LOGINUne vidéo. Un mari. Une sœur. Trois vies qui explosent en une seconde. Quand Éléonore ouvre la vidéo anonyme reçue sur son téléphone, elle ne sait pas encore que tout va s’écrouler. Son mari Jacques, sénateur respecté et homme froid qu’elle croyait connaître, y apparaît nu, bestial, dans une scène sexuelle d’une brutalité insoutenable. La femme avec qui il couche ? Isaora, sa propre sœur. La vidéo n’est pas un accident. C’est une arme, envoyée par quelqu’un qui veut que tout explose. Alors qu’Éléonore demande le divorce, Jacques menace de la faire passer pour folle et de l’enfermer. Ses comptes bancaires sont vidés. Un détective privé, Lambert, la traque jusque dans sa fuite. Elle n’a qu’une seule alliée : Rebecca, son amie de toujours, qui voit ce qu’elle refuse encore de regarder — l’étendue du piège, la corruption, les complicités. Pour survivre et contre-attaquer, Éléonore doit s’allier à un homme brisé qui vit reclus dans une maison de verre battue par les vents : Amir Kane, ancien journaliste d’investigation dont la source — Clara — a été assassinée à cause du même réseau politique. Il tient les preuves. Elle détient la légitimité. Leur alliance devient un brasier. Mais la trahison ne s’arrête pas au lit conjugal. Elle remonte jusqu’au père Delcourt, patriarche glacial qui a tout orchestré : la liaison, la manipulation d’Isaora, la disparition de Clara. Le sang de la famille est aussi souillé que les draps du mariage. Entre Paris, la Normandie et la Provence, de révélations en trahisons, de passion naissante en vengeance méthodique, Éléonore va mener une guerre sans merci. Contre Jacques. Contre son propre sang. Contre l’image de la femme silencieuse qu’on attendait d’elle…
View MoreLe téléphone vibra sur la table basse du salon.
Éléonore ne releva pas les yeux tout de suite. Elle était absorbée par les plans d’une maison qu’elle ne construirait jamais – un rêve de cliente riche, des baies vitrées, un escalier suspendu, des contraintes techniques qui l’ennuyaient mais la faisaient travailler. Le métier d’architecte d’intérieur l’avait sauvée plus d’une fois de l’ennui de sa propre existence. Ce soir-là, pourtant, il ne la sauva de rien. Le téléphone vibra une seconde fois. Elle soupira, repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille, et tendit la main vers l’appareil. L’écran affichait une notification de message. Pas un texto ordinaire. Un fichier multimédia envoyé depuis un numéro qu’elle ne connaissait pas. Pas de nom. Pas de photo de profil. Juste ces onze chiffres, et en dessous, une vignette floue qui ne lui évoquait rien. Elle aurait dû le supprimer. Elle le sut tout de suite, au fond de son ventre, avant même d’avoir posé le pouce sur l’écran. Quelque chose dans l’absence d’expéditeur, dans l’heure tardive, dans la vignette trop sombre. Quelque chose lui disait que ce message n’était pas pour elle, ou plutôt qu’il était pour elle d’une manière qu’elle n’allait pas aimer. Elle l’ouvrit quand même. La vidéo commença sans préambule. Pas de bonjour, pas de texte d’accompagnement. Juste une image qui tremblait légèrement, comme si la personne qui filmait tenait le téléphone d’une main mal assurée. La pièce était faiblement éclairée – une lampe de chevet quelque part hors champ, une lumière jaune et sale qui découpait des ombres sur un mur couleur crème. Un lit défait. Des vêtements éparpillés sur le sol : une chemise blanche retournée sur elle-même, un pantalon sombre en boule, des sous-vêtements qu’elle ne distinguait pas bien. L’image était tremblée, le cadre mal ajusté, mais le son, lui, était parfaitement net. Les bruits d’abord. Des bruits de chair. Un rythme animal, brutal, mécanique. Le claquement régulier d’un corps contre un autre, des respirations haletantes, des gémissements aigus qui n’avaient rien de simulé. Et puis une voix d’homme, grave, rauque, qui parlait sans s’arrêter. « Tu aimes ça ? » Le cœur d’Éléonore cessa de battre pendant une seconde. Pas parce que la voix était vulgaire. Pas parce que la scène était crue. Mais parce qu’elle reconnaissait cette voix. Elle la connaissait dans toutes ses inflexions, dans toutes ses colères, dans tous ses silences. C’était la voix de Jacques. Son mari. L’homme qui parlait dans cette vidéo, l’homme nu qui donnait des coups de reins comme on donne des coups de poing, c’était Jacques Servin, sénateur respecté, époux attentionné en public, mari froid et distant en privé. Le père de ses enfants qu’elle n’avait pas eus. L’homme qu’elle n’avait pas vu depuis plusieurs semaines parce qu’il était « en déplacement », « en réunion », « débordé », « injoignable », « désolé, ma chérie, tu sais comment est la vie politique ». La femme sous lui avait les seins qui rebondissaient à chaque poussée. Des seins dodus, ronds, jeunes, avec un grain de beauté sur le gauche. Éléonore ne voyait pas son visage – l’angle de la caméra coupait tout ce qui dépassait les épaules – mais elle voyait ses mains aux ongles vernis de rouge qui griffaient le dos de Jacques, elle voyait ses jambes enroulées autour de ses hanches, elle voyait ses fesses qui tressautaient sous les claques qu’il lui donnait. « Oui, oui, baise-moi fort, chéri ! »Rebecca hocha lentement la tête, les yeux toujours fixés sur les photos. « Apparemment, oui. Et pas qu’un peu. Regarde la date, derrière la dernière photo. »Éléonore retourna le cliché. Une inscription manuscrite, à l’encre bleue, indiquait une date : trois ans plus tôt, quelques semaines avant la disparition de Clara.« Ils se sont rencontrés avant le meurtre, murmura-t-elle.— Avant le meurtre de Clara, oui. Mais peut-être aussi avant que Lambert ne travaille pour Jacques et ton père. »Rebecca reprit les photos et les examina de nouveau, plus attentivement encore.« Regarde leurs attitudes. Ce n’est pas une rencontre fortuite. Ils ne se serrent pas la main comme des inconnus. Ils se parlent comme des gens qui se connaissent, qui ont l’habitude de se voir. Et sur cette photo, là, on dirait presque qu’ils négocient quelque chose. »Elle releva la tête, les yeux brillants d’excitation.« Et si Amir Kane avait infiltré le réseau de ton père ? Et s’il s’était rapproché de Lambert pour
Rebecca jeta un bref coup d’œil aux photos avant de reporter son attention sur la route. « Continue. »Éléonore écarta les clichés de Lambert et découvrit une série de photos qui lui serrèrent la gorge. Lambert avec Jacques. Les deux hommes côte à côte, dans ce qui semblait être un parking souterrain. Lambert parlant, gesticulant, tandis que Jacques écoutait, les bras croisés, le visage fermé. Sur une autre photo, ils échangeaient une enveloppe – la même enveloppe kraft que celle qu’elle tenait entre ses mains, ou une autre, identique. Des preuves. Des instructions. De l’argent. Elle n’aurait su dire, mais la complicité entre les deux hommes était évidente, indiscutable.« Jacques et Lambert se connaissent, dit-elle d’une voix sourde. Ce n’est pas une relation professionnelle ponctuelle. Ils sont proches. Très proches. »Elle continua à faire défiler les photos. Lambert avec Isaora, cette fois. Les clichés étaient plus récents, la qualité d’image meilleure. On y voyait sa sœur dans de
Dehors, la nuit était tombée. La ruelle était déserte, silencieuse, à peine éclairée par un réverbère qui clignotait faiblement. Rebecca remonta le col de son trench et marcha d’un pas rapide vers la voiture, l’enveloppe serrée contre sa poitrine.Éléonore l’attendait, le visage tendu par l’inquiétude. « Alors ? »Rebecca s’assit au volant, ferma la portière, et verrouilla les portes avant de répondre.« Lambert travaille pour ton père et Jacques. C’est confirmé. Et il est impliqué dans la disparition de Clara. »Elle posa l’enveloppe sur les genoux d’Éléonore.« Tout est là-dedans. Les preuves, les témoignages, les relevés. Ce n’est pas assez pour un procès, mais c’est assez pour savoir à qui on a affaire. »Éléonore ouvrit l’enveloppe d’une main tremblante. Des photos, des photocopies, des notes manuscrites. Le visage de Lambert, capturé en noir et blanc à la sortie d’un immeuble. Des relevés téléphoniques avec des numéros surlignés. Des témoignages anonymes qui décrivaient un homme
Il sortit une cigarette de sa poche, la glissa entre ses lèvres, mais ne l’alluma pas. « Il a été radié de la police il y a douze ans. Corruption, trafic d’influence, intimidation de témoins. Ils n’ont rien pu prouver – les témoins se sont rétractés, les preuves ont disparu, le dossier a été classé. Mais tout le monde savait qu’il était coupable. » Rebecca ne dit rien. Elle écoutait, enregistrant chaque mot, chaque détail. « Après sa radiation, il aurait dû disparaître. Se faire oublier. Mais il a fait le contraire. Il a monnayé ses compétences. Il connaissait les rouages de la machine policière, les failles du système judiciaire, les méthodes pour faire taire les gens. Des compétences très recherchées, dans certains milieux. » Il retira la cigarette de sa bouche et la posa sur la table. « Aujourd’hui, il travaille principalement pour deux personnes. Un sénateur nommé Jacques Servin. Et un homme d’affaires nommé Charles Delcourt. » Rebecca accusa le coup sans broncher. « Co












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