LOGIN— Mon cher Marlon, calmez-vous un instant. Votre femme n’est pas une propriété. Encore moins un objet, et de ce que je constate, vous semblez l’avoir oublié ; sa voix résonne avec un calme désarmant, mais si imposant qu’à cet instant je reste suspendue à ses lèvres et je n’espère qu’une chose, c’est qu’il lui donne le coup de grâce et ferme sa bouche une bonne fois pour toutes.
— Tant pis pour vous si vous n’avez pas de femme, parce qu’ici il s’agit de la mienne et vous n’avez absolument aucun droit, la voix de Marlon se crispe sous le poids de sa colère contenue. Je sens sa main faire pression sur mon bras. — Marlon... je soupire d’exaspération et d’une légère douleur qui ne me quitte plus depuis qu’il ne fait qu’à sa tête. — Très bien, répond Robert, et je sens son regard descendre sur moi et sa main se porter à la mienne. Il y dépose un léger baiser, un baiser doux, et je me souviens que ça, Marlon ne me l’a jamais fait. Trop formel. Trop protocolaire pour lui. Ce baiser doux m’arrache un coup de mou, et je ne détourne pas les yeux de lui, immobilisée sous son audace. — Prenez soin de vous ! me dit-il ensuite en s’éloignant, ses mains regagnant le long de son corps, son buste se relevant et sa posture, aussi droite que celle d’un général, accentuant ce charisme et cette aura naturelle qu’il possède. — Pauvre type ! Il n’est pas foutu de se tenir à sa place, celui-là ! j’entends derrière mon dos Marlon se plaindre et ça m’arrache le plus beau des sourires sans qu’il ne le voie. « Comme j’aurais tant souhaité qu’il s’en rende compte. Là, il deviendrait encore plus rouge de colère. » Mais je sens aussitôt ma poitrine se serrer et, sans pouvoir me contrôler, mes paumes se serrent, et je revis cette soirée, ces rires et ces confidences. Tout est faux, il l’a dit. Donc cette scène n’est qu’une vulgaire partie de chasse où, pour lui, je ne suis qu’un vulgaire trophée. — Liliane, allons-nous-en ! il en rajoute. Je soupire, je la ravale sans l’oublier, puis je me retourne et je lui reprends le bras. — Mon chéri, pas besoin de te mettre dans cet état, je suis à toi, est-ce que tu as oublié ? Robert Dunkan n’arrive pas à ta cheville et cette cérémonie va le prouver encore une fois. — Je le sais, Liliane, pas besoin de me dire un mot de plus. Il n’existe pas. — Très bien... je soupire, agacée au plus profond par son narcissisme écœurant. La cérémonie regroupe les chefs d’entreprise de plusieurs domaines. Des distinctions y sont généralement remises, récompensant les idées innovatrices, l’impact et le meilleur, celui pour lequel Marlon garde cette hargne et cet orgueil : le rapport qualité-prix malgré les fluctuations du marché, les taxes d’imposition et l’influence de son dirigeant sur la scène internationale. Juste en face de notre table, celle de Robert. D’ailleurs, je n’avais jamais pris le temps de me rendre compte de ce détail sur lui : son siège invité est toujours vide, même encore ce soir. Aucune femme, aucun membre de sa famille à ses côtés. C’est un homme mystérieux qui parle très peu. Et les cérémonies, je pense que, pour lui, ne représentent guère quelque chose. Il applaudit pour les autres et, une fois le prestigieux moment arrivé, on ne le trouve nulle part, il n’est plus là. — Comme d’habitude, je suis le vainqueur, lance Marlon qui s’arrange et fait son plus beau sourire pour les caméras. Sa voix me ramène vers lui un instant, mais je redirige mon champ de vision sur cet homme qui m’intrigue depuis peu, et ça de plus en plus... Comme à son habitude, il prend la direction de la porte... Tout droit, seul, dans le calme. Et le nom de Marlon retentit. Les applaudissements envahissent la pièce. Tous les regards sont sur lui et, les bras grands ouverts, il les accueille avec joie et plaisir. L’ascension de l’homme fulgurant qui ne s’arrête plus d’évoluer et d’enchaîner les victoires. Et puis bon, je m’ennuie beaucoup trop et sa joie m’écœure... Il rejoint la scène, je me lève, je souris comme il faut pour les médias et je lui fais aussitôt signe d’un hochement qu’il peut y aller sans moi. J’applaudis et je lui souffle un baiser. « Pauvre idiot ! » Et j’en profite pour prendre de l’air hors de sa sphère... Juste dehors, en pleine discussion, Robert. Son visage est un peu crispé, on dirait que la discussion n’est pas très rassurante. Je soupire et je regarde autour de moi. Rien que le silence et l’écho des rires de la veille qui me reviennent. J’ai laissé des messages à Elisa, mais rien. Je n’étais même pas au courant qu’elle était déjà de retour en ville... Depuis quand le faisaient-ils ? Est-ce que toutes les fois où je l’avais au téléphone, pendant lesquelles elle me disait que j’avais manqué à sa vie, qu’elle avait hâte de me revoir et de me prendre dans ses bras, qu’elle se sentait toute seule sans moi dans cette grande ville chaleureuse, mais froide pour elle... — J’ai mal... mais réfléchis, Liliane, ce serait beaucoup trop facile de le laisser s’en tirer aussi facilement..., je murmure, plutôt je me résigne à grogner dans le plus grand des silences. Mais le mouvement de mon pied qui tournoie sur cette pauvre petite plante qui ne m’avait rien demandé et s’écrase sous les va-et-vient incessants que je fais démontre à suffisance que je me contiens de ne pas rentrer par cette porte et lui foutre la honte de sa vie. — J’ose croire que c’est à cause d’une bestiole un peu trop envahissante que vous y mettez autant d’ardeur ? sa voix résonne. — Euh... ? Je reste surprise. Je me contiens un peu plus. — Euuhh... oui. La bestiole me rendait un peu trop nerveuse... je finis par dire. — Il fait très froid, vous devriez être à l’intérieur et je pense que votre mari serait ravi de partager la scène et sa récompense avec vous, ajoute-t-il avant de faire marche arrière. Je le stoppe, intriguée. — Euuhh... excusez-moi, mais pourquoi ne terminez-vous jamais la soirée comme tout le monde ? Euuhh... enfin je... c’est un constat, je me lance. Il soupire, puis, d’un regard léger mais vif, il esquisse un léger sourire. — Tout bonnement parce que ça ne m’intéresse pas tant que cela... et je m’ennuie très vite... je n’ai pas que ça à faire. — Mais c’est un titre prestigieux qui peut jouer en votre faveur... — À l’entrée, tout le long, je peux encore supporter les caméras, mais ça devient lassant et mes clients, eux, ont plus d’importance à mes yeux qu’un trophée. — Vos clients? Ça m’intrigue. — Oui, je suis avocat et conseiller juridique à mes heures perdues, et croyez-moi, ce sont les seuls vrais moments où j’arrête de parler de chiffres et de prestige. Il sort le bip de sa voiture et, d’un clic, la déverrouille. Au même moment, le vent s’accentue et les premières gouttes de pluie ne se font pas prier. — Vous devriez vous mettre au chaud, me dit-il avant de descendre les marches jusqu’à sa grosse cylindrée noire, aussi imposante et mystérieuse que lui. « Un avocat ? En plus, c’est le rival de Marlon... le combo parfait. »Point de vue externe :Le visage pâle, Liliane regagne la porte munie de ce document qui marque le début d’une alliance.Au pas de la première marche, elle se retourne et son regard croise celui de Robert Dunkan, ce dernier aussi froid, distant qu’imprévisible. Un temps d’arrêt entre les deux se marque. Puis, tout document en main, Liliane se retourne et avance jusqu’à sa voiture.Elle rentre, dépose les documents sur l’autre siège avant et sa main se porte sur la clé qu’elle tourne, puis sur le levier de vitesse. Mais, juste avant de filer, elle pose de nouveau un œil intrigué sur cette fenêtre qui semble pourtant trop libre.Elle se sent observée, peut-être, ou cela est le fruit de son imagination. Néanmoins, elle soupire, reprend sa posture droite et actionne le levier.Effectivement, à quelques mètres de la fenêtre, Robert la voit quitter les lieux à bord de son véhicule ; sa corpulence aussi imposante que sa grande taille lui permet de voir sans trop s’approcher.Soudain, son tél
Liliane se redresse, son expression se ferme, et ses mains jointes au-dessus de ses genoux signalent déjà que c’est une demande un peu trop poussée.Elle soupire puis, sans en faire tout un drame, se relâche et détourne légèrement le regard vers une armoire où sont posés quelques cadres photos.— C’est vous et votre famille, pas vrai ? Et ici, c’est… votre ancienne maison, je suppose…, relève-t-elle avant de revenir vers lui en entrecroisant ses doigts sur ses genoux.— Pourquoi cette question… ? demande Robert sans trop d’intérêt.Liliane s’avance un peu plus vers l’avant et pose ses mains sur la table.— Tout simplement pour vous faire comprendre que je n’ai pas à me mêler de votre vie privée, lance-t-elle sur un ton assez sec.— Puisque nous sommes appelés à coopérer, il est important que je sache dans quoi est-ce que je m’embarque…, poursuit-il sur ce même ton plutôt neutre.Liliane grogne légèrement.— Que disent les résultats ? coupe-t-elle.— Qui êtes-vous, Liliane Aljaz ? Et p
Point de vue externe :Il est 15 h lorsque Liliane, toute en sueur, arrive dans leur grand logis.Sa marche s’écourte finalement à quelques mètres quand elle aperçoit Marlon, assis sur le siège passager avant, échangeant un moment de rire avec sa conductrice dont elle ne parvient pas à voir le visage ; juste une coloration de cheveux blonds, teintés de noir sur les bouts, noués sous forme de queue de cheval, qu’on peut voir se refléter.Quelques instants plus tard, Liliane, impassible, observant avec calme, le voit lui faire un câlin. Puis il finit par sortir, se stationnant immobile, sourire aux lèvres.Il esquisse un signe d’au revoir à son encontre et reste là, debout, à attendre que cette dernière, portant ses lunettes de soleil, s’en aille.Après son départ, Marlon rentre. C’est à cet instant que Liliane, comme si de rien n’était, rentre à son tour, expression neutre sur le visage, et prend le chemin jusqu’aux marches, ignorant la salle juste à côté où celui-ci est très certainem
Je regarde l’heure a la montre comme si c’était la dernière chose qu’il me reste,.. d’ailleurs c’est l’unique option qui me reste actuellement. La soirée est longue, je peine à trouver le sommeil a cote de cet homme qui sous son apparence d’homme amoureux avec sa main qu’il pose sur moi, n’en est clairement pas un.Tout est faux, a-t-il dit. Juste comme ça, toutes ces années envolées. Plus rien d’autre. Juste des mensonges et encore et encore des mensonges.Notre mariage s’est fait en flash certes parce qu’on voulait prouver à mon père que quoiqu’Il se passe il ne nous empêcherait pas de nous unir, argent ou pas, situation convenable ou pas ; mais lorsque je referme mes yeux et je remonte en arrière, je le vois arriver avec le maire, semblable à tous les autres, les documents prêts. Un oui qui paraissait sincère et ce baiser fougueux, plein de tendresse, ces alliances qui scellaient notre union. Tout était faux depuis le début, c’est ça qui est le plus dure. A quel moment s’es
Liliane, les traits du visage affermis, prend place et s’agrippe à son sac à main en mode fière allure, puis elle dit :— Maintenant, dites-moi. Qu’est-ce qui me garantit que vous serez prêt à m’aider ? le questionne-t-elle, le regard légèrement suspicieux.Robert se redresse sur son siège, s’étend vers l’avant à juste quelques mètres de son visage et la fixe intensément.— Vous-même, vous l’avez dit ; c’est mon rival, et quoi de mieux pour en profiter ?Liliane inspire et reste coincée sous ce regard ardent avant de s’en détourner pour le baisser vers son sac qu’elle ouvre.Elle en ressort des documents qu’elle dépose sur la table.— Je m’adresse au conseiller juridique. Regardez ces documents et dites-moi s’il s’agit d’un vrai ou non, et donnez-m’en les preuves. Par la suite, je vous donnerai tous les détails.Ensuite, elle se lève.Robert la suit du regard sans y toucher d’abord.Liliane continue en replaçant son sac sur son bras.— Je reviendrai sous quarante-huit heures à la même
Comparée à cette ville chaude et lumineuse qu’est la ville de Cabrile, dont la fraîcheur dégagée par les plantes et ses grands arbustes procurait une sensation de bon vivre, la ville de Grinouin, voisine de celle-ci, reconnue pour ses zones industrielles, est d’une froideur où prestige et argent vont de pair ; j’y vis à présent, loin de l’ambiance chaleureuse à laquelle mon père nous avait habituées, ma petite sœur et moi. Comme je souhaite y retourner pour y revivre ces souvenirs.C’était la ville des possibilités, c’est ainsi que Marlon l’appelait avec cette hargne de réussir et de clouer le bec à tous ceux qui le croyaient incapable. Il peut à présent s’en réjouir.La veille a été longue pour lui et j’en profite pour continuer...Point de vue externe :La ville de Grinouin vient à peine de s’illuminer sous le son des portes qui s’ouvrent, les voitures qui grondent et les rues bondées de monde, tant des employés qui se dépêchent de regagner au plus vite les rangs pour la nouvelle se







