LOGINLe milliardaire qui a perdu son identité Résumé À trente-cinq ans, Aven Kaïros est considéré comme le plus jeune milliardaire d'Europe. Le jour où son jet privé s'écrase, le monde entier le croit mort. Sans aucun souvenir, il est recueilli par Nysa Elven une jeune infirmière vivant dans un village isolé. Pendant des mois, Aven découvre une vie simple et tombe amoureux de celle qui l'a sauvé. Mais lorsqu'il retrouve enfin la mémoire, il découvre qu'on a profité de sa disparition pour voler son entreprise... et que Nysa est la fille de l'homme accusé d'avoir organisé le crash. Entre amour, manipulation et lutte pour reprendre son empire, Aven devra découvrir qui dit la vérité.
View MoreChapitre 1
Aven
Je suis un homme que l'on ne regarde pas dans les yeux.
C'est une vérité que j'ai imposée au monde, une loi silencieuse que même les plus puissants respectent sans que j'aie jamais eu besoin de la formuler à voix haute. Mes pas résonnent sur le marbre noir du hall, un battement régulier, métronome impérial qui scande mon avancée. Le bâtiment tout entier vibre à mon rythme. Les murs de verre fumé reflètent ma silhouette, une armure d'ombre et de lumière taillée dans un costume d'un gris presque bleu, si sombre qu'il en paraît plus profond que la nuit. Ma main gauche, négligemment glissée dans la poche de mon pantalon, effleure la tranche froide de mon téléphone, mais je ne le consulte pas. Je n'en ai pas besoin. L'information vient à moi, toujours.
Sur mon passage, les portes de verre s'ouvrent avec un souffle respectueux. L'air climatisé charrie des effluves de cuir neuf, d'acier poli et de parfums hors de prix, un mélange stérile qui est devenu l'odeur même de mon existence. Une hôtesse derrière le comptoir d'accueil, vêtue d'un tailleur bleu nuit, esquisse un mouvement pour me saluer puis se ravise, la main suspendue. Elle baisse les yeux. Elle a bien fait. Je ne supporte pas l'obséquiosité, je ne tolère que l'efficacité. Son regard, elle l'ignore encore, je ne l'aurais même pas croisé. Mon regard, lui, est fixé droit devant, traversant les corps comme s'ils n'étaient que des courants d'air. Un regard que l'on dit glacial, capable de faire fondre les certitudes les mieux trempées et de transformer le silence le plus assuré en une plaie béante. La vérité est plus simple : je n'ai tout simplement rien à leur dire, et tout ce qu'ils pourraient me dire, je le sais déjà.
Je ne suis pas né avec cette froideur. Elle a été déposée en moi un jour de pluie, il y a vingt ans, quand une voiture a glissé sur une route de montagne et que le monde a perdu sa seule couleur. Ma mère portait une robe jaune, ce jour-là. Je me souviens du jaune, une tache de soleil déchirée par la grisaille, la dernière chose belle que j'ai vue avant de comprendre que la beauté était un piège et l'amour une porte ouverte à la souffrance la plus abjecte. Après elle, il n'est resté que la stratégie. Mon père, dans son chagrin, m'a appris à transformer l'émotion en calcul. Une leçon que j'ai perfectionnée jusqu'à devenir une machine de guerre financière. Aujourd'hui, à trente-cinq ans, je suis le plus jeune milliardaire d'Europe, et mon cœur est un coffre-fort dont j'ai fondu la clé.
Pourtant, tandis que je m'engouffre dans l'ascenseur privé, une sensation étrange me parcourt, un picotement désagréable entre les omoplates. La cabine de verre s'élève, offrant une vue panoramique sur la ville qui s'étale à mes pieds comme un circuit imprimé. Les toits scintillent sous le soleil froid de novembre. Mon empire. Ma prison. Mes doigts se referment sur le garde-corps en acier brossé, et je plisse les yeux, tentant de chasser cette impression d'être observé. Pas avec la déférence habituelle, non. Avec une intensité différente, une lame invisible qui cherche la faille dans l'armure. Je ne me retourne pas. Me retourner serait un aveu de faiblesse. Mais mon esprit, lui, enregistre tout. La silhouette floue dans le hall, le reflet trop insistant dans une porte de service. Ce sont des détails, des grains de poussière sur le costume parfait de ma journée. Des grains de poussière qui, je le pressens confusément, pourraient bien déclencher un incendie.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent avec un chuintement discret sur le dernier étage, le mien. L'air y est plus rare, le silence, plus profond. Mon bureau est un sanctuaire de verre et de béton brut, une cellule de luxe perchée au-dessus du monde. Je m'avance jusqu'à la baie vitrée qui court du sol au plafond. Là, enfin, je ferme les yeux un bref instant. Derrière mes paupières closes, ce n'est pas la ville que je vois. C'est la robe jaune de ma mère qui danse, une dernière fois, avant de plonger dans le ravin. Le souvenir me brûle la gorge, un acide familier que je ravalerai, comme toujours.
La haine est une énergie plus fiable que l'amour, une pile nucléaire qui ne s'éteint jamais. C'est cette haine qui m'a permis de doubler la valeur de l'empire familial en moins d'une décennie. C'est elle qui me fait me détourner de la fenêtre et poser mon regard sur le dossier qui m'attend sur le bureau en ébène de Macassar. Mais aujourd'hui, une pensée parasite s'y accroche. Et si cette haine ne suffisait plus ? Et si, parmi les silhouettes que j'ai croisées sans les voir, se cachait une haine plus grande, plus ancienne, plus patiente que la mienne ? J'effleure du bout des doigts la surface parfaite du bois, ce contact lisse et froid qui m'ancrait autrefois dans le réel. Il ne m'apporte aucun réconfort. Un orage se forme derrière mes tempes, une prémonition sans visage. Je ne le sais pas encore, mais dans l'ombre de mon propre empire, quelqu'un a déjà décidé que mon temps était compté. Et le compte à rebours a commencé.
Chapitre 6NysaLa nuit est tombée depuis longtemps sur le dispensaire, une nuit sans lune, épaisse comme de l'encre, qui avale les contours de la vallée et ne laisse derrière elle qu'un silence oppressant troublé par le hululement lointain d'une chouette. Je suis seule dans la petite salle de soins, éclairée par une lampe jaunâtre qui projette des ombres mouvantes sur les murs de pierre, et devant moi, allongée sur le lit de fer, une petite fille lutte pour respirer. Elle s'appelle Manon, elle a sept ans, et ses yeux brillent de fièvre comme deux braises fragiles qui menacent de s'éteindre à chaque instant. Ses poumons sifflent, un bruit déchirant qui me serre le ventre, et ses petites mains crispées sur le drap sont bleuies par le manque d'oxygène.Sa mère l'a amenée en fin d'après-midi, affolée, les joues striées de larmes, et elle m'a suppliée de faire quelque chose, n'importe quoi, avec cette terreur brute des mères qui sentent la mort rôder autour de leur enfant. Le dispensaire
Chapitre 5AvenLa soirée est une fosse aux lions déguisée en gala de charité.Les lustres de cristal déversent une lumière dorée sur les robes de soie et les smokings noirs, une pluie d'éclats qui se brise sur les diamants et les coupes de champagne. Je me tiens près de la baie vitrée, un verre de whisky à la main dont je n'ai pas bu une goutte, et je contemple ce cirque avec un détachement clinique. Je suis venu par obligation, une de ces corvées mondaines auxquelles un homme de ma position ne peut se soustraire sans que les rumeurs ne s'enflamment. Depuis la dernière réunion du conseil, depuis ce regard échangé avec Simon Lemaire, je vois des ennemis partout, et ce soir, la trahison embaume littéralement la salle.C'est alors qu'elle apparaît.Elle traverse la foule comme une lame fend la soie, avec une aisance qui force l'admiration malgré moi. Elena Korvac. Un visage anguleux de madone byzantine, des yeux d'un vert si pâle qu'ils en paraissent translucides, des yeux de prédatrice
Chapitre 4NysaLe chemin de terre qui mène à la maison est creusé d'ornières que la dernière pluie a remplies d'une eau boueuse et glacée. Je les évite par habitude, mes chaussures usées connaissant chaque pierre, chaque racine qui affleure comme les aspérités d'une vie que je n'ai pas choisie. La maison apparaît derrière le rideau des saules, une bâtisse de pierre grise au toit d'ardoises moussues, et mon cœur se serre en pensant à l'homme qui attend à l'intérieur, prisonnier d'un corps et d'un passé qui ne lui appartiennent plus vraiment.Je pousse la porte de bois qui proteste en grinçant, et l'odeur du feu de cheminée m'enveloppe aussitôt. Mon père est là, devant la fenêtre, sa silhouette amaigrie découpée par la lumière grise du crépuscule. Il ne s'est pas retourné en entendant la porte, il ne se retourne plus jamais. Son fauteuil roulant est orienté vers la montagne, ce massif sombre qui se dresse comme un juge silencieux. Je m'approche doucement et pose une main légère sur son
Chapitre 3AvenLa lumière du plafonnier est une lame blanche qui découpe la table de réunion en deux clans. D'un côté, les fidèles, du moins ceux qui en portent encore le masque. De l'autre, les charognards, ces associés de longue date dont la loyauté se monnaie au même taux que les actions de l'entreprise. Aujourd'hui, le cours de leur fidélité est en baisse, je le sens. L'air est saturé d'une tension électrique, une odeur d'ozone et d'eau de Cologne trop capiteuse qui me donne la nausée. Je reste debout, au bout de la table, les deux mains à plat sur le bois froid. Je ne m'assois jamais en premier. C'est un détail, un de ces jeux de pouvoir subtils qui assoient une domination. Mes doigts sentent les micro-rayures du vernis, chaque aspérité infime. Je me concentre sur cette sensation pour contenir la fureur glacée qui commence à ramper dans ma nuque.— Les projections pour le marché asiatique sont en deçà de nos espérances, lance Marc Vasseur, mon directeur financier.Sa voix est un












Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.