LOGINGabriel Deux nuits plus tard. La chambre d'Aurore. Il n'y a pas de caméra ce soir. Pas de spectateurs. Pas de masques. Pas de foule. Juste elle et moi, son lit défait, la lumière de la lune qui filtre à travers les rideaux blancs comme un voile argenté. Les étoiles sont visibles par la fenêtre entrouverte, et le bruit lointain d'une chouette, quelque part dans le jardin. Nous ne parlons pas. Nous nous regardons. Elle est debout devant la fenêtre, nue, la lumière lunaire qui dessine les contours de son corps comme un dessinateur amoureux. Ses hanches sont larges, ses fesses rondes, ses seins lourds. Le creux de ses reins est une ombre profonde, une vallée entre deux collines. Ses cheveux blonds sont défaits, ils tombent sur ses épaules en vagues désordonnées. La lune les argent, leur donne des reflets presque blancs. Elle ressemble à une statue grecque, une déesse païenne, une ny
Plus vite. Plus fort. Ses mains agrippent mes hanches, tirent mon bassin vers elle. Ses ongles s'enfoncent dans ma peau, juste à côté des griffes d'avant, ajoutant de nouvelles marques aux anciennes. La douleur est bonne. La douleur me dit que c'est réel, que je ne rêve pas, que je suis allongé nu sur une table, dans une cave voûtée du dix-huitième siècle, devant des inconnus masqués, tandis que la fille de mon oncle me suce avec une ferveur presque religieuse. Sa tête bouge de haut en bas. Son rythme s'accélère. Sa gorge se contracte. Sa salive coule sur mes testicules, sur le bois de la table. Je sens l'orgasme monter. Une vague de chaleur qui part de mon sexe, remonte dans mon ventre, descend dans mes cuisses. Mes muscles se tendent. Mes orteils se recroquevillent. Mes mains s'agrippent au bois de la table. — Pas encore, dit Aurore. Elle s'arrête. Se redresse. Ses lèvres
Ma chemise d'abord. C'est une chemise blanche, la seule que j'aie apportée en arrivant. Les boutons sont en nacre, ils glissent entre mes doigts tremblants. Un à un. Un, deux, trois, quatre, cinq. Le silence est absolu, sauf le frottement du tissu contre mes doigts, sauf le bruit des bougies qui crépitent, sauf le grésillement des mèches qui brûlent. Le tissu glisse sur mes épaules, tombe par terre. Je suis torse nu. Les marques des griffes d'Aurore sont encore visibles sur mon flanc , des sillons rouges, presque cicatrisés, qui brillent sous la lumière vacillante. Mon pantalon. Une ceinture de cuir marron. La boucle claque quand je la défais. Le cuir glisse, tombe par terre avec un bruit sourd. La fermeture éclair glisse , un son métallique, long, aigu, qui déchire le silence. Mon slip. Le dernier rempart. Il est blanc, simple, sans marque. Je le fais glisser le long de mes cuisses. Il tombe autour de mes chevilles. Je sors mes pieds l'un après l'autre
Gabriel La cave est immense. Je ne savais pas qu'elle existait. Une porte dérobée dans la bibliothèque de Sébastien, dissimulée derrière une étagère pivotante comme dans les films d'époque. Quand Aurore a poussé le rayon de livres, le mécanisme a grincé, un bruit ancien, huilé, qui sentait la poussière et le mystère. Derrière, un escalier en pierre descendait, des marches usées par des siècles de pas. Les murs sont humides, froids, couverts d'une fine pellicule de moisissure qui brille sous la lumière des torches électriques accrochées de loin en loin. Des toiles d'araignée pendent des plafonds voûtés, certaines intactes, d'autres déchirées par nos passages. La température baisse à mesure que je descends. L'air devient plus lourd, plus épais, chargé d'une odeur de vin vieux, de terre battue, de moisi, et d'autre chose , du cuir, de la cire d'abeille, des corps. Une odeur primitive, presque animale, qui éveille en moi quelq
Je marche dans la bibliothèque. Les livres sont alignés sur les étagères, leurs dos en cuir, leurs titres dorés. Des classiques , Balzac, Flaubert, Stendhal, Hugo, Zola. Des romans d'amour, des histoires de passion et de mort. Je passe mes doigts sur leurs dos, un à un, comme un aveugle qui lit en braille. Le cuir est doux, patiné par des années, par des mains qui les ont ouverts et refermés.Je sors de la bibliothèque. Le couloir est vide. Les tableaux sur les murs , les paysages, les natures mortes, les portraits d'ancêtres morts depuis longtemps. Leurs yeux me regardent, me jugent, me condamnent.Je vais à la salle de bain.La plus grande, celle du premier étage. La baignoire sur pieds, la douche à l'italienne, les miroirs encadrés d'or. Il y a une glace dans la salle de bain, une glace qui reflète tout mon corps, du sommet de ma tête à la plante de mes pieds. Je m'y regarde.Un étranger me regarde.Un homme que je ne connais pas.
Je lèche plus fort. Plus vite. Ma langue trouve le bon rythme, le bon mouvement, la bonne pression. Elle crie. Un cri rauque, profond, qui remplit la cave, qui fait vibrer les murs, qui monte jusqu'au plafond voûté, qui redescend en cascade sur nous. Elle jouit. Son corps se tord, ses mains agrippent ma tête, ses cuisses se serrent autour de mon visage. J'entends ses gémissements, des sons primitifs, des sons d'instinct. Je la sens qui jouit contre ma bouche, les spasmes, les contractions, les vagues successives. Puis elle se calme. Elle respire lentement. Elle se lève. La corde est toujours autour de mon sexe. — Tu veux jouir ? dit-elle. — Oui. — Alors vas-y. Elle détache la corde. La jouissance jaillit. Je crie. Un cri qui n'est pas humain, qui est
IsadoraÀ vingt heures précises, je descends l'escalier, vêtue de ma plus belle robe , une robe en velours bleu nuit que ma mère m'a offerte pour mes dix-huit ans, trop élégante pour la campagne, trop modeste pour la ville. Mes cheveux sont relevés en un chignon lâche, mes joues sont légèrement pou
IsadoraLe train s'arrête dans un grincement de freins et un sifflement de vapeur qui déchire le silence de cette fin d'après-midi d'octobre. Je colle mon front à la vitre froide, et je regarde la ville qui s'étend devant moi, accrochée aux flancs d'une colline qui descend vers la mer. Une ville po
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IsadoraLe jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arboresc







