INICIAR SESIĂNPoint de vue de Seris Trois mois aprĂšs l'anniversaire, je me tiens sur le balcon est Ă l'aube. Non pas parce qu'il se passe quelque chose d'important aujourd'hui, mais c'est justement le but. Rien d'important ne se passe aujourd'hui. C'est un jeudi ordinaire. Kaelan a une rĂ©union du conseil Ă neuf heures. Lyra est rĂ©veillĂ©e depuis cinq heures, avec des opinions bien arrĂȘtĂ©es Ă ce sujet, qu'elle a partagĂ©es tour Ă tour avec nous deux et avec Archive, jusqu'Ă ce que Kaelan l'emmĂšne Ă la fenĂȘtre et lui dĂ©crive le royaume avant l'aube. Elle s'est installĂ©e, attentive comme toujours Ă ses explications, mĂȘme si elle ne les comprenait pas encore. Archive est Ă mes pieds. Le lien est chaleureux. Le royaume s'Ă©veille en contrebas, dans la lenteur si particuliĂšre d'un jeudi sans but prĂ©cis. ComplĂštement, magnifiquement, extraordinairement ordinaire. Je m'appuie sur la rambarde et laisse le matin venir. Ces derniers temps, je pense beaucoup aux commencements. Pas de façon obsessionnel
Point de vue de SerisJe me rĂ©veille avant l'aube.Il y a un an, jour pour jour, je franchissais une frontiĂšre.Je reste immobile dans l'obscuritĂ© et ressens ce poids du temps qui s'est abattu sur moi, comme un anniversaire, avec toute la puissance du temps concentrĂ©e en un instant. Tout ce qui s'est passĂ© depuis est soudainement prĂ©sent.Un an.Un an depuis que j'ai couru Ă travers une forĂȘt, les bras chargĂ©s de rien. Depuis que je me suis effondrĂ©e dans le noir et que je me suis rĂ©veillĂ©e face Ă des yeux dorĂ©s qui me demandaient pourquoi j'avais franchi la frontiĂšre Ă moitiĂ© morte. Depuis ce moment prĂ©cis oĂč tout a basculĂ© sans que je m'en rende compte.Un an.Kaelan dort Ă mes cĂŽtĂ©s.Lyra est dans la petite piĂšce voisine, celle qui servait autrefois de dĂ©barras et qui est maintenant la sienne. Mira et Luca l'ont dĂ©corĂ©e en trois jours, un projet bĂąclĂ© qui a donnĂ© un rĂ©sultat Ă la fois chaotique et parfait, entiĂšrement Ă l'image de Lyra avant mĂȘme qu'elle soit en Ăąge d'avoir son mot
Point de vue de SerisJe trouve le journal un mardi.Pas celui de Lyanna. Celui-ci a une place de choix sur l'Ă©tagĂšre prĂšs de la fenĂȘtre de notre chambre, l'emplacement privilĂ©giĂ© d'un objet Ă la fois tĂ©moin et hĂ©ritage, que je regarde chaque matin et que je regarderai chaque matin jusqu'Ă la fin de mes jours.Celui-ci est le mien.Je l'ai commencĂ© la semaine suivant la cĂ©rĂ©monie d'union et j'y Ă©cris de façon irrĂ©guliĂšre depuis, comme on Ă©crit dans un journal quand la vie est si remplie que s'asseoir pour la consigner revient Ă interrompre le cours des choses pour les dĂ©crire, un exercice toujours Ă©trange.Je le trouve sous une pile de documents du conseil sur la table de la bibliothĂšque. Je m'assieds, je l'ouvre et je le lis depuis le dĂ©but.Ăa ne prend pas longtemps.Les entrĂ©es sont courtes et espacĂ©es, le tĂ©moignage clairsemĂ© de quelqu'un qui avait l'intention d'Ă©crire davantage, mais qui a toujours rĂ©alisĂ© que vivre primait. La premiĂšre entrĂ©e est datĂ©e du lendemain matin de la
Point de vue de SerisElia me le dit un jeudi matin.Nous sommes sur le terrain d'entraĂźnement. L'heure habituelle, l'endroit habituel, la sĂ©ance de l'aube qui rythme nos semaines depuis des mois. Lyra est avec Kaelan ce matin, l'organisation qui nous convient parfaitement : il s'occupe de l'aube pour que je puisse m'entraĂźner et moi des aprĂšs-midi pour qu'il puisse gĂ©rer son royaume avec une efficacitĂ© presque normale.Ăa marche. Tout ce que nous construisons fonctionne parce que nous le construisons ensemble. Elia et moi avons changĂ© notre façon de nous entraĂźner ces derniers temps.Plus de travail de base. Plus cette construction patiente et minutieuse des compĂ©tences Ă partir de rien qui a caractĂ©risĂ© les premiers mois. Quelque chose de plus avancĂ© et de plus instinctif, cette qualitĂ© d'entraĂźnement particuliĂšre qui naĂźt lorsqu'on a tellement intĂ©grĂ© les fondamentaux qu'on n'y pense plus et qu'on les applique simplement.Elle donne des projections devant des groupes complets depui
Point de vue de KaelanLyra dĂ©couvre Archive un mardi.Elle est consciente de sa prĂ©sence depuis son arrivĂ©e. Impossible de l'ignorer, il ne le permet pas. Il est une prĂ©sence chaleureuse et constante, tapie Ă chaque instant, depuis avant mĂȘme sa naissance. Mais ĂȘtre consciente et ĂȘtre dĂ©couverte sont deux choses diffĂ©rentes, et la dĂ©couverte a lieu un mardi matin, alors qu'elle est allongĂ©e sur le tapis de la bibliothĂšque et qu'Archive dĂ©cide que le moment est venu.Il traverse la piĂšce et s'allonge prĂšs d'elle, posant dĂ©licatement son museau contre sa main.Elle le regarde, il la regarde. Quelque chose se passe entre eux, quelque chose que je ressens de l'autre bout de la piĂšce, une sorte de reconnaissance particuliĂšre, deux crĂ©atures qui se rencontrent vĂ©ritablement pour la premiĂšre fois et qui trouvent cette rencontre significative.Puis elle agrippe son oreille avec la force qu'elle met dans tout ce qu'elle touche, la certitude particuliĂšre d'une louve qui a dĂ©cidĂ© que quelque ch
Point de vue de SerisOn le leur dit le troisiĂšme jour.Non pas qu'on voulait vraiment le garder secret. PlutĂŽt que ce nom avait besoin de s'ancrer en nous avant d'ĂȘtre rĂ©vĂ©lĂ© au monde. Comme s'il devait lui appartenir en secret pendant un petit moment avant de devenir le sien publiquement.Kaelan l'a compris sans qu'on le lui dise. Il comprend toujours les choses sans qu'on le lui dise. C'est une des choses chez lui qui ne me surprend plus et que je trouve tout simplement Ă©vidente.Alors, pendant trois jours, nous Ă©tions seuls Ă le savoir. Trois jours Ă le dire doucement dans la piĂšce, tous les deux, Archive qui le savait dĂ©jĂ d'une maniĂšre ou d'une autre, et la petite qui apprenait Ă le prononcer, la façon particuliĂšre dont elle tournait la tĂȘte quand on le disait, comme si elle reconnaissait quelque chose qu'elle attendait d'entendre confirmĂ©.Le troisiĂšme matin, je regarde Kaelan par-dessus le plateau du petit-dĂ©jeuner que Mira a apportĂ©.« Aujourd'hui », dis-je.« Aujourd'hui »,







