INICIAR SESIÓNLe contrat du mépris Il voulait épouser une autre femme. Celle qu'il aimait vraiment. Lydia Morgan le savait : son mariage avec Ethan Sterling n'avait jamais été une histoire d'amour. Devoir. Silence. Absence. Pourtant, elle était restée, espérant un jour toucher son cœur. Jusqu'à la trahison. Sa dernière requête ? Deux mois comme sa véritable épouse. Deux mois avant de disparaître à jamais. Ethan trouva cela pathétique. Mais ce mois changea tout. Son sourire. Sa façon d'aimer. Sa manière de partir. Aujourd'hui, elle lui manque. Terriblement. Il veut la récupérer. La supplier. Tout brûler pour elle. Trop tard. Lydia est déjà avec son pire ennemi. Celui qu'il hait le plus au monde. Elle lui sourit, elle lui offre ce qu'Ethan n'a jamais su lui donner. Ethan est perdu. Rongé par la jalousie et les regrets. Lorsque l'amour se révèle enfin… est-il déjà trop tard ? Ou doit-il se battre contre tout pour une dernière chance ?
Ver másLydia
La plume pèse trois tonnes entre mes doigts. Je fixe la ligne en bas de la page sans voir les mots qui la précèdent. Des clauses. Des conditions. Des renonciations. Ma vie réduite à un contrat de vingt-sept pages que personne ne m'a laissé lire.
Le notaire toussote. Un petit bruit sec qui ricoche contre les boiseries sombres de son étude. L'odeur du cuir des fauteuils se mêle à celle, plus âcre, de la naphtaline qui protège les tentures. Un mélange qui restera à jamais associé, dans ma mémoire, à l'instant précis où j'ai cessé d'être moi-même pour devenir la propriété des Sterling.
— Madame Morgan, votre signature.
Je tourne la tête vers ma mère. Elle est assise sur la chaise la plus éloignée, près de la fenêtre, comme si elle craignait que ma disgrâce ne déteigne sur elle. Son tailleur Chanel est impeccable. Ses mains gantées de beige sont croisées sur ses genoux. Elle ne me regarde pas vraiment. Elle regarde à travers moi, vers quelque chose qui se trouve derrière mon épaule. Vers l'avenir qu'elle a négocié pour elle-même en me vendant.
Son regard, je le connais trop bien. Ce mélange d'impatience et de supplication muette. Ce pincement presque imperceptible des lèvres qui signifie dépêche-toi, ne fais pas d'histoire. Je l'ai vu pour la première fois quand j'avais huit ans et qu'elle m'a traînée chez le dentiste sans anesthésie parce que c'était moins cher. Je l'ai revu à quatorze ans, quand elle m'a annoncé que ma sœur partait étudier en Suisse et que je resterais à Paris pour l'aider. Je l'ai vu il y a trois mois, quand elle est entrée dans ma chambre avec une brochure du manoir Sterling et ce sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
— Tu nous dois bien ça, avait-elle dit.
Je n'avais pas demandé quoi. Je savais que je n'avais pas le choix. Je n'ai jamais eu le choix.
Mon père n'est pas là. Il est à Deauville, m'a-t-on dit. Une partie de poker importante. Ou peut-être est-il simplement trop lâche pour regarder sa fille signer son arrêt de mort sociale. Les dettes de jeu. C'est pour ça que je suis ici. Pour effacer les ardoises que mon père accumule depuis trente ans sur les tapis verts de tous les casinos d'Europe. Les Morgan sont ruinés. Les Morgan n'ont plus que leur nom. Et leur nom, ils l'ont vendu aux Sterling en échange de ma main.
Je tourne la tête vers lui. Ethan Sterling. Mon futur mari. Mon geôlier. Mon sauveur, selon les mots exacts de ma mère. Il nous sauve, Lydia. Sois reconnaissante.
Il ne me regarde pas. Il n'a pas tourné une seule fois les yeux vers moi depuis que je suis entrée dans cette pièce trop chauffée. Il est assis à l'autre bout de la longue table en acajou, le corps légèrement tourné vers la fenêtre, comme si tout cela ne le concernait qu'à peine. Un roi qui signe un traité sans importance pendant que son royaume continue de tourner sans lui.
Son téléphone vibre sur la table. Le bruit est discret mais dans le silence religieux de l'étude, il résonne comme un coup de tonnerre. Il le prend immédiatement. Ses pouces dansent sur l'écran pendant que le notaire égrène les articles du contrat d'une voix monocorde.
— ...article sept, alinéa trois : en cas de dissolution du mariage avant le terme de cinq années, Madame Morgan renonce à toute prétention sur les biens...
Je ne l'écoute plus. Je regarde le visage d'Ethan changer. Ses traits se détendent. La ligne dure de sa mâchoire s'adoucit. Ses lèvres esquissent un sourire. Un vrai sourire. Le premier que je lui vois depuis ce matin. Depuis toujours, en réalité. Depuis cette première rencontre où il m'a à peine accordé un regard, où il a dit elle fera l'affaire comme on choisit un meuble dans un catalogue.
Il écrit quelque chose. Ses doigts sont longs, fins, soignés. Des mains d'homme qui n'a jamais travaillé de ses mains. Je n'ai pas besoin de lire par-dessus son épaule pour savoir à qui il s'adresse. Le parfum de jasmin et de vanille flotte encore sur son costume. Victoria est partout dans cette pièce sans y être. Victoria Ashford. La femme qu'il aime. La femme qu'il aurait épousée si son père ne l'avait pas obligé à prendre la fille Morgan pour récupérer un terrain. Victoria, qui envoie des messages d'amour à mon futur mari pendant que je signe mon arrêt de mort.
Je la déteste. Non, ce n'est pas vrai. Je ne la connais pas assez pour la détester. Je l'envie. Je l'envie de tout mon cœur malade et fatigué. Elle est libre. Elle est aimée. Elle reçoit des tu me manques déjà pendant que moi, je reçois des regards absents et des signatures mécaniques.
— Monsieur Sterling, votre signature également.
Il lève enfin les yeux. Pas vers moi. Vers le notaire. Il attrape le stylo comme on ramasse un déchet, entre le pouce et l'index, avec une moue de dégoût à peine dissimulée. Il signe d'un trait rapide et sec, une signature illisible mais puissante, qui barre la page comme une cicatrice.
Puis il reprend son téléphone.
Je l'aperçois. Le message. Juste avant qu'il ne range l'écran contre sa poitrine, dans un geste protecteur, presque tendre. Comme on cache un trésor.
Tu me manques déjà.
Quatre mots. Quatre coups de poignard dans ma poitrine. Je ne le connais pas, cet homme. Je ne l'aime pas. Mais ces quatre mots, destinés à une autre, le jour de mon mariage, creusent en moi un vide que je ne savais pas pouvoir exister.
Ma main tremble quand je saisis le stylo à mon tour. Le notaire a posé un petit buvard rose devant moi, comme si ma signature allait baver, comme si j'étais une enfant qui apprend à écrire. Peut-être que c'est ce que je suis pour eux. Une enfant. Une chose. Une transaction.
Je trace les lettres de mon nom. Lydia. Le L est tremblé. Le y part en arabesque incontrôlée. Morgan. Mon nom de jeune fille. La dernière fois que je l'écris. La dernière fois que je suis moi-même.
Bientôt Lydia Sterling. Un titre. Une fonction. Une cage dorée.
Le notaire tamponne les documents. Le bruit sourd du tampon contre le papier résonne comme le marteau d'un juge qui prononce une condamnation.
— Je vous déclare unis par les liens du mariage. Félicitations.
Il dit cela sans lever les yeux, en rangeant déjà ses affaires dans sa sacoche de cuir élimé. Félicitations. Le mot le plus vide de sens que j'aie jamais entendu.
Personne n'applaudit.
Ma mère se lève, lisse sa jupe, et se dirige vers la porte sans un mot pour moi. Sur le seuil, elle se retourne à moitié.
— Sois à l'heure pour la cérémonie civile. Le juge n'aime pas attendre.
Puis elle disparaît.
Ethan est déjà debout, téléphone collé à l'oreille. Il parle à voix basse, tourné vers la fenêtre. Je n'entends que des murmures. Des intonations douces. Des mots qu'il ne m'adressera jamais.
— ...oui, c'est fait... non, rien d'important... ce soir, je te le promets...
Je reste assise. Le stylo est toujours dans ma main. Je le repose doucement sur la table. Le buvard rose a bu mon nom. Il ne reste qu'une tache d'encre qui ne ressemble à rien.
Je respire un grand coup. Je vais dire les mots. Ceux que je n'ai jamais dits. Ceux qui brûlent la gorge.— Alexander, je suis venu te demander pardon. Pour mes parents. Pour ce qu'ils ont fait aux tiens. Pour avoir cru leurs mensonges pendant quinze ans. J'ai découvert la machination il y a un peu plus d'un an, en fouillant dans les archives familiales. Les lettres. Les contrats. Les preuves. Mon père a ruiné ton père délibérément, méthodiquement, et il a fabriqué de fausses preuves de ta prétendue trahison pour justifier notre rupture. Il a fait cela pour deux raisons : parce qu'il détestait ta famille, et parce qu'il ne voulait pas que je sois ami avec toi. Il pensait que tu m'influençais mal. Que tu me rendais trop libre. Trop léger. Trop humain, sans doute.Alexander m'écoute. Il ne cille pas. Il ne bouge pas. Il est immobile comme une statue florentine.— Je te dois la vérité, dis-je. J'aurais dû te la dire il y a un an, quand je l'ai découverte. Je t'ai appelé une fois, tu te s
Elle hésite. Puis, très doucement, elle pose sa main sur la mienne. Un instant. Un souffle. Un frisson.— Reste à Milan quelques jours, Ethan. Je ne te promets rien. Mais reste.Elle part. Je la regarde s'éloigner sous la pluie, sans parapluie, ses cheveux courts trempés, son imperméable beige devenu presque brun. Elle ne se retourne pas.Mais elle m'a dit de rester.C'est plus que ce que j'espérais.EthanLe lendemain matin, je ne dors pas. Je n'ai pas dormi depuis Paris, à vrai dire. Je passe la nuit à la fenêtre de ma chambre d'hôtel, au Grand Hôtel et de Milan, celui-là même où Verdi est mort. Je regarde la Via Manzoni s'éveiller. Les livreurs qui déposent des cageots devant les épiceries. Les balayeurs. Les premiers cafés qui allument leurs enseignes.Je bois un café. Un vrai, italien, minuscule et brûlant. Je me douche. Je m'habille en gris , costume gris anthracite, chemise blanche, pas de cravate. Je regarde l'homme dans le miroir. Il a l'air fatigué. Mais il a l'air propre. S
Elle rit. D'un rire amer, cassé, qui me fait mal.— Une soirée. Comme si une soirée pouvait effacer trois ans.— Non. Rien ne peut effacer trois ans. Mais peut-être qu'une soirée peut commencer à construire quelque chose d'autre.Elle détourne le regard. Elle contemple la rue mouillée, les phares des voitures qui allument des flaques d'or dans les caniveaux. Puis elle dit, d'une voix qu'elle veut ferme mais qui vacille :— Alexander m'a demandé de l'épouser.Le sol se dérobe sous mes pieds. Je m'y attendais. Je ne m'y attendais pas. Je savais. Je ne savais pas. Il y a une différence énorme entre imaginer quelque chose et l'entendre. Je serre les dents pour ne pas vaciller physiquement.— Et qu'est-ce que tu as répondu ?— Je n'ai pas encore répondu.— Pourquoi ?Elle re
EthanJe descends du train à la gare centrale de Milan avec pour seul bagage un sac de voyage en cuir usé et un cœur qui bat trop fort. Il pleut. Une pluie fine, tiède, italienne, qui ne ressemble en rien aux averses glaciales de Paris. Je lève les yeux vers la verrière monumentale de la Stazione Centrale, ces arches de fer noir et de verre qui semblent vouloir écraser les voyageurs sous leur majesté fasciste, et je me sens minuscule. Je suis Ethan Sterling. J'ai dirigé un empire. J'ai fait plier des conseils d'administration, des ministres, des rivaux. Et me voilà, à quarante ans passés, tremblant comme un adolescent à l'idée de sonner à la porte d'une femme.Je n'ai pas prévenu. Je ne sais même pas ce que je vais lui dire. J'ai répété mille discours dans le train, entre Chiasso et Milan, entre les Alpes et la plaine d
Le silence du manoir m'écrase. Il est différent du silence de l'appartement familial. Là-bas, c'était un silence chargé de tensions, de reproches muets, de portes qu'on claque. Ici, c'est un silence ancien, accumulé depuis des siècles, couche après couche, comme la poussière sur les meubles. Un sil
Lydia Le petit salon est une pièce immense. Petit est une ironie. Il pourrait contenir tout l'appartement où j'ai grandi. Plafond à caissons peints de scènes mythologiques que je n'ai pas le temps de déchiffrer. Cheminée monumentale en marbre noir où crépite un feu qui ne réchauffe pas, qui éclair
Lydia Nous traversons Paris sous la pluie. Les essuie-glaces battent la mesure. Un rythme lent, régulier, hypnotique. Le chauffeur allume la radio. Une chanson d'amour triste. Il la chante à mi-voix, faux, sans s'en rendre compte.— Vous êtes mariée aujourd'hui ?Je sursaute. Il me regarde dans le
Le juge est pressé. Il consulte sa montre toutes les trente secondes. Une petite montre en or qui brille à son poignet. Il a un autre mariage après le nôtre. Un vrai mariage, peut-être, avec une robe blanche et des fleurs et des gens qui pleurent de joie.— Bien. Procédons.Ethan se tient à ma gauc






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