INICIAR SESIÓNTitre : Symbiose Résumé : Célian absorbe la douleur des autres. Elara ne ressent rien. Leur contact devient une addiction toxique : il trouve en elle l'apaisement, elle trouve dans la souffrance qu'il lui inflige la preuve d'exister. Leur amour est un pacte où il a besoin de son corps impassible pour se purifier, et elle a besoin de sa cruauté pour se sentir vivante. Un consentement sans limites scelle leur symbiose : "Rends-moi réelle, toujours."
Ver másCélian
Le marché m'aspire comme un poumon géant, chaque bouffée d'air charriant son lot de misères. Je titube entre les étals, les épaules voûtées sous le poids des douleurs qui ne m'appartiennent pas. La migraine du poissonnier – un pilier de feu derrière l'œil droit – se propage dans mes propres tempes, pulsant au rythme de ses annonces criardes. Plus loin, les rhumatismes de la vieille femme courbée sur ses cageots de pommes de terre s'insinuent dans mes articulations, un venin froid et visqueux qui gèle mes gestes. Ce ne sont pas que des sensations physiques. C'est l'angoisse de la mère qui compte ses pièces, le désespoir du chômeur qui erre sans but, la colère rentrée de l'adolescent bousculé. Une symphonie discordante de souffrances qui résonne dans la cage de mes côtes, un choeur maudit dont je suis le seul auditeur.
Je m'arrête, les mains agrippées à l'étal d'un primeur. Les couleurs vives des poivrons et des aubergines dansent, se brouillent, se mélangent aux éclairs douloureux qui zèbrent mon champ de vision. Le monde est une cacophonie sensorielle. L'odeur âcre du poisson pourri se mêle au parfum entêtant des melons mûrs, et chaque effluve transporte avec lui son propre fardeau émotionnel. Je ferme les yeux, les doigts enfoncés dans le bois rugueux de l'étal, cherchant désespérément un point fixe dans ce chaos, une seconde de répit. En vain. La marée monte, inexorable, prête à m'engloutir.
Et c'est alors que je la vois.
Assise sur un banc, à l'écart du flot des passants. Une jeune femme. Ses cheveux, d'un blond si pâle qu'ils en paraissent presque blancs, tombent en cascades inertes sur ses épaules. Elle est parfaitement immobile, les mains posées à plat sur ses genoux, comme une poupée de cire abandonnée là. Les gens passent, se bousculent, vivent, rient, s'énervent autour d'elle, formant un tourbillon de vie bruyante et colorée. Mais elle... elle est un trou dans la réalité. Une tache de silence au milieu du vacarme. Un vide.
Ce qui me frappe, ce qui me coupe le souffle au point que je dois m'appuyer à l'étal pour ne pas tomber, c'est ceci : autour d'elle, rien. Aucune douleur. Aucune émotion parasite. Aucune de ces vagues nauséabondes qui déferlent en permanence sur moi. C'est la première, la seule zone de silence absolu que j'aie jamais rencontrée. Une oasis dans le désert de mes tourments.
Hypnotisé, je me détache de l'étal. Chaque pas que je fais vers elle est une libération. La migraine du poissonnier s'éloigne, comme si on baissait le volume d'une radio hurlante. Les rhumatismes de la vieille femme reculent, laissant place à une sensation de légèreté oubliée. Le vacarme mental, cette rumeur constante qui habite mon crâne, baisse d'un cran, puis d'un autre. Le silence. Un silence si profond, si précieux, qu'il en est presque douloureux. Mes oreilles bourdonnent de cette absence de bruit.
Je m'assois à côté d'elle, sur le banc froid. Le bois craque à peine. Elle ne tourne pas la tête. Son regard, d'un gris si pâle qu'il en est presque translucide, fixe un point invisible au loin, au-delà des étals, au-delà des immeubles. Ses pupilles ne clignent presque pas. Elle respire avec une lenteur déconcertante, son torse se soulevant à peine. On dirait qu'elle attend. Qu'elle a toujours attendu.
— Excusez-moi, je murmure, la voix rauque, étranglée par l'émotion et le soulagement brutal.
Il se passe plusieurs secondes, interminables. Puis, avec une lenteur qui semble défier le temps lui-même, elle tourne la tête vers moi. Son visage est un ovale parfait, d'une pâleur laiteuse. Aucune expression. Aucune ride de curiosité ou d'inquiétude. Aucune ombre de peur. C'est un masque de marbre, lisse et impénétrable. Ses yeux, ces lacs gris et stagnants, se posent sur moi sans me voir, ou peut-être en voyant au-delà.
— Oui ?
Sa voix est plate, monocorde, sans la moindre intonation. Elle résonne bizarrement, comme synthétique, dépourvue de la chaleur humaine qui colore habituellement la parole.
Le silence qu'elle génère est si enivrant que j'ai du mal à former mes pensées. Je pourrais rester là des heures, simplement à respirer cet air purifié.
— Vous... vous ne ressentez rien ? je finis par balbutier, incapable de croire à une telle absence, une telle neutralité dans le monde bruyant qui nous entoure.
Son regard ne quitte pas le mien. Elle me dévisage longuement, comme si elle analysait la question sous tous ses angles, comme un ordinateur traiterait une requête complexe. Il n'y a ni offense ni surprise dans son attitude. Juste une évaluation neutre.
— Non, finit-elle par dire. Rien.
Le mot tombe dans l'air entre nous, simple et définitif. Rien. Et dans le vide de son regard, dans l'immensité silencieuse qui émane d'elle, je vois bien plus qu'une simple étrangeté. Je vois mon salut. La possibilité de respirer sans brûlure. La promesse d'une trêve. Mon cœur se met à battre plus vite, non pas d'angoisse, mais d'un espoir fou, terrible et magnifique.
CélianCinq ans.Cinq ans que je me réveille chaque matin dans cette chambre, avec cette femme à côté de moi et cette lumière qui traverse les volets bleus. Cinq ans que la guerre est finie. Cinq ans que nous avons posé nos armes, nos failles, nos douleurs sur la table de la cuisine et que nous avons décidé de ne plus jamais les reprendre.Ce matin, le soleil se lève tôt. C'est le début de l'été. Les oiseaux chantent dans le jardin, des merles surtout, qui ont niché dans le cerisier l'année dernière et qui sont revenus. L'air qui entre par la fenêtre entrouverte sent l'herbe coupée et la terre humide. J'ai arrosé le potager hier soir. Les tomates commencent à rougir.Elara dort encore. Elle est tournée vers moi, les cheveux étalés sur l'oreiller, une main posée sur le drap entre nous deux comme une petite île. Elle ne dort plus comme avant. Avant, elle dormait crispée, recroquevillée, prête à bondir au moindre bruit. Maintenant, elle dort détendue, abandonnée, confiante. Son visage es
ElaraLa maison a des volets bleus.C'est la première chose que je remarque en descendant de la voiture. Des volets bleus, en bois, un peu délavés par le soleil et la pluie, avec des charnières qui grincent quand le vent les fait bouger. La façade est en crépi blanc, un blanc qui a viré au gris par endroits, à cause de l'humidité ou du temps ou des deux. Le toit est en tuiles rouges. Il y a une cheminée qui fume déjà , Célian a dû allumer un feu ce matin avant de venir nous chercher à la gare.Je reste debout sur le gravier de l'allée, ma valise à la main, à regarder cette maison comme si c'était un animal inconnu dont je ne sais pas encore s'il va mordre ou ronronner. Léna est déjà sortie de la voiture. Elle court vers la porte d'entrée, ses cheveux volant derrière elle comme une bannière. Elle a seize ans maintenant. Elle a grandi de trois centimètres en six mois. Elle rit plus souvent qu'avant.— C'est là ? crie-t-elle par-dessus son épaule.— C'est là, répond Célian.Il est à côté
CélianJe me réveille avec un goût de cendre dans la bouche et la main d'Elara serrée dans la mienne.La lumière est trop blanche. Le lit trop dur. Les machines autour de moi émettent des bip réguliers, insistants, comme des oiseaux mécaniques qui n'auraient pas appris à se taire. Je mets quelques secondes à comprendre que je suis vivant, et quelques secondes de plus à décider si c'est une bonne nouvelle.Elara dort. Ou elle fait semblant de dormir. Sa tête est posée sur le bord de mon matelas, ses cheveux éparpillés sur le drap comme une flaque d'encre. Son souffle est régulier. Ses doigts sont toujours accrochés aux miens. Je ne sais pas depuis combien de temps elle est là. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis que j'ai dit oui, depuis que j'ai ouvert les vannes et laissé le Prisme aspirer toute la douleur que j'avais stockée, toute la souffrance des anomalies, toute la colère, toute la peur, tout. Je me souviens de la brûlure. Je me souviens de la sensation de me vide
LénaJe les trouve dans une salle blanche, une salle de ce genre qu'on voit dans les hôpitaux quand quelque chose de grave est en train de se passer mais que personne ne veut le dire à voix haute. Célian est allongé sur un lit. Elara est assise à côté de lui, immobile, les mains posées sur ses cuisses, le visage tourné vers le profil inerte de l'homme qu'elle aime. Il y a des moniteurs. Des fils. Des écrans qui affichent des courbes plates, ou presque plates, ou pas assez plates pour être mortes mais pas assez vivantes pour rassurer qui que ce soit.Je m'arrête sur le seuil. Ma faille s'agite. Elle sent quelque chose.Ou plutôt, elle ne sent rien. C'est pire.D'habitude, quand j'entre dans une pièce, je perçois les esprits comme des présences, des textures, des températures. Celui de Célian, je le connais depuis des semaines maintenant : c'est un brasier contenu, une fournaise derrière une porte blindée, une douleur si dense qu'elle en devient presque solide. Je m'y suis habituée. Je
Le souffle me manque.— Tu es sûre ?— Je n'ai jamais été aussi sûre de rien.Elle s'assoit. Ses mains trouvent mes épaules, me poussent doucement. Je bascule su
CélianMais je ne l'ai jamais regardé.Ses cicatrices sont différentes des miennes. Plus fines. Plus régulières. Des lignes parallèles sur ses omoplates, comme des griffures. Je les sui
CélianC’est un cataclysme.Quand elle s’ouvre, ce n’est pas l’aspiration douce et vorace d’autrefois. C’est un appel d’air brutal. La sphère de douleur en moi, cette étoile noire effondrée, se désagrège d’un coup. Elle se défait en lambeaux hurlants, en éclats de mémoire souffrante, en lames d’ang
ElaraMa main pend dans l’air froid, entre la chaleur irradiante de l’entrepôt détraqué et le froid de mort qui émane de Célian. Il ne la prend pas tout de suite. Il la fixe, comme si c’était une illusion, une dernière torture de son esprit saturé.Ses yeux parcourent la distance entre mes doigts e
Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.