Une nuit pour se perdre

Une nuit pour se perdre

last updateLast Updated : 2026-07-01
By:  ZuzuUpdated just now
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Une nuit de passion avec un inconnu. Une grossesse secrète. Et la découverte que cet inconnu est son pire ennemi. Alena von Richter est l'héritière d'un empire bavarois. Parfaite. Froide. Impitoyable. Mais une nuit, elle s'évade. Elle s'abandonne à un homme masqué au Kronen Club, le sanctuaire des élites. Le lendemain, elle fuit sans savoir qui il est. Elle est enceinte. L'homme du club est Maximilian Hoffmann, l'héritier de la dynastie ennemie. L'homme qu'elle a juré de détruire. Pour sauver son enfant, Alena doit affronter son pire ennemi. Mais Max est bien décidé à réclamer ce qui lui appartient : son fils, son héritage... et la femme qui hante ses nuits. Entre haine et passion, le masque finira par tomber.

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Chapter 1

CHAPITRE 1 : La Nuit des Masques

La pluie de Munich s'écrasait contre les vitres teintées de la berline noire, dessinant de longues traînées translucides qui floutaient les lumières de la ville.

L'eau, chargée de la pollution urbaine et des premiers frimas automnaux, ruisselait le long du métal froid de la carrosserie, créant un rideau mouvant entre Alena et le monde extérieur.

Assise à l'arrière, Alena von Richter massait ses tempes douloureuses.

Ses yeux bleus, d'ordinaire si vifs et impitoyables lors des conseils d'administration, étaient cernés par des nuits d'insomnie. La fatigue, cette compagne silencieuse des héritières traquées, s'était installée sous ses paupières comme une ombre indélébile.

Soixante-dix heures de travail cette semaine. Soixante-dix heures à restructurer la branche logistique du Richter Group, à vérifier chaque chiffre, chaque projection financière, sous l'œil constamment désapprobateur de son père, Dietrich.

« Tu dois être parfaite, Alena. Les actionnaires attendent le moindre faux pas pour rappeler que tu n'es là que parce que tu portes mon nom. »

La voix glaciale de son père résonnait encore dans son esprit, tel un fouet invisible.

---

Alena serra les poings, ses ongles s'enfonçant doucement dans la paume de ses mains gantées de cuir.

Elle n'avait pas le droit à l'erreur. En tant que directrice de la stratégie, elle portait le destin d'un empire sur ses épaules.

Mais ce soir, la machine avait besoin d'une pause. Si elle rentrait immédiatement dans le manoir familial, elle étoufferait sous la chape de plomb des attentes paternelles.

Elle avait besoin de bruit pour faire taire ses pensées, d'anonymat pour oublier qu'elle était l'héritière Richter.

L'air de l'habitacle, saturé de l'odeur de cuir neuf et de l'eau de Cologne discrète que son père lui avait imposée, lui semblait soudain étouffant.

Elle baissa la vitre de quelques centimètres, et la fraîcheur humide de la nuit munichoise s'engouffra dans la voiture, lui cinglant le visage avec une douceur salvatrice.

— Arrêtez-vous ici, Karl, dit-elle d'une voix feutrée mais ferme en direction du chauffeur.

L'homme jeta un coup d'œil inquiet dans le rétroviseur.

— Mademoiselle von Richter, nous sommes devant le Kronen Club. Votre père a expressément demandé que…

— Mon père n'est pas dans cette voiture, Karl. Je descends ici. Ne m'attendez pas. Je prendrai un taxi pour rentrer.

Le chauffeur n'osa pas répliquer. Alena possédait cette autorité naturelle, ce ton feutré qui n'admettait aucune contestation.

Elle ouvrit la portière et s'engouffra dans la fraîcheur de la nuit munichoise. L'air humide fouetta son visage, apportant un soulagement temporaire à sa migraine.

Devant elle, le Kronen Club dressait sa façade de pierre sombre.

C'était le club privé le plus sélect de la ville, un sanctuaire pour l'élite financière et aristocratique où les affaires se traitaient à l'abri des regards indiscrets.

Les murs de pierre grise, patinés par des décennies de pluies bavaroises, semblaient avoir absorbé les secrets de générations de puissants.

Ce soir, une immense plaque de laiton à l'entrée annonçait l'événement : « Mascarade Vénitienne. L'anonymat est un privilège, le masque est une obligation. »

Un sourire las étira les lèvres d'Alena.

Un masque. C'était exactement ce dont elle avait besoin.

Ne plus être Alena von Richter pour quelques heures. Être juste une silhouette, une voix dans la pénombre.

À l'accueil, une hôtesse vêtue d'une robe de velours lui présenta un plateau d'argent chargé de masques délicats.

Alena écarta les modèles ornés de plumes extravagantes ou de dorures clinquantes. Son esprit analytique préférait la simplicité.

Elle choisit un loup en satin d'un noir profond, qui épousait parfaitement les contours de son visage, ne laissant apparaître que l'éclat azur de ses yeux et la courbe bien dessinée de ses lèvres.

Elle l'attacha derrière sa tête d'un geste fluide.

En franchissant les portes de la salle principale, elle sentit une vague de chaleur et de musique feutrée l'envelopper.

Le décor était somptueux : lustres en cristal de Bohême, boiseries sombres et velours rouge cramoisi.

L'odeur du bois précieux, de la cire d'abeille et du champagne qui pétillait dans les flûtes se mêlait à celle, plus subtile, des parfums de luxe portés par les silhouettes masquées.

Partout, des inconnus chuchotaient, riaient, s'enivraient de mystère.

Alena se dirigea directement vers le bar en acajou situé dans un coin plus sombre du club. Elle voulait éviter la piste de danse et les courtisans d'affaires qui pullulaient dans ce genre d'endroit.

Elle s'installa sur un tabouret surélevé, savourant la pénombre.

Sa tête battait la mesure d'une douleur sourde. Son estomac, noué par le stress de la semaine, exigeait quelque chose de fort pour relâcher la tension.

Le barman, occupé à préparer un cocktail élaboré à l'autre bout du comptoir, ne la vit pas immédiatement.

C'est alors que son regard fut attiré par un verre posé à quelques centimètres d'elle, sur un sous-verre en cuir marqué du sceau du club.

C'était un whisky ambré, d'une clarté presque mystique, dans lequel flottait un unique cube de glace parfaitement taillé.

L'odeur boisée et tourbée du malt flotta jusqu'à ses narines.

Alena ferma les yeux, inhalant le parfum riche de l'alcool. Dans son état d'épuisement extrême, son cerveau rationnel sembla vaciller.

Elle avait besoin de ce feu pour brûler ses doutes, pour anesthésier cette fatigue qui lui brisait les os.

Pensant que le barman l'avait servi à la volée ou que le client précédent était parti en laissant sa consommation, elle tendit une main fine et saisit le verre en cristal.

La fraîcheur du verre contrastait avec la chaleur de sa peau.

Elle porta le liquide à ses lèvres et prit une longue gorgée.

Le liquide brûlant glissa le long de sa gorge, propageant instantanément une chaleur réconfortante dans sa poitrine.

Alena poussa un léger soupir de soulagement. C'était un whisky d'une rareté exceptionnelle, de ceux qui coûtent une fortune la bouteille.

Elle savoura l'arrière-goût de caramel et de fumée de chêne qui tapissait son palais.

Pendant une seconde, une seule, elle se sentit libre. Libre des Richter, libre des responsabilités, libre de cette guerre d'usure qu'elle menait chaque jour pour prouver sa valeur.

Elle s'apprêtait à prendre une seconde gorgée quand une voix grave, masculine et incroyablement assurée résonna juste derrière son épaule gauche, faisant frissonner la peau de son cou.

— C'est un choix audacieux. Mais généralement, on attend d'être invité avant de boire le verre d'un autre.

Alena se figea. Le verre toujours à mi-chemin de ses lèvres, elle tourna lentement la tête.

L'homme qui venait de s'installer sur le tabouret adjacent était d'une stature impressionnante. Même assis, sa silhouette imposante dégageait une autorité presque physique.

Il portait un costume trois pièces d'une coupe impeccable, visiblement taillé sur mesure dans les plus grandes maisons de Savile Row.

Mais ce fut son visage qui retint l'attention d'Alena.

Il portait un loup de cuir noir, rigide et anguleux, qui masquait le haut de son visage. Seule sa mâchoire carrée, légèrement ombrée d'une barbe de trois jours, et ses lèvres sensuelles étaient visibles.

Ses yeux, dissimulés derrière les fentes du masque, brillaient d'une lueur grise d'orage, intense et glaciale. Un regard qui semblait capable de lire à travers les âmes.

Alena sentit son cœur rater un battement.

Ce n'était pas de la peur, mais une décharge d'adrénaline pure. En tant que femme d'affaires, elle savait reconnaître le danger. Et cet homme incarnait le danger sous sa forme la plus élégante.

Elle refusa de baisser les yeux. La faiblesse ne faisait pas partie de son vocabulaire.

Lentement, avec une grâce délibérée, elle reposa le verre de whisky sur le comptoir, maintenant un contact visuel direct avec l'inconnu.

— Le barman semblait vous avoir oublié, dit-elle, sa voix plus basse et plus suave que d'ordinaire, altérée par la fatigue et le whisky. Et de mon côté, je n'aime pas voir les bonnes choses se perdre. Considérez cela comme une taxe d'occupation pour ce tabouret.

Un léger rictus amusé étira les lèvres de l'homme au masque de cuir. Il appréciait visiblement sa répartie.

La plupart des femmes auraient rougi, se seraient excusées ou auraient fui. Celle-ci lui tenait tête avec une arrogance royale qui le fascinait instantanément.

— Une taxe d'occupation ? répéta-t-il, d'un ton velouté qui cachait une tension électrique. Vous gérez vos soirées comme un conseil d'administration, ma belle masquée.

Alena tressaillit intérieurement à cette remarque, mais son masque de satin protégeait ses secrets.

Elle laissa échapper un rire léger, presque ironique.

— Peut-être. Ou peut-être que je prends simplement ce qui me plaît, quand cela me plaît.

L'inconnu se pencha légèrement vers elle.

L'odeur de son parfum – un mélange subtil de cèdre, de cuir et de tempête – envahit l'espace personnel d'Alena, troublant un peu plus ses sens déjà embrumés par l'alcool et l'épuisement.

— Dans ce cas, dit-il en posant sa main gantée de noir tout près de la sienne sur le bar, nous avons un point en commun. Parce que ce soir, j'ai moi aussi l'intention de prendre exactement ce qui me plaît.

L'attraction entre eux devint soudainement si dense qu'elle semblait presque palpable.

Alena sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale.

Dans la pénombre du Kronen Club, sous la protection de leurs masques respectifs, la directrice de la stratégie s'effaçait doucement pour laisser place à une femme affamée de liberté.

Elle ignorait que cet homme était Maximilian Hoffmann, l'héritier de la dynastie ennemie qu'elle avait juré de détruire.

Et lui ignorait que la femme indomptable qui venait de voler son whisky était celle dont il avait promis la ruine.

Ce soir-là, sous les masques de velours et de cuir, le destin venait de sceller leur perte.

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