LOGINElle était son épouse de nom, son fantôme de vivant, et son souvenir trop tard pour être sauvé. Isabella Rousseau a aimé Étienne Beaumont pendant des années, pendant qu'il bâtissait un empire et qu'elle élevait seule leurs jumelles. Il courait après le succès. Elle courait après son cœur. Un jour, lorsqu'elle le surprend à célébrer leur anniversaire de mariage avec une autre femme, tout bascule. Les jumelles ne sont pas de lui, une conspiration menace tout, et un diagnostic fatal met leur temps à rude épreuve. L'homme qui a brisé son cœur pourra-t-il le guérir ? Ou l'amour arrivera-t-il trop tard ? Certaines histoires finissent par un « Oui », d'autres par « Je te pardonne »... mais les plus rares se terminent par « Je choisis de revivre ».
View MoreLe penthouse sentait le vide et le luxe.
Isabella Rousseau-Beaumont, pieds nus sur du marbre italien importé, regardait l'aube se lever sur Paris à travers des baies vitrées qui coûtaient plus cher que la plupart des maisons. La ville s'éveillait, le grondement du métro en contrebas, l'odeur du pain frais des boulangeries, des millions de personnes commençant une journée qui comptait pour quelqu'un.
La sienne n'aurait d'importance pour personne.
Elle traversa silencieusement des pièces conçues par des architectes primés qui ne lui avaient jamais demandé ce qu'elle aimait. Crème et chrome. Verre et perfection froide. Un musée d'une vie jamais vécue.
La porte de la chambre principale était fermée. Elle l'était toujours.
Isabella ne frappait plus. Elle avait appris cette leçon trois ans plus tôt, lorsque son timide coup de poing avait été accueilli par la voix saccadée d'Étienne : « Je suis au téléphone. » À 6 heures du matin. Un dimanche.
Elle avait cessé de frapper après cela.
Au lieu de cela, elle accomplissait sa routine matinale avec l'efficacité experte d'un fantôme. Prendre une douche dans la salle de bains d'invités, puis s'habiller dans le dressing qui abritait des vêtements qu'elle avait cessé d'aimer. Tons neutres. Tissus coûteux. Rien de trop osé, rien qui exigeait d'être vu.
À 6 h 45, elle était dans la cuisine, un espace en inox étincelant et aux plans de travail en marbre. La gouvernante, Madame Bertrand, n'arriverait qu'à huit heures. Ces heures matinales appartenaient uniquement à Isabella.
Elle mesurait les grains de café avec précision. Deux cuillères à soupe, mouture moyenne. Étienne aimait son café assez fort pour avoir un goût amer. Parfois, Isabella se demandait s'il préférait tout cela dans sa vie.
Pendant que la cafetière à piston infusait, elle préparait son petit-déjeuner. Omelette aux blancs d'œufs et aux épinards. Pain complet grillé, sec. Fruits frais, savamment disposés. Un repas conçu pour un homme qui traitait son corps comme une entreprise, efficacité maximale, plaisir minimal.
Son petit-déjeuner, à elle, se résumait à ce qui restait. Généralement rien.
À 7 h 15, elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir. Son pouls s'accéléra, une réaction pavlovienne qu'elle détestait. Sept ans de mariage, et son cœur bondissait encore au son de ses pas.
Étienne Beaumont entra dans la cuisine tel un roi entrant dans une province conquise et oubliée. Cent quatre-vingt-huit centimètres de perfection sur mesure, des yeux gris acier scrutant l'écran de son téléphone, des cheveux noirs coiffés avec précision. Son costume coûtait probablement plus cher que la bague de fiançailles qu'il lui avait offerte, une bague choisie par son assistante, à la mauvaise taille, jamais redimensionnée.
« Bonjour », dit Isabella doucement.
Il ne leva pas les yeux. « Le café est prêt ? »
« Oui. » Elle le versa dans sa tasse préférée, en porcelaine blanche, sans anse. Elle la lui tendit.
Leurs doigts ne se touchèrent pas.
« J'ai une réunion chez Mercier à 9 heures », dit-il, toujours en train de faire défiler les pages. « Ensuite, on enchaîne jusqu'à 18 heures. Je dînerai au bureau. »
« D'accord. » Isabella garda une voix égale. « Les jumelles ont leur récital ce soir. À sept heures. »
Une lueur traversa son visage. De l'agacement ? De la culpabilité ? Elle disparut avant qu'elle puisse la nommer.
« D'accord. » Il posa son téléphone pour croquer une bouchée d'omelette, mâcha machinalement, puis avala. « J'essaierai. »
« J'essaierai. » Ce seul mot signifiait « non » dans le vocabulaire d'Étienne.
« Elles s'entraînent depuis des semaines », dit Isabella, détestant la note suppliante qui s'insinuait dans sa voix. « Margot a expressément demandé si Papa serait là. »
« J'ai dit que j'essaierais, Isabella. » Son ton portait l'avertissement qu'elle connaissait bien : la conversation était terminée.
Elle le regarda manger en silence. Elle le regarda consulter sa montre, son téléphone, tout sauf son visage. Quand l'avait-il vraiment regardée pour la dernière fois ? Quand lui avait-elle demandé pour la dernière fois ?
À 7 h 40, il se leva et récupéra sa veste sur le dossier de sa chaise. Isabella vit quelque chose glisser de la poche et tomber par terre : un petit rectangle de papier.
Étienne ne le remarqua pas. Il se dirigeait déjà vers la porte, son téléphone collé à l'oreille. « Oui, je descends. Prépare la voiture. »
« Étienne », appela Isabella. « Les jumelles... »
Il s'arrêta sur le seuil, à moitié tourné. Un instant, elle pensa qu'il pourrait bien revenir. Qu'il pourrait bien l'embrasser pour lui dire au revoir, comme il l'avait fait une seule fois, le jour de leur mariage, d'un simple effleurement de lèvres au goût d'obligation.
« Dis-leur que je suis fier d'elles », dit-il. Puis il disparut.
Isabella resta seule dans la cuisine rutilante, écoutant les portes de l'ascenseur se refermer. L'enfermant. L'enfermant toujours.
Elle était devenue experte en cela : l'art d'être abandonnée.
Le papier par terre attira son attention. Elle se pencha pour le récupérer, s'attendant à trouver une carte de visite ou un ticket de caisse de pressing. Étienne laissait toujours des traces de sa vie importante éparpillées dans leur maison sans importance.
Mais ce n'était pas une carte de visite.
C'était un ticket de caisse de restaurant.
La Lumière Dorée. Le restaurant où Étienne l'avait demandée en mariage, ou plutôt, où il lui avait annoncé que le mariage serait « la suite logique » étant donné sa grossesse. Le même restaurant où ils retournaient à chaque anniversaire de mariage, une tradition qui avait semblé romantique la première année et qui s'était évaporée depuis.
Les mains d'Isabella tremblaient quand elle lisait les détails.
Date : le 15 avril
La semaine dernière.
Convives : 2
Table : 12
La table d'angle privée. Celle avec vue sur la Seine. Celle qu'Étienne avait demandée expressément pour leur premier anniversaire de mariage, la seule fois où il avait semblé essayer.
Total : 847,32 €
Payé : Beaumont, É.
Deux coupes de champagne. Deux entrées. Deux plats principaux. Deux desserts.
Elle relut la date. Encore et encore. Comme si les chiffres pouvaient se réorganiser en quelque chose de logique. Quelque chose qui ne lui percerait pas la poitrine.
Le 15 avril.
Mardi dernier.
Le mardi qu'Étienne avait envoyé par SMS : « Travail tard. Ne m'attends pas. »
Isabella s'affala sur une chaise, le ticket de caisse serré dans sa main tremblante. La cuisine était silencieuse, à l'exception du bourdonnement des appareils électroménagers coûteux et de sa propre respiration, rapide, saccadée, paniquée.
Dîner pour deux dans leur restaurant spécial.
Du champagne, des bougies et quelqu'un en face de lui qui n'était pas sa femme.
Elle repensa à toutes les fois où elle avait servi à cette table, à tous les matins où elle avait préparé des plats qu'il avait à peine goûtés, à toutes les nuits où elle était restée éveillée à l'écoute de son retour.
La ville continuait de s'éveiller derrière les fenêtres. Le soleil grimpait plus haut, et Isabella Rousseau-Beaumont était assise dans son musée du mariage, tenant entre ses mains la preuve qu'elle n'était pas seulement invisible.
Elle avait été remplacée.
La fondation n'a pas été créée selon un plan préétabli.Tout a commencé avec une femme nommée Céline.Céline avait trente et un ans. Mère de deux enfants de moins de cinq ans, elle avait quitté un mariage violent huit mois avant de rencontrer Isabella, dans un centre social du 18e arrondissement où Isabella s'était rendue avec Hélène pour déposer des dons.Céline était assise dans la salle d'attente lorsqu'Isabella arriva. Son plus jeune enfant était sur ses genoux et l'aîné blotti contre elle. Elle remplissait un formulaire avec la concentration de quelqu'un pour qui la paperasserie avait toujours été un obstacle plutôt qu'une simple formalité.Isabella s'assit à côté d'elle, car la salle d'attente était petite et il n'y avait pas d'autre chaise.Elles n'avaient pas l'intention de parler.Mais l'enfant sur les genoux de Céline avait regardé Isabella avec cette franchise d'évaluation que les jeunes enfants réservent aux inconnus, puis lui avait tendu une petite figurine en plastique q
L'EMPIRE DES AFFAIRESL'annonce de la fusion fut faite un mardi matin d'octobre, six semaines après Positano.Isabella se tenait à la tribune, dans l'atrium de Beaumont Industries. La haute verrière du bâtiment, filtrée par la lumière automnale, formait de longs rayons pâles.Étienne se tenait à sa gauche.Marc se tenait à sa droite.Derrière eux, sur un écran occupant toute la largeur du mur de l'atrium, s'affichait le nouveau logo.« GROUPE BEAUMONT SENTINEL »Les journalistes occupaient les dix premiers rangs. Derrière eux, le personnel de Beaumont Industries et de Sentinel Security Solutions, plusieurs centaines de personnes arrivées en avance et maintenant immobiles, suivait la tribune avec l'attention soutenue de ceux dont l'avenir professionnel se dessinait sous leurs yeux.Isabella prit la parole la première. Elle avait rédigé elle-même la déclaration, que Marc avait relue et qu'Étienne avait lue sans suggérer de modifications. Elle avait interprété cela comme une approbation
POSITON, NUITLa villa était calme à leur retour du dîner.Ils avaient mangé dans un petit restaurant à mi-chemin du sentier côtier, un endroit sans carte et dont le propriétaire avait choisi le menu en fonction des produits de la mer arrivés le matin même. Le repas avait été extraordinaire, comme le sont toujours les plats simples préparés avec une attention toute particulière.Ils étaient rentrés lentement.Le village était baigné d'une douce lumière contrastant avec l'obscurité. La mer, invisible en contrebas, était pourtant audible, une présence sourde et constante qui imprégnait tout.Les talons d'Isabella avaient glissé en descendant, et elle les tenait à la main, les pieds nus sur la pierre chaude.Étienne marchait à ses côtés, sa veste sur le bras, les poignets retroussés.Ils parlèrent peu sur le chemin du retour.Ils avaient bavardé pendant le dîner, de ces conversations qui passaient sans effort des grands sujets aux petits. Des jumeaux. De l'offre de Genève. La question de
LA LUNE DE MIELLa villa de Positano se dressait au bord d'une falaise surplombant la mer Tyrrhénienne.Ses murs étaient blancs, son sol en terre cuite et sa terrasse s'avançait à flanc de falaise, donnant l'impression d'être à la proue d'un navire. L'eau en contrebas arborait ce bleu si particulier qu'on ne trouvait que dans cette région du monde, et que l'on retrouvait dans les tableaux de ceux qui l'avaient contemplée et ne pouvaient l'oublier.Le premier matin, Isabella se tenait sur la terrasse, une tasse de café à la main, et contemplait la mer.Elle n'avait pas regardé son téléphone.C'était nouveau.Elle était consciente de l'effort que cela lui demandait, de ce léger réflexe professionnel qui la poussait vers l'appareil posé sur la table, vers les notifications qui s'accumulaient, vers cette partie de son esprit qui tournait à plein régime depuis si longtemps que le calme lui semblait presque anormal.Elle respira.Elle resta avec la mer. Le café était bon. Corsé et légèreme
Ce soir-là, le penthouse était chaud quand Étienne rentra vers 21 heures. Une odeur de dîner flottait encore dans l'air. Des rires résonnaient dans la salle à manger.Étienne entra et vit Isabella assise à table avec Margot et Émilie. Les jumelles bavardaient de leur journée, le visage rayonnant.I
Il essaya la poignée, mais la porte était verrouillée.Il frappa de nouveau, plus fort cette fois. « Isabella, ouvre la porte. »Finalement, la serrure claqua et la porte s'ouvrit.Isabella se tenait sur le seuil, le visage froid.« Que veux-tu, Étienne ? »Étienne entra sans prévenir, obligeant Is
Étienne était assis seul dans son bureau, les yeux rivés sur le message de Jacob sur son téléphone.« Le courriel a été envoyé via plusieurs serveurs proxy pour être intraçable, mais je vais continuer à enquêter. »Sa mâchoire se crispa. Quelqu'un avait orchestré tout cela délibérément. On lui avai
« Viens à la villa avec Étienne ce soir. J'étais prise hier, je n'ai donc pas pu fêter ça avec toi. » La voix de Geneviève, d'un calme imperturbable, résonna au téléphone. Isabella éloigna légèrement l'appareil de son oreille, assimilant ces mots qui n'étaient pas vraiment des excuses. Sa belle-mè












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