LOGINLa prison prend forme autour d’elle, facette après facette, comme si la nuit elle-même se pétrifiait. Un cristal de pierre noire, pur et sans fissure, grandit autour de son corps.— J’ai fait tout cela pour toi ! hurle-t-elle soudain. Pour que tu reviennes ! Pour que tu sois entière !La douleur dans sa voix me traverse malgré moi. Pas parce qu’elle est juste. Parce qu’elle est sincère dans sa folie.— Non, Maëva. Tu as fait tout cela pour ne jamais être seule.Ses mains frappent la paroi naissante.— Ne me laisse pas dans le silence !Je sens mon cœur vaciller. Le silence. Voilà donc ce qu’elle redoute le plus. Elle, la Silencieuse, a toujours rempli le monde de murmures pour ne jamais entendre le vide en elle.Je ferme les doigts.Le cristal se scelle.Dans le dernier instant avant que son visage disparaisse derrière la pierre noire, je vois la terreur nue de Maëva. Puis plus rien. Elle demeure là, figée, les yeux grands ouverts, prisonnière de son propre royaume, ni morte ni vivant
— Déesse —Je me relève dans un silence qui n’a plus rien d’humain.Autour de moi, la salle organique tremble encore sous le choc de l’explosion. Le trône d’ossements n’est plus qu’un squelette brisé de pierre noire et de cristaux pulvérisés. Les parois palpitantes de cette chambre monstrueuse saignent une lumière violette, comme si les entrailles mêmes des profondeurs avaient été éventrées. L’air est brûlant, chargé de poussière, de magie et de cendre. Pourtant, au centre de ce chaos, je sens en moi une paix terrible, une clarté absolue.Je flotte.Mes pieds ne touchent plus le sol. Une robe de lumière tombe autour de mon corps comme un fleuve vivant, tissée de violet, d’or et d’éclats blancs. Elle ne pèse rien. Elle semble naître de moi à chaque souffle. Mes bras sont nus, mais mon ancienne marque n’est plus une plaie ni une chaîne. Elle rayonne le long de ma peau comme un sceau ouvert, comme une vérité enfin délivrée. La douleur est toujours là, immense, presque insoutenable, mais
Nous remontons vers la surface. Les tunnels sont silencieux. Les Éveilleurs ont disparu – ils se sont dissipés quand la magie de Maëva a été purifiée, incapables de survivre sans la corruption qui les animait. Les Ombres-Conscientes se sont évanouies, retournant au néant d'où elles n'auraient jamais dû sortir. Les parois de pierre organique elles-mêmes semblent différentes – moins menaçantes, moins hostiles, comme si la défaite de Maëva les avait libérées d'un poids immense.Quand nous émergeons dans la Cité Haute, la lumière bleutée est plus brillante que jamais. Elle pulse comme un cœur joyeux, comme une cité qui célèbre, comme un peuple qui vient d'être libéré d'une oppression millénaire. La pierre noire vibre sous mes pieds nus, et je sens sa gratitude, son soulagement, son espoir. Elyndor est vivante. Elyndor est libre. Elyndor est enfin en paix.Eryon nous attend à l'entrée de la Cité Haute, au bord des tunnels qui mènent aux profondeurs. Il est pâle, fatigué, ses vêtements sont
Maëva secoue la tête, frénétiquement, comme si elle refusait d'accepter ce qu'elle entend. Ses cheveux fades volètent autour de son visage, ses mains tremblent sur le sol de pierre.— Tu mens. Tu mens, tu mens, tu mens. La corruption, c'est ma force. La folie, c'est ma puissance. La solitude, c'est mon choix. Sans elles, je ne suis rien. Sans elles, je ne suis personne.— Alors regardez dans votre cœur. Regardez ce qui reste. La haine est-elle toujours là ? La rage ? Le désir de détruire ?Elle ferme les yeux. Son visage se crispe, comme si elle cherchait quelque chose en elle – quelque chose qu'elle ne trouve pas, ou quelque chose qu'elle trouve et qu'elle refuse d'accepter. Ses lèvres tremblent, ses narines palpitent, ses doigts griffent la pierre.— C'est vide, murmure-t-elle enfin. Tout est vide. Il n'y a plus rien.— Ce n'est pas vide. C'est calme. Pour la première fois depuis des millénaires, votre esprit est en paix. Vous ne re
Je lève ma main – ma main gauche, celle qui ne tient pas la dague. La lumière qui m'enveloppe se concentre dans ma paume, formant une sphère d'énergie pure, plus brillante que mille soleils. Elle est violette et dorée, mêlées en une teinte unique. Elle pulse doucement, régulièrement, comme un cœur apaisé.— Qu'est-ce que tu fais ? dit Maëva, et la peur est revenue dans sa voix, plus forte que jamais.— Je vous libère.La sphère quitte ma main. Elle traverse l'espace en une fraction de seconde, laissant derrière elle une traînée de lumière qui met plusieurs secondes à s'effacer. Et elle frappe Maëva en pleine poitrine.DéesseL'impact est silencieux. C'est la chose la plus étrange – cette explosion d'énergie pure, cette collision entre la magie or
Je retire la dague de mon avant-bras d'un geste sec. La lame émerge de ma chair avec un bruit de succion, couverte de sang et de magie. Mais ce n'est pas du sang ordinaire. Ce n'est pas de la magie ordinaire. C'est un mélange incandescent de violet et d'or, si brillant que je dois détourner les yeux, si chaud que la dague elle-même commence à rougeoyer.La marque sur mon bras se fissure. Pas comme avant, quand je l'avais frappée contre la barrière d'Eryon. Cette fois, elle se brise complètement. Les fragments de la spirale violette tombent de ma peau comme des écailles mortes, se détachant une à une, révélant en dessous une chair nouvelle. Une chair qui n'a jamais été touchée par la corruption. Une chair lisse, brillante, lumineuse. Une chair qui pulse d'une lumière douce et chaude, blanche et dorée, comme un soleil miniature.Et de
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
Déesse Sa réponse est immédiate. Presque blessée.— Je les envie.Le mot résonne dans la petite pièce. L'envie. La Silencieuse envie les simples, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne voient pas, ceux qui n'ont pas à porter le poids de ce qu'ils savent.— Pourquoi suis-je ici, moi ?Je repose le pai
Déesse Elle recule d'un pas. Son ombre glisse sur le mur de pierre , trop grande, trop déformée, une ombre qui n'appartient pas à un corps humain.— Repose-toi. Demain, des gens viendront te voir. Des gens qui te connaissent mieux que tu ne te connais toi-même.— Attends ...— Des gens qui t'ont a
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug







