MasukLe baiser n’eut rien d’un prélude courtois. Il fut l’impact de deux trajectoires qui s'étaient devinées dès le premier soir. Dans la pénombre du pavillon, Étienne recula d'un pas, ses yeux sombres rivés sur ceux de Kelma, avant que ses mains ne viennent se poser sur le bas de son pull en cachemire noir. Il le souleva d'un geste lent, délibéré, que Kelma accompagna en levant les bras, s'offrant au regard de cet homme sans un gramme de retenue.Quand l'air frais du pavillon heurta sa peau nue, un frisson violent la traversa. Étienne fit glisser ses paumes le long de ses flancs, remontant jusqu'à ses seins qu'il enveloppa de ses mains chaudes. Du bout des pouces, il effleura ses mamelons déjà durcis par le froid et l'excitation. Kelma ferma brièvement les yeux, la tête rejetée en arri&e
La nuit dans le domaine de Sologne avait la profondeur des nuits de forêt, ce silence dense qui isole du reste du monde. Dans sa chambre aux poutres sombres, Kelma ne dormait pas. Allongée sur le dos, les yeux fixés sur les reflets de la lune qui traversaient les rideaux de lin, elle faisait le compte.Trente-trois ans.C’était l’âge où l’on est censé avoir posé les fondations de sa vie, construit les murs et solidifié le toit. Elle, elle avait l’impression de se tenir au milieu d’un champ de ruines élégantes, masquées par le prestige du nom De Souza et l'apparat des cercles financiers parisiens. Elle repensa aux derniers mois, à l’humiliation sourde de la distance, et surtout à cette ultime trahison de Christian, cette ingratitude brute d’un homme p
La voiture d'Édouard de Souza filait à vive allure sur l'axe principal et encombré qui menait directement à l'aéroport international. Derrière les vitres teintées de la lourde berline noire, la chaleur étouffante de la fin de journée et l'agitation désordonnée de la ville d'Aureval glissaient comme un décor de théâtre lointain, flou et totalement irréel.Édouard s'était installé à l'avant, sur le siège passager, le téléphone vissé à l'oreille depuis le départ de l'hôpital. Sa rigueur habituelle de grand banquier s'était muée en une froideur logistique implacable, presque chirurgicale. En quelques appels brefs et tranchants, il gérait l'urgence absolue à distance, devançant les obstacles administratifs : la liaison directe avec l'ambassade pour s'assurer que leurs a
Dans le petit bureau de la réanimation, Édouard De Souza fixait le cadran de sa montre. Dix-sept heures trente. L’heure où, d’ordinaire, à la banque, les derniers gros arbitrages de la journée se refermaient avec la certitude des chiffres exacts. Ici, chaque minute qui passait semblait soustraire une chance à la survie de son fils.Le Docteur Assèle revint, un dossier cartonné sous le bras. Son visage semblait s’être encore durci sous l’effet de la fatigue et de la lourdeur de la décision à prendre.— L’interne vient de faire le point sur la pression intracrânienne, Monsieur De Souza. Elle augmente. Lentement, mais de façon constante. La sédation ne suffit plus à contenir l’œdème.Édouard cro
Pendant qu’à l’intérieur du bâtiment central, Édouard de Souza retournait d'un pas lourd auprès du Docteur Assèle pour suivre de près l'évolution des chiffres cliniques et la mise en place des protocoles de transfert potentiels vers la capitale, Monique de Souza était ressortie précipitamment dans la cour basse de l'établissement hospitalier. Elle s'était sentie soudainement incapable de rester une seule seconde de plus dans cette atmosphère confinée, saturée d'odeurs d'éther, de bruits de scopes et de certitudes médicales terrifiantes.Le vent d'avril était frais, presque vif en cette fin de journée. Il balayait le parking de l'hôpital d'Aureval sous un ciel bas qui commençait lentement à perdre sa clarté, virant au gris de plomb. Monique s'adossa contre un muret de béton, le corps secoué de s
L’hôpital central d’Aureval en cette fin d'après-midi avait cette froideur géométrique des lieux où le temps s’arrête pour les uns pendant qu’il s’accélère pour les autres. La lumière de seize heures filtrait à travers les vitres teintées du hall d'entrée, jetant des reflets blafards sur le sol en lino gris.Édouard et Monique De Souza traversèrent l’accueil d'un pas rapide, presque synchrone, guidés par cette urgence invisible qui pousse les parents vers les zones interdites.Au troisième étage, derrière les portes blindées de la réanimation, le Docteur Assèle les attendait. La chef de service portait ses cinquante ans avec cette rigueur des médecins de première ligne : les yeux cernés
À l’autre bout d’Aureval, quelques heures plus tôt, dans une suite impersonnelle du grand hôtel de la place centrale, la matinée de Christian De Souza n’était pas moins lourde. Le silence de cette pièce anonyme était stérile, rythmé seulement par le ronronnement discret de la climatisation et le pa
Alice avait vingt-deux ans, et à cet âge-là elle n’avait pas encore appris que certaines intensités portent en elles leur propre fin.Elle était allongée contre lui, le souffle encore irrégulier, la peau parcourue de cette chaleur lente qui ne s’éteint jamais complètement, tandis que les doigts de
Christian nouait sa cravate pour la troisième fois.Pas parce qu'elle était de travers. Ses mains avaient simplement besoin de faire quelque chose pendant que sa tête faisait le reste.Dans le miroir, il voyait un homme prêt pour un dîner. Costume sombre, expression maîtrisée, la surface parfaite d
Une bouffée de colère mêlée d’amertume envahit Alice si brutalement qu’elle sentit tout son corps se tendre. Elle rejeta la tête en arrière, incapable de contenir plus longtemps ce qui montait en elle depuis que cette femme était sortie de la voiture.— Qu’est-ce que tu me veux ? lança-t-elle d’une







