprouvants. Il va contre-attaquer. Il va essayer de la déstabiliser, de l'atteindre par tous les moyens. Vous devez être son roc. Vous devez être sa forteresse.— Je le serai, répond Clara d'une voix ferme. Je l'ai toujours été.La Commandant Lefèvre sort du bureau pour préparer les documents, et nous restons seules, ma sœur et moi, dans le silence de cette pièce impersonnelle. Je respire lentement, profondément, et j'essaie de ne pas penser à ce qui va suivre. Les questions des enquêteurs. Les regards dubitatifs. Les avocats d'Adrien qui vont me traîner dans la boue. Les journalistes peut-être, si l'affaire s'ébruite. Sa famille, ses amis, ses clients qui vont prendre son parti, qui vont le défendre, qui vont dire que c'est un homme bien, un artiste de génie, un être sensible et généreux.—
ÉlisaJe pose le téléphone sur la table de la cuisine, l'écran encore allumé sur le message de menace. Mes doigts tremblent tellement que je dois les croiser sur mes genoux pour les calmer. Clara est debout près de la fenêtre, les bras croisés, le visage fermé. Elle fixe l'horizon sans le voir, et je sais qu'elle réfléchit, qu'elle élabore, qu'elle prépare la suite. C'est ce qu'elle a toujours fait. Protéger. Anticiper. Se battre. Pour moi.— Il faut retourner au commissariat, dit-elle enfin sans se tourner vers moi. Tout de suite. Ce message change tout.— Il ne changera rien, murmuré-je. Il va dire que ce n'est pas lui. Il va dire que c'est un numéro inconnu, que n'importe qui aurait pu l'envoyer, que je suis paranoïaque, que j'invente des menaces pour lui nuire. C'est ce qu'il fait toujours. C'est ce qu'il a fait avec Caroline. C'est ce qu'il fera avec moi.Clara se retourne, et son regard est dur, presque sévère. Pas contre moi. Contre lui. Contre la situation. Contre l'injustice.
ÉlisaLe commissariat est un bâtiment gris et froid, impersonnel et intimidant. Clara me tient la main pendant que nous traversons le hall, pendant que nous montons l'escalier, pendant que nous attendons dans un couloir sans âme. La Commandant Lefèvre vient nous chercher, et elle nous conduit dans un bureau sobre, fonctionnel, avec une table en métal et des chaises en plastique. Elle est grande, brune, les yeux perçants derrière des lunettes à monture fine. Elle parle d'une voix calme et posée, et elle me regarde avec une attention bienveillante qui me met un peu en confiance.— Madame, je vous écoute. Prenez votre temps. Dites-moi tout ce dont vous vous souvenez.Je respire profondément, et je commence. Je raconte la rencontre, la séduction, les premiers mois idylliques. Je raconte la première insulte, la première menace, la première humili
ClaraJe suis assise dans la cuisine, devant une tasse de café froid, et je regarde ma sœur dormir sur le canapé du salon. Elle est épuisée, vidée, anéantie. Elle a pleuré pendant des heures, elle m'a tout raconté, absolument tout. Les violences, les humiliations, les manipulations. La collection de bijoux dans l'atelier, les prénoms sur les étiquettes, les femmes disparues. Et pendant qu'elle parlait, je sentais monter en moi une rage comme je n'en ai jamais connu, une rage froide et brûlante à la fois, une rage qui me fait trembler les mains et serrer les dents.Je me lève doucement, pour ne pas la réveiller, et je vais dans le jardin. L'air est glacé, le ciel est bas et lourd de nuages, le givre crisse sous mes pas. J'allume une cigarette, et je fume en regardant les branches nues des pommiers, et je réfléchis. Je réfl&eacu
Je me jette dans ses bras, le mouillant complètement.– Je t'aime aussi. Même quand tu es trop protecteur. Surtout quand tu essaies de ne pas l'être.On reste comme ça, enlacés, pendant que l'eau dégouline de mes vête
ÉlisaJe rentre chez moi en fin d’après-midi.J’ai quitté Adrien plus tard que prévu. Beaucoup plus tard. Le temps s’est dissous entre ses draps, dans ses bras, dans ses silences chargés et ses regards qui me déshabillaient encore même après la nuit.Quand je sors de son immeuble, le jour est déjà
ÉlisaJe me réveille avant lui.La lumière grise de l’aube glisse sur les draps froissés, sur nos corps encore emmêlés, sur la preuve silencieuse de la nuit que nous venons de traverser.Pendant quelques secondes, je ne bouge pas.Je sens sa respiration régulière contre ma nuque. Son bras lourd aut
ÉlisaJe ne sais pas exactement comment nous quittons la fête.Je me souviens seulement de sa main qui cherche la mienne avec une évidence troublante. De nos doigts qui s’entrelacent comme si le geste avait été répété cent fois auparavant. Des regards autour de nous, curieux, amusés, inconscients d






