Mag-log inLes portes de la salle d’audience s’ouvrirent dans un fracas métallique. Deux gardes en armure sombre entraînèrent Rim — menottes rouillées aux poignets, cordes encore entravées autour du torse — et le poussaient devant eux comme on pousse un gibier capturé. Son visage était sale, une coupure à la tempe avait séché, ses vêtements de palefrenier étaient froissés et tachés de boue ; malgré tout, il tenait la tête haute. La pièce, vaste et haute de plafond, s’était remplie en un instant : membres du conseil, officiers, quelques courtisans curieux, et des gardes postés comme des statues le long des murs. Au fond, des fenêtres laissaient filtrer la lumière grise d’un après-midi qui sentait la pluie. Quand Rim fut jeté à genoux sur le dallage froid, un silence lourd tomba. On entendit seulement le craquement des cordes et la respiration rauque du captif. Il leva les yeux ; il n’y avait pas d’appel à la pitié dans son regard, seulement une colère contenue et un refus obstiné. On parla
Diel serra les poings. Il connaissait Rim, il savait qu’il ne serait jamais parti sans prévenir. Il lui avait promis. Ce n’était pas un hasard, ce ne pouvait pas l’être.Un pressentiment terrible lui vrilla la poitrine : Riven.Sans réfléchir, il fit volte-face et quitta les écuries à grandes enjambées, ignorant les salutations et les regards surpris. Les gardes du couloir s’écartèrent à son passage, sans oser l’arrêter.Quand il poussa les grandes portes du bureau impérial, Riven était là, assis derrière son bureau, entouré de cartes et de documents. Il leva les yeux, surpris, mais son expression changea aussitôt en un calme presque glaçant.— Diel ? Qu’est-ce que tu fais ici ?Diel s’approcha, le visage dur.— Où est Rim ?Riven fronça légèrement les sourcils.— Rim ? Le garçon d’écurie ?— Oui, répondit Diel d’un ton sec. Il a disparu depuis hier, et je veux savoir ce que tu lui as fait.Un silence. Puis Riven se pencha légèrement en avant, les coudes appuyés sur le bureau.—
Hevy le fixa, inquiet.— Tais-toi, Rim… fais attention à ce que tu dis.— Non ! s’emporta Rim. Qu’est-ce que tu veux qu’ils me fassent de plus ? Me virer ? C’est déjà fait. Me fouetter ? Ils peuvent bien essayer.Il recula d’un pas, les poings serrés. Sa respiration était saccadée.Depuis qu’il avait été renvoyé de la garde royale, Rim avait gardé le silence, encaissé les humiliations, accepté sa rétrogradation aux écuries. Mais cette fois, c’était trop. Riven n’attaquait plus seulement les nobles ou les soldats. Il s’en prenait au peuple, à tous ceux qui n’avaient que la terre et leurs mains pour survivre.— Ce type va ruiner le royaume, murmura Hevy. Et tout le monde le sait. Même les anciens n’ont pas osé contester hier, paraît-il.— Je sais, répondit Rim, la voix plus basse. Mais quelqu’un doit parler. Quelqu’un doit faire quelque chose.Hevy fronça les sourcils.— Faire quoi ? Tu veux qu’on se fasse pendre ? On est que des valets ici. Des hommes d’écurie, pas des héros.Rim re
Riven tourna lentement la tête vers lui, un léger sourire au coin des lèvres.— Ce n’est pas de la folie, Majesté. C’est de la stratégie.— De la stratégie ? s’emporta Harven. Vous parlez comme un conquérant, pas comme un souverain ! Nos sujets ne sont pas des ressources à vider !La reine Lyssa hocha doucement la tête, visiblement mal à l’aise.— Le roi Harven a raison, dit-elle d’une voix mesurée. Nos royaumes vivent de la terre. Si la moitié des récoltes monte à la capitale, que restera-t-il aux familles ? Aux enfants ?Riven se redressa lentement, posant les deux mains sur la table.— Ce qu’il leur restera ? Un empire plus fort. Un trône qui les protège. Et si cela coûte un peu de leur confort, alors qu’il en soit ainsi.— Un peu ?! répéta Harven, se levant presque. Vous parlez de survie, pas de confort ! Vous ne pouvez pas exiger cinquante pour cent des récoltes, c’est signer la mort des campagnes !Le ton montait, et Diel sentit la tension dans l’air se durcir comme un fil pr
Diel voulut protester, mais le regard de Riven l’en empêcha. Ce regard — brûlant, fixe, plein d’une colère qu’il ne comprenait pas toujours — le clouait sur place.Riven le contourna lentement, s’arrêtant derrière lui.Il posa une main sur son épaule.— J’ai remarqué quelque chose, dit-il d’une voix plus basse. Depuis qu’on est rentrés du lac, tu sembles… ailleurs.— Non, je—— Ne mens pas.Riven serra son épaule, pas assez fort pour faire mal, mais assez pour qu’il comprenne.— Tu pensais à lui, n’est-ce pas ? Ce soldat, Rim.Diel eut un sursaut.— Non ! Je n’ai pas—— Ne me mens pas.Riven contourna le lit et se planta face à lui. Son expression était figée, mais ses yeux brillaient d’un éclat dangereux.— Tu crois que je ne le vois pas ? Tu crois que je ne sens pas quand ton esprit s’éloigne ?Il avança d’un pas, et Diel recula aussitôt, jusqu’à heurter le mur.— Riven, arrête, s’il te plaît. Tu m’étouffes.— Je t’étouffe parce que tu cherches à m’échapper.Riven posa ses
Il y avait dans sa voix une sincérité étrange, comme une faille dans son armure. Diel hésita longuement. Tout en lui criait de refuser, mais il savait que dire non provoquerait une autre tempête.Alors il hocha simplement la tête.— D’accord.Riven esquissa un sourire — le premier depuis des jours. Il tendit la main, mais Diel ne la prit pas. Il préféra le suivre en silence, à distance.Le trajet jusqu’au lac se fit à cheval, sous la garde discrète de quelques soldats. La forêt s’étendait autour d’eux, d’un vert profond. Le chant des oiseaux emplissait l’air, et, pendant un instant, Diel crut presque retrouver la paix qu’il avait connue autrefois.Mais chaque fois que Riven se retournait vers lui, il sentait ce poids invisible dans sa poitrine, ce mélange de peur et de nostalgie.Lorsqu’ils arrivèrent enfin au bord du lac, le vent fit frémir la surface de l’eau. Elle brillait comme un miroir.Riven descendit le premier et aida Diel à mettre pied à terre, malgré la réticence visibl
La lune filtrait à travers les rideaux fins, jetant une lumière bleutée sur les tentures dorées et les coussins brodés de la chambre princière. Le palais dormait, bercé par le silence solennel de la nuit.Diel, étendu sur le dos, respirait calmement. Il avait mis du temps à trouver le sommeil, hant
Le palais était endormi sous le voile paisible de la nuit. Seuls les gardes en faction patrouillaient silencieusement dans les couloirs. Diel, enveloppé dans une longue cape brune, s’était faufilé par une petite issue dissimulée derrière les serres impériales, là où peu de monde allait à cette heur
La lumière tiède de l’après-midi baignait la chambre impériale. Un parfum doux de fleurs séchées flottait dans l’air tandis que les rideaux de lin ondulaient doucement sous la brise. Assise sur un coussin au sol, Lenae peignait lentement les cheveux sombres et soyeux de Yara, sa petite fille de sep
Le soleil commençait à décliner lorsque Diel franchit les grandes grilles du palais impérial. La lumière orangée baignait les dalles blanches, faisant luire l’or des mosaïques incrustées dans les colonnes. Il n’avait pas encore mis un pied dans l’allée que déjà, une voix grave et stressée retentit







