LOGINChapitre 91
Ryuu
La camionnette s'arrête à cinq cents mètres de l’entrepôt. Kael coupe le moteur. Le silence. La pluie tambourine sur le toit métallique, un bruit sourd, régulier, presque apaisant, comme un cœur qui bat, comme une respiration, comme un compte à rebours. Les essuie-glaces s’arrêtent, figés au milieu du pare-brise, leurs bras noirs immobiles, les lames en caou
Chapitre 100AelysLe jardin du penthouse est baigné dans la lumière dorée du matin. Les rayons du soleil traversent les feuilles des érables, dessinent des ombres mouvantes sur le sol en pierre, sur le banc en bois, sur nos mains entrelacées. Les ombres dansent, glissent, s'étirent, se contractent. Elles sont fines, découpées, comme des dentelles, comme des arabesques, comme des rêves éveillés. Parfois elles ressemblent à des oiseaux, parfois à des fleurs, parfois à des visages. Elles bougent au rythme du vent, au rythme des branches, au rythme de nos souffles.Les carpes nagent dans le bassin. Le bassin est en pierre, ovale, ses bords sont moussus, couverts de petites plantes vertes, de lichens gris. L’eau est claire, presque transparente, on voit le fond, les galets, les petites algues qui ondulent. Les carpes sont orange, blanches, noires, leurs corps luisants sous la surface, leurs écailles brillent au soleil, des reflets dorés, argentés, cuivrés. Elles nagent lentement, paresseu
Chapitre 99AelysL'aube arrive.Le ciel est gris, lavé, sans couleur. Un gris perle, presque blanc, presque argent. Les nuages sont bas, immobiles, ils semblent peser sur la ville, sur les toits, sur les lanternes. Les lanternes s'éteignent une à une, leurs flammes vacillent, résistent, puis disparaissent. Les fils noirs se balancent doucement dans l'air calme.La ville s'éveille lentement. Des bruits de voitures, de klaxons, de voix. Des portes qui claquent, des moteurs qui grondent, des freins qui crissent. Des oiseaux chantent sur les toits, des moineaux, des corbeaux, leurs cris aigus déchirent l'air frais. Le vent souffle, léger, chargé d'odeurs urbaines, d'essence, de bitume, de pain frais.Je suis debout devant la fenêtre de ma chambre. Soren dans mes bras. Il est réveillé, lui aussi
Chapitre 98AelysLa lettre arrive le lendemain matin.Posée sur la table de nuit, à côté de la lampe en verre fumé dont l'abat-jour est incliné, à côté du réveil numérique dont les chiffres rouges clignotent en silence, 07:23, 07:23, 07:23. À côté de mes lunettes pliées, les verres propres, la monture fine. Une enveloppe blanche, épaisse, lourde. Le papier est vélin, lisse, glacé, presque luxueux. Scellée avec un cachet de cire rouge, une petite montagne de cire liquide figée, brillante. Le cachet représente un dragon stylisé, les ailes déployées, la gueule ouverte. Kurogane.Je ne l'ai pas vue arriver. Je ne sais pas qui l'a posée là. Peut-être Kael, entré sans bruit dans la chambre
Chapitre 97AelysSeule dans sa chambre. Dans le penthouse. À Yozora. La ville où tout a commencé, où tout a explosé, où tout s’est effondré pour peut-être renaître. La lumière du matin entre par la fenêtre, blanche, dorée, liquide. Elle coule sur le parquet ciré, sur les lattes de bois clair, sur les murs blancs, sur le lit immense aux draps de soie noire froissés. Les ombres reculent, se contractent, s’effacent. Les dernières lanternes de la nuit s’éteignent une à une, leurs flammes vacillent, résistent, puis disparaissent dans un dernier éclat, une ultime braise. Les fils noirs se balancent dans la brise légère, libérés du poids de la lumière.Soren dort. Allongé sur le lit, au milieu des draps de soie froissés
Chapitre 96AelysLe retour à Yozora est sous haute protection. Des voitures de police, noires, blanches, leurs gyrophares allumés, bleus, rouges, blancs. Des gardes en noir, casques, gilets pare-balles, oreillettes, radios. Des motards, en bleu, leurs moteurs rugissent, leurs sirènes hurlent. Les passants s’écartent, reculent, se pressent contre les murs. Ils regardent, leurs yeux écarquillés, leurs bouches ouvertes. Ils filment avec leurs téléphones, les écrans levés, les bras tendus.Les journalistes se pressent derrière les barrières métalliques, leurs caméras braquées, leurs objectifs pointés, leurs micros tendus. Des flashes crépitent. Des questions fusent.— Monsieur Kurogane ! Un commentaire ?— Qui est la femme ?— L’
Chapitre 95AelysKael entre dans le bureau. Ses bottes claquent sur le béton. Le bruit est sec, régulier, martial. Sa silhouette noire se découpe dans l’encadrement de la porte. Derrière lui, ses hommes, armés, visages fermés, yeux durs. Gilets pare-balles, ceinturons, holsters. Fusils, pistolets, couteaux. Il s’arrête. Il regarde Ryuu. Il regarde Soren. Il me regarde. Son visage est neutre, impassible, mais ses yeux gris acier sont plus doux que d’habitude. Une lueur de soulagement, presque de tendresse.— Rei est maîtrisé, dit-il. Il ne résiste pas. Il a jeté son arme. Il est assis par terre, adossé à un pilier. Il demande à vous parler. Il pleure. Il dit qu’il est désolé.— Plus tard, dit Ryuu. D’abord, on les met en sécurit&e
Chapitre 2Le train ralentit dans un grincement doux, une plainte mécanique qui se répercute le long des wagons, et je découvre Yozora à travers la buée de la vitre. Mon souffle a dessiné un halo sur le verre, une auréole de condensation derrière laquelle la ville apparaît par fragments, comme un t
Chapitre 1Je sens le regard de Julian avant même de le voir.Il est là, debout près de la fontaine de champagne, une coupe à la main, l’autre posée sur les reins d’une femme que je ne connais pas. Une femme vêtue de satin blanc si pâle qu’il en devient presque irréel sous les lustres, un collier d
Chapitre 4Le regard de l'inconnu ne me lâche pas.Je sens son attention posée sur moi comme une main invisible, chaude, insistante. Elle glisse sur ma nuque, s'attarde sur mes lèvres quand je bois une gorgée de saké, suit le mouvement de ma gorge quand j'avale. Je n'ai jamais été observée ainsi. P
Chapitre 3L’escalier est raide, étroit, si étroit que mes épaules frôlent les murs. Mes doigts effleurent la brique froide, rugueuse sous la peinture écaillée qui s’effrite par endroits, laissant apparaître la terre cuite originelle. Plus je descends, plus l’air s’épaissit. Il se charge de senteur







