LOGINJe croyais avaler des vitamines pour préparer mon avenir. En réalité, mon mari m’empêchait d’avoir son enfant. Pendant des mois, j’ai aimé Versus II en silence, en supportant sa froideur, ses absences et ses murs. Jusqu’au jour où j’ai découvert que la plus grande trahison de mon mariage se cachait dans un simple comprimé. Quand je l’ai enfin confronté, il m’a brisée d’une phrase : «je n’étais pas la femme qu’il aimait, seulement celle avec qui il pouvait vivre». Je suis partie sans scandale. Sans larmes. Sans lui. Des années plus tard, je suis devenue la femme qu’il n’aurait jamais dû perdre. Maintenant qu’il comprend enfin ce qu’il m’a fait, Versus II revient trop tard, consumé par le regret, prêt à tout pour me récupérer. Mais certaines femmes ne se reconstruisent pas pour retomber. Et le prix de mon silence… il ne pourra peut-être jamais le payer.
View MoreSERSY
Ce n’étaient pas des vitamines Le jour où j’ai compris que mon mari m’empêchait d’avoir son enfant, j’avais encore confiance en lui. Cette pensée me brûle encore. J’étais sortie en fin de matinée, sans rien prévoir d’extraordinaire. Il me fallait simplement passer à la pharmacie pour reprendre une boîte de mes “vitamines”. Je les appelais toujours comme ça, parce que c’est ainsi que Versus II me les avait présentées dès le début. Un complément. Un soutien. Quelque chose pour “préparer mon corps”, avait-il dit, d’un ton calme, presque attentionné. Je m’étais accrochée à cette phrase comme une idiote. Préparer mon corps. Comme si l’avenir pouvait commencer là. Dans deux comprimés avalés chaque matin avec un verre d’eau, dans ma patience, dans mon amour silencieux, dans cette façon que j’avais de tout accepter tant que cela venait de lui. La pharmacie était presque vide. Une vieille dame attendait près du comptoir, un enfant jouait avec le cordon de la veste de sa mère, et derrière la vitre, le soleil donnait à tout une lumière trop blanche, trop propre. Je me souviens de chaque détail. C’est agaçant, la mémoire. Elle efface les jours heureux et grave dans le marbre les secondes qui détruisent une vie. J’ai posé la boîte vide sur le comptoir avec un petit sourire distrait. « Bonjour, je voudrais renouveler celle-ci, s’il vous plaît. » La pharmacienne a pris la boîte, a baissé les yeux dessus, puis les a relevés vers moi. Ce n’était pas un regard normal. Pas le regard rapide et automatique de quelqu’un qui fait son travail. C’était un regard qui s’arrête. Qui vérifie. Qui hésite. J’ai senti mon ventre se crisper. « Il y a un problème ? ai-je demandé. » Elle a tourné la boîte entre ses doigts, puis a consulté son écran. « Ce médicament vous a été prescrit par quel médecin, madame ?» Sa question m’a surprise. « Je… c’est mon mari qui s’en est occupé au départ. Le médecin de famille connaissait le traitement. » Je me suis entendue parler, et pendant une seconde, j’ai eu honte de la naïveté de ma propre voix. Comme si j’étais encore l’une de ces femmes qui croient qu’un homme qui décide à leur place le fait forcément pour leur bien. La pharmacienne a pris une inspiration discrète. « Je préfère vous demander directement… vous savez exactement ce que vous prenez ? » J’ai eu un petit rire nerveux. « Oui. Enfin… ce sont des vitamines, non ? » Le silence qui a suivi a été très court, mais il m’a paru interminable. Elle s’est penchée légèrement vers moi, avec cette délicatesse prudente qu’on emploie face à une mauvaise nouvelle. « Non, madame. Ce n’est pas un complément vitaminé. C’est un contraceptif. » J’ai cru ne pas avoir entendu. Ou plutôt, j’ai entendu, mais mon esprit a refusé d’accepter. Les mots étaient là, posés entre nous, clairs, nets, impossibles à confondre, et pourtant tout mon être s’est rebellé contre eux. « Pardon ? » « Ce médicament empêche une grossesse. Si vous essayez de concevoir, il produit exactement l’effet inverse. » Je n’ai pas répondu. Je ne pouvais pas. Autour de moi, la pharmacie continuait d’exister. L’enfant riait toujours. La vieille dame toussait derrière moi. La caisse a émis un bip sur un autre comptoir. Le monde poursuivait sa route avec cette indifférence presque obscène qu’il a face aux drames privés. Et moi, j’étais debout, les doigts crispés sur le bord du comptoir, en train de comprendre que mon propre mari m’avait menti jusque dans mon corps. Versus II. Son nom m’a traversée comme une lame. Sa voix revenait. Ses gestes aussi. Sa façon de me demander, presque chaque matin : « Tu as pris tes vitamines ? » Je croyais y entendre de l’attention. Une forme maladroite de tendresse. Je croyais que derrière sa froideur, il y avait au moins cela : le souci de mon bien-être. Le souci de nous. Le souci de ce futur dont il parlait peu, mais que j’espérais quand même. Un enfant. J’en voulais un depuis si longtemps que ce désir était devenu une seconde respiration. Je n’en parlais presque jamais. Pas parce que je n’y pensais pas, mais parce qu’avec lui, les sujets qui touchaient au cœur avaient toujours l’air de heurter une porte fermée. Alors j’avais appris à désirer en silence. À espérer avec pudeur. À ne pas insister. Et pendant ce temps, il me donnait chaque jour de quoi tuer cet espoir avant même qu’il n’ait une chance de naître. « Madame ? Vous allez bien ? » J’ai relevé les yeux vers la pharmacienne. Son visage avait pris cette expression mêlée de gêne et de compassion que je déteste plus que tout. Celle qu’on réserve aux femmes qu’on comprend sans vouloir trop les regarder en face. J’ai redressé le menton.SERSYEn rangeant ma valise, je repense au premier soir où j’ai cru qu’il pouvait m’aimerJe me souviens aussi de la fin de la soirée.La pluie.Une pluie fine, mais tenace, qui trempait les pierres du perron et rendait la nuit brillante sous les lampadaires. Les derniers invités partaient. Daria retenait encore quelqu’un dans le salon. Le chauffeur n’était pas tout de suite là. J’étais sortie quelques instants sous le porche, simplement pour respirer. J’avais froid, mais je ne voulais pas retourner à l’intérieur. J’avais besoin d’échapper quelques secondes à ce monde trop bien peigné qui me faisait déjà l’effet d’une cage tapissée de velours.Je regardais la pluie tomber quand j’ai senti quelque chose se poser sur mes épaules.Sa veste.J’ai tourné la tête si vite que j’en ai presque eu le vertige.Versus II se tenait derrière moi, sans expression particulière, comme s’il venait d’accomplir un geste banal.
SERSYEn rangeant ma valise, je repense au premier soir où j’ai cru qu’il pouvait m’aimerJe n’ai ouvert ma valise qu’une heure plus tard.Peut-être davantage.Le temps avait perdu sa forme depuis que j’avais quitté cette maison. Chez Liora, tout était calme, simple, presque trop humain pour la violence sèche que je portais encore en moi. Elle avait frappé une fois à la porte pour me dire que quelque chose m’attendait dans la cuisine si je changeais d’avis. Je lui avais répondu que je descendrais plus tard. C’était faux. Je ne voulais rien. Ni manger, ni parler, ni dormir.Je voulais seulement rester quelques minutes encore dans cette chambre inconnue, avec ma douleur bien rangée à l’intérieur, comme si ne pas bouger pouvait empêcher le reste de me rattraper.La valise était posée près du lit.Une valise moyenne.Celle qu’on emporte pour quelques jours, pas pour quitter une vie.Je me suis approchée d’e
VERSUS IILe silence de la maison n’a rien de reposant lorsqu’elle n’y est plus« N’oublie pas ton rendez-vous demain. »« Repose-toi. Tu avais l’air fatigué. »Des phrases simples. Pas une plainte. Pas une accusation. Pas même une demande trop lourde. Elle avait vécu près de moi comme on vit près d’un homme qu’on aime plus qu’il ne vous le permet.J’ai posé le téléphone sur la couette.Je pouvais encore l’appeler.J’ai imaginé sa voix. Plus froide, désormais. Plus tenue aussi. Peut-être m’aurait-elle laissé parler. Peut-être m’aurait-elle coupé avec cette même douceur blanche qu’elle avait eue en quittant la maison. Peut-être n’aurait-elle même pas répondu.J’ai compris, avec une lucidité que je n’aimais pas, que ce n’était pas son refus que je redoutais le plus.C’était la possibilité qu’elle m’entende sans plus rien attendre.Cette idée-là m’a fait reculer.Je me suis levé pour alle
VERSUS IILe silence de la maison n’a rien de reposant lorsqu’elle n’y est plusJ’ai toujours aimé le silence.Ou, du moins, c’est ce que j’ai longtemps cru.Le vrai silence, celui qui ne demande rien, celui qui ne pleure pas, ne discute pas, ne cherche pas à vous tirer hors de vous-même. Le silence ordonné d’un bureau après une réunion. Le silence d’une maison bien tenue à la fin d’une soirée. Le silence entre deux décisions, quand tout est encore possible parce que rien n’a encore été dit.Je l’ai toujours préféré au bruit des sentiments.Le bruit des attentes.Le bruit des reproches.Le bruit des femmes qui veulent savoir ce que vous ressentez quand vous passez votre vie entière à faire en sorte que cela ne regarde personne.Mais ce soir-là, en rentrant chez moi, j’ai compris qu’il existait un silence d’une autre nature.Un silence qui ne repose pas.Un silence qui accuse.Le portail
SERSY Ce n’étaient pas des vitamines Le jour où j’ai compris que mon mari m’empêchait d’avoir son enfant, j’avais encore confiance en lui. Cette pensée me brûle encore. J’étais sortie en fin de matinée, sans rien prévoir d’extraordinaire. Il me fallait simplement passer à la pharmacie pour r
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe






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