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CHAPITRE 4 : Un an après

مؤلف: L'encre
last update تاريخ النشر: 2026-04-21 07:39:44

Sophie ne disait rien. Elle avait lâché mon poignet et posé sa main sur ma nuque, simplement, fermement. Sa paume était chaude, apaisante. Elle ne me disait pas de me calmer. Elle ne me disait pas que tout allait bien. Elle attendait. Elle savait qu’il fallait que ça sorte, que je devais vider ce trop-plein de rage et de chagrin.

Je hurlai jusqu’à n’avoir plus de voix. Jusqu’à ce que ma gorge ne soit qu’un feu rauque. Jusqu’à ce que mes yeux soient secs et brûlants, incapables de verser une larme de plus.

Puis je m’effondrai contre le siège, épuisée, vidée, anéantie. Mon souffle était court, saccadé, mes mains tremblaient sur mes genoux. La robe blanche était froissée, tachée de mascara et de sang. Le bouquet gisait sur le plancher, pétales écrasés.

– Il a mis quelqu’un d’autre enceinte, chuchotai-je. Il m’a envoyé un SMS. Pendant la cérémonie.

Ma voix n’était plus qu’un murmure rauque, à peine audible. Je n’avais pas la force de parler plus fort.

Sophie inspira profondément. Je sentis sa main se resserrer sur ma nuque, juste un peu, pour me dire qu’elle était là, qu’elle ne me laissait pas tomber.

– Je vais le tuer, dit-elle simplement.

Son ton était calme. C’était plus effrayant que si elle avait crié.

Je faillis rire. Un rire cassé, humide, qui ressemblait à un sanglot. Rien n’était drôle, mais mon corps cherchait une issue, n’importe laquelle, pour évacuer l’horreur.

– Laisse-moi d’abord le faire, répondis-je.

La voiture démarra. Le moteur ronronna doucement. La route défila, les arbres, les maisons, les feux rouges. Tout semblait irréel, comme un film qu’on regarde sans vraiment le voir.

Et derrière nous, l’église devint un point de plus en plus petit dans le rétroviseur. Je ne me retournai pas. Je ne voulais plus jamais la revoir. Je ne voulais plus jamais revoir Thomas. Je ne voulais plus jamais être cette femme en robe blanche, abandonnée devant l’autel.

Je voulais être quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui n’attend plus. Quelqu’un qui ne croit plus aux belles histoires.

Adieu, Léa Bennett, la gentille fiancée.

Bonjour, Léa Bennett, celle qui va tout brûler.

***

L’appartement sentait le café froid et le désespoir.

Pas le désespoir théâtral des premiers jours, celui où l’on pleure en regardant des films romantiques et en mangeant de la glace au lit. Non. Un désespoir plus sournois : l’habitude. La certitude morne que rien n’ira plus jamais mieux, que les jours vont défiler les uns après les autres, identiques et gris, jusqu’à ce que la mort vienne me chercher par pitié.

Je vivais en pyjama. Pas un pyjama doux et soyeux, celui des dimanches matin paresseux. Non. Un vieux pyjama en flanelle grise, troué au coude, qui avait appartenu à Thomas et qu’il avait laissé derrière lui. Je le portais jour et nuit, sans le laver assez souvent, parce que ça sentait encore lui – un mélange de lessive bon marché et de tabac froid. Son odeur s’estompait de semaine en semaine, mais je faisais comme si elle était encore là.

Je ne sortais plus. Les rideaux restaient tirés. Les stores restaient baissés. La lumière du jour était une ennemie, une accusatrice qui me rappelait que dehors, les gens vivaient, aimaient, avançaient. Moi, je restais là, recroquevillée sur mon canapé, à regarder des émissions de télé-réalité que je n’aimais même pas.

Le courrier s’entassait dans la boîte aux lettres. Les factures, les publicités, les lettres d’amis que je n’ouvrais plus. Mon téléphone sonnait de moins en moins. Les gens avaient fini par abandonner. Je ne leur en voulais pas. J’aurais fait la même chose à leur place.

Je m’étais pesée, un matin, par hasard, en passant devant la balance de la salle de bain. Huit kilos de plus. Ils étaient là, sur mes hanches, sur mon ventre, sur mes cuisses. Huit kilos de chagrin solidifié, de nuits à manger des pizzas surgelées devant la télé, de paquets de gâteaux entamés sans même m’en rendre compte. Mon corps était devenu celui d’une étrangère, une femme que je ne voulais pas voir.

Je ne me regardais plus dans le miroir. J’avais accroché une serviette sur le grand miroir de l’entrée. Celui de la salle de bain, je l’évitais en me brossant les dents les yeux mi-clos.

Parfois, Sophie venait. Elle sonnait, j’entendais sa voix dans l’interphone.

– Léa ? C’est moi. Ouvre.

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