MasukIDA ET LE MILLIARDAIRE AUX MILLE VISAGES : Elle a épousé un inconnu. Il est agent secret, milliardaire... et fou d'elle. Ida s'attendait à un mariage sans passion. Elle hérite d'un brasier. Klaus est un comptable effacé. Du moins, c'est ce qu'elle croit. En réalité, il est agent de la DGSE, héritier d'un empire clandestin, et l'homme qui fait trembler la mafia. Il a épousé Ida pour infiltrer son propre ennemi : le père de sa femme. Mais il est tombé amoureux. Jusqu'à l'obsession. Le jour où Ida découvre le pot aux roses, tout explose. Faux amour d'enfance, sœur cachée, milliards dissimulés, amnésie dans un couvent alpin... Chaque secret démasqué en révèle un plus grand. Chaque caresse pourrait être un adieu. Elle est la fille de son pire ennemi. Il est l'homme qui brûle pour elle. Entre trahisons et nuits torrides, leur amour va tout détruire. Puis tout reconstruire.
Lihat lebih banyakIda
Je n'aurais jamais dû dire oui.
La phrase tourne en boucle dans ma tête tandis que je pousse la porte vitrée de l'étude notariale. Le vent de mars s'engouffre derrière moi, glacé, et je serre ma veste contre ma poitrine comme une armure dérisoire. Fribourg-en-Brisgau est noyée sous une bruine fine, de celle qui s'infiltre partout et colle les cheveux aux tempes. Un jour de Toussaint en plein printemps. Le ciel pleure à ma place.
La salle d'attente sent l'encaustique et le vieux papier. Une secrétaire aux ongles trop rouges me désigne une chaise sans lever les yeux. Je m'assois. Mes mains sont moites. Je les essuie sur ma robe, un modèle bleu marine que j'ai acheté exprès pour l'occasion, sobre et sans éclat , comme doit l'être, paraît-il, une future épouse.
Mariée.
Je vais me marier. Dans dix minutes. Avec un homme dont je connais à peine le nom. Klaus Meier. Trente-deux ans , comptable ,
non-fumeur. Une fiche signalétique, pas une histoire d'amour.
Ma mère m'a suppliée en pleurant. Une dette colossale, des créanciers qui menaçaient de saisir la maison, de nous jeter à la rue. Et puis cet avocat surgi de nulle part, ce M. Waldstein, avec son offre miraculeuse , un mariage arrangé, une compensation financière assez large pour effacer l'ardoise et payer les soins de Maman. Cent mille euros en échange de mon célibat. Le prix de ma liberté.
Je n'ai pas hésité une seconde. On n'hésite pas quand on aime.
La porte s'ouvre. Je me lève, le cœur battant trop vite, et je le vois pour la première fois.
Il est grand. C'est la première chose que je remarque. Plus grand que ce que j'imaginais, avec de larges épaules mal dissimulées sous un costume gris anthracite visiblement coupé sur mesure. Ses cheveux bruns sont coiffés avec soin, trop sages, comme plaqués par un devoir de correction qu'ils ne demandent qu'à trahir. Ses lunettes sont épaisses, écaillées sur les branches. Un comptable. Vraiment.
Il s'approche. Son visage est impassible, une forteresse sans meurtrières. Ses yeux sont d'un vert éteint, gris-vert, la couleur de l'étang derrière la boutique quand le brouillard se lève. Il ne sourit pas. Il me jauge, rapidement, comme on vérifie une marchandise avant de signer le bon de livraison.
L'espace d'une seconde, je le déteste.
— Mademoiselle Brandt, dit-il d'une voix neutre. Je suis Klaus Meier.
Il tend la main.
Je devrais dire quelque chose. Un mot poli, une formule de circonstance. Mais ma gorge est nouée et mes pensées s'entrechoquent comme des billes dans un sac. Tout ça est absurde. Irréel. Je tends la main à mon tour, mécaniquement, et nos doigts se touchent.
Et là.
Une décharge. Un courant brûlant qui remonte de ma paume à mon épaule, qui vrille dans ma poitrine comme un coup de foudre miniature. Ma respiration se bloque. Ce n'est pas une métaphore. C'est physique, électrique, une secousse qui me traverse l'échine et me fait retirer la main plus vite que je ne le voudrais.
Lui aussi a senti quelque chose. Ses doigts se sont crispés, son poignet a tressailli. Ses yeux , ces yeux gris-vert que je croyais éteints – se sont élargis une fraction de seconde. Juste une fraction. Mais assez pour que je comprenne. Il n'est pas de marbre. Il cache quelque chose.
Il me regarde une seconde de trop. Puis il détourne la tête.
Le notaire toussote.
— Eh bien, si vous voulez bien vous asseoir, nous allons procéder aux formalités.
Je m'assois sur la chaise rembourrée. Lui prend place à côté de moi, pas en face. Je sens sa présence comme un champ magnétique, une chaleur animale malgré la distance réglementaire qu'il maintient entre nos accoudoirs. Mon pouls ne redescend pas. Ce n'est pas normal. Aucun inconnu ne devrait me faire cet effet. Aucun homme, point.
Le notaire déblatère des clauses, des articles, des conséquences juridiques. Je hoche la tête aux bons moments sans rien écouter. Klaus, lui, est parfaitement immobile. Il fixe le contrat comme s'il mémorisait chaque virgule. Ses mains sont posées à plat sur ses cuisses, longues, nerveuses, avec des jointures légèrement abîmées. Pas des mains de comptable, ça non plus.
Quand vient le moment de signer, il prend le stylo sans hésiter. Son écriture est rapide, anguleuse. Il pousse les documents vers moi sans un regard. Je signe à mon tour. Mon nom tremble un peu sur le papier. Ida Brandt. Voilà. C'est fait.
— Félicitations, dit le notaire avec un sourire mécanique. Vous êtes mariés.
Klaus se lève, ajuste son costume, et se tourne vers moi. Son expression n'a pas changé. Impassible , impénétrable.
— Je vous attends dehors, dit-il simplement.
Et il sort, me laissant seule avec l'odeur d'encaustique et le goût métallique de l'erreur sur ma langue.
Je pleure, je pleure comme je n'ai jamais pleuré depuis mon réveil. Des larmes de joie, de soulagement, de douleur, d'espoir. Des larmes qui emportent avec elles les derniers vestiges de l'amnésie, qui nettoient les blessures de mon âme, qui me libèrent de mes chaînes. Je pleure parce que je suis de nouveau moi-même, parce que je suis de nouveau entière, parce que je suis de nouveau vivante.Sœur Marthe me trouve ainsi, prostrée dans le massif de roses, les mains pleines de terre, le visage ruisselant de larmes. Elle s'agenouille près de moi, elle me prend dans ses bras, elle me berce comme une enfant.— Mon petit, que se passe-t-il ? Vous êtes blessée ? Vous souffrez ?— Non, dis-je en secouant la tête. Non, Sœur Marthe. Je ne souffre plus. Je me souviens.— Vous vous souvenez ?— De tout. De ma vie, de mon passé, de mon amour. Je me souviens de Klaus.Elle me regarde avec une expression indéchiffrable, un mélange de joie et d'inquiétude, d'espoir et de crainte. Elle sait ce que cela
IdaCela arrive un matin, sans prévenir, sans crier gare. Une déflagration silencieuse qui pulvérise les derniers vestiges du brouillard dans lequel j'étais prisonnière depuis des mois. Une vague immense qui submerge ma conscience, qui emporte tout sur son passage, qui me restitue mon passé dans toute sa splendeur et toute sa douleur.Je suis dans le jardin du couvent, agenouillée devant un massif de roses anciennes que Sœur Marthe m'a demandé de désherber. Le soleil matinal caresse ma nuque, la terre humide colle à mes doigts, le parfum des fleurs monte autour de moi comme un encens. Et soudain, sans transition, sans avertissement, je me souviens.Je me souviens de tout.Ce n'est pas un fragment cette fois, pas un éclat, pas une fulgurance. C'est un déluge, un torrent, un tsunami de souvenirs qui déferle dans mon esprit et qui emporte les dernières digues de l'amnésie. Je tombe à genoux dans la terre meuble, je porte mes mains à mes tempes, je ferme les yeux sous la violence de l'imp
Ida La mémoire émotionnelle est la plus puissante, la plus profonde, la plus indélébile. Les psychologues le disent, les neurologues le confirment, les amnésiques en font l'expérience. On peut oublier un visage, un nom, un événement. Mais on n'oublie jamais ce qu'on a ressenti. L'amour, la peur, la jalousie, le désir. Les émotions sont comme des cicatrices invisibles, gravées dans la chair, inscrites dans l'âme, indélébiles. Aujourd'hui, dans le silence de ma cellule monastique, allongée sur mon lit étroit, je fais l'expérience de cette mémoire-là. La mémoire du corps, la mémoire du cœur, la mémoire des sens. Tout a commencé ce matin, pendant l'office des laudes. Les religieuses chantaient un cantique ancien, une mélodie grégorienne qui montait sous les voûtes de pierre. Et soudain, sans prévenir, j'ai senti une chaleur monter en moi. Une chaleur diffuse, enveloppante, qui partait du creux de mon ventre et irradiait dans t
Klaus. C'est la voix de Klaus. Je ferme les yeux, je me concentre, j'essaie de retenir cette voix, de la faire durer, de l'entendre encore. Et d'autres sons arrivent, d'autres échos, d'autres fragments. Le bruit de ses pas dans l'escalier, le son de son rire étouffé, le murmure de ses paroles dans l'obscurité. Je t'aime, Ida. Je t'aime plus que tout. Les larmes coulent sur mes joues, je ne les essuie pas. C'est la première fois que je pleure depuis mon réveil, la première fois que l'émotion est assez forte pour traverser le brouillard. Je pleure de joie, de tristesse, d'espoir. Je pleure parce que je me souviens, un peu, pas assez, mais un peu. Je pleure parce que je sais maintenant que cet homme existe, que cet amour existe, que cette vie existe. Le troisième fragment est plus violent, plus sombre, plus douloureux. Il me frappe au milieu de la nuit, dans un cauchemar qui me réveille en sursaut, le cœur batt
Pas brutalement. Pas violemment. Doucement. Très doucement. Mes doigts se referment autour de son poignet fin , je pourrais le briser sans effort, mais je le tiens comme on tient un oiseau blessé, comme on tient un trésor fragile, comme on tient la seule chose qui compte au monde.
KlausCette femme sera ma mort.Pas avec une arme à feu. Pas avec une capsule de cyanure. Mais avec cette nuisette de soie noire qui ne dissimule rien, avec ce sillage de musc et de vanille qui imprègne l’atmosphère et s’accroche à mes muqueuses comme une addiction chimique. Avec ce sourire de trio
IdaIl croit que je ne le vois pas s’effacer, se dissoudre, s’évaporer de la pièce comme si son corps n’était qu’une brume.Il pense que ses fuites à l’aube et ses retours spectraux à minuit passé sont un camouflage parfait. Il s’imagine que ses regards, ces coups d’œil furtifs et incandescents qu’
KlausJe l'évite.C’est une stratégie puérile, indigne d’un agent formé à décrypter le moindre battement de cil, à soutenir un interrogatoire sans ciller, à mentir en respirant la vérité. Mais c’est la seule arme qui me reste depuis ce foutu baiser. Ce baiser qui n'était pas dans le protocole, qui






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