LOGINJ'essaie de me raisonner, de me convaincre que j'accorde trop d'importance à des paroles sans signification. Adrian était fatigué, à moitié endormi, il ne savait pas ce qu'il disait. Cela arrive à tout le monde, ces phrases qu'on prononce sans y penser, ces mots qui s'échappent de nos lèvres sans que notre conscience les contrôle. Il n'y a rien d'extraordinaire à cela, rien qui justifie mes soupçons et mes inquiétudes.Mais une autre partie de moi, plus sombre, plus méfiante, refuse d'accepter cette explication. Cette phrase n'était pas anodine, elle n'était pas le fruit du hasard ou de la fatigue. Elle était chargée d'une intention, d'un sens, d'un secret trop longtemps retenu. Adrian me cache quelque chose, quelque chose de grave, quelque chose qui le ronge de l'intérieur et qui menace de détruire tout ce que nous avons construit ensemble.Et je suis bien décidée à découvrir de quoi il s'agit.Une semaine plus tard, un nouvel incident vient ali
SaraMalgré le bonheur, malgré l'amour, de petits détails commencent à m'intriguer. Des détails infimes, presque invisibles, qui s'accumulent dans un coin de ma conscience sans que je puisse les ignorer tout à fait. C'est comme ces petites fissures qui apparaissent sur un mur fraîchement repeint, à peine visibles au début, mais qui s'élargissent avec le temps jusqu'à menacer toute la structure. Je les vois, je les sens, mais je refuse de les nommer, de les reconnaître pour ce qu'elles sont vraiment.Nous sommes au début du mois de mars, et Paris s'éveille doucement sous un ciel d'un bleu limpide. Les marronniers du parc Monceau commencent à bourgeonner, les terrasses des cafés se remplissent dès les premiers rayons de soleil, et les touristes réapparaissent par vagues le long des Champs-Élysées. L'hôtel rouvrira dans quelques semaines, après des mois de travaux et de rénovations. Je devrais être heureuse, pleinement heureuse, totalement heureuse. Et je le
— Et toi, tu as participé à cette machination ?— Oui, murmure-t-il en baissant la tête. J'ai participé à cette machination. J'ai aidé Vane et Cross à monter les dossiers frauduleux qui ont permis de siphonner les comptes de l'hôtel, de falsifier les bilans comptables, de discréditer votre père aux yeux des banques et des investisseurs. Je n'en suis pas fier, Sara. C'est la plus grande honte de ma vie. Mais à l'époque, je me justifiais en me disant que c'était pour la bonne cause, que je le faisais pour démanteler leur réseau, pour les envoyer en prison. La fin justifie les moyens, disait-on au MI6. Je le croyais. Je le croyais vraiment.— Mais tu ne les as pas envoyés en prison. Ils ont continué leurs activités pendant des années, ils ont ruiné mon père, ils l'ont peut-être même assassiné. Et toi, tu es resté à leurs côtés, comme si de rien n'était. Tu as continué à collaborer avec eux.— Parce que mes supérieurs m'ont demandé de rester infiltré, de conti
SaraCe soir-là, quand Adrian rentre à la suite présidentielle, je l'attends dans le salon, assise sur le canapé, les documents de monsieur Moreau étalés sur la table basse devant moi. J'ai demandé à Inaya de s'éclipser, de nous laisser seuls, de ne pas rentrer avant le lendemain matin. J'ai besoin d'être seule avec lui, face à face, pour cette explication qui va décider de notre avenir.Il entre, souriant, les bras chargés de courses. Il est allé au marché, il a acheté des produits frais pour préparer le dîner. Du poisson, des légumes, des herbes aromatiques, une bouteille de vin blanc. Il ne remarque pas tout de suite mon expression, les documents sur la table, l'atmosphère tendue qui règne dans la pièce.— J'ai acheté du bar, annonce-t-il en posant ses paquets sur la table de la cuisine. Du bar de ligne, pêché ce matin en Bretagne. Je vais le cuire au four, avec des légumes de saison et une sauce au beurre blanc. Tu verras, c'est une recette q
SaraMonsieur Moreau me contacte une semaine plus tard, par téléphone, d'une voix neutre et professionnelle qui ne laisse rien transparaître de ses découvertes.— J'ai les premiers résultats de mon enquête, madame Valenti. Préférez-vous que nous nous rencontrions en personne, ou puis-je vous les communiquer par téléphone ?— En personne, dis-je immédiatement. Venez à l'hôtel, je vous attendrai dans mon bureau. Demain matin, à neuf heures, cela vous convient-il ?— Parfaitement, madame. À demain matin.Je raccroche, le cœur battant. Les premiers résultats. Qu'a-t-il découvert ? Des preuves accablantes de la trahison d'Adrian ? Ou au contraire, des éléments qui le disculpent, qui dissipent mes soupçons, qui me rassurent définitivement ? Je ne sais pas ce que j'espère, ce que je crains, ce que je désire. Je veux savoir la vérité, et en même temps, je redoute de l'apprendre.Le lendemain matin, à neuf heures précises, monsi
SaraJe décide de suivre le conseil d'Inaya. De mener ma propre enquête, discrètement, sans en parler à personne. D'essayer d'en savoir plus sur Adrian, sur son passé, sur ce qu'il me cache depuis le début. De découvrir la vérité, quelle qu'elle soit, avant qu'il ne soit trop tard.Mais par où commencer ? Adrian est un homme secret, qui ne parle jamais de lui, qui esquive les questions personnelles avec une habileté consommée. En six mois de vie commune, je ne sais presque rien de son passé : ni où il est né, ni quelle est sa famille, ni quelles études il a faites, ni quel métier il exerçait avant de croiser ma route. Chaque fois que j'ai essayé d'en savoir plus, il a détourné la conversation, ou répondu par des généralités vagues, ou prétexté une urgence pour s'éclipser.— Mon passé n'a pas d'importance, disait-il avec un sourire désarmant. Ce qui compte, c'est le présent. Ce qui compte, c'est nous. Ce qui compte, c'est l'avenir que nous constru
Sara Je devrais me lever, me préparer, retourner là-bas. Mais l'idée de franchir à nouveau cette porte de service, de longer ces couloirs, de croiser peut-être le regard de Sterling, ou pire, celui de l'autre, celui qui m'a eue pour une nuit et qui me croisera peut-être dans un couloir sans même m
Sara Ma main claque sur sa joue avec un bruit sec, terrible, définitif. La marque rouge fleurit immédiatement sur sa peau mate. Ma paume est en feu. Le temps s'arrête. Adrian Sterling ne bouge pas. Sa tête est restée légèrement tournée sur le côté, et pendant un battement de cœur, il est une statu
Sara La suite des Tuileries. La suite Impériale. Les numéros dansent dans ma tête. Vernet a dit Tuileries, mais c'est Sterling que je viens de croiser, et c'est Sterling qui occupe la suite Impériale. Deux hommes différents. Deux nuits différentes. L'un que je redoute, l'autre que je désire. L'un
SaraLe silence retombe. L'horloge sur le mur égrène les secondes, un glas miniature. Je regarde le dossier ouvert, la photographie agrafée en haut à gauche, mon visage en noir et blanc, mes yeux de l'époque, des yeux qui n'avaient pas encore vu Elena mourir. Cette femme sur la photo ne savait pas.







