L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE

L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE

last updateLast Updated : 2026-07-02
By:  Léo Updated just now
Language: French
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« Si j'ai vingt ans et toi trente-deux... à quarante ans tu seras officiellement un ancêtre pour moi. C'est mathématique, vieux père. » Le plan était simple : Un mariage arrangé de deux ans. Pas d'amour, pas de scandale, une cohabitation polie, puis le divorce. Soren Kastell, milliardaire rigide et bourreau de travail, avait tout calculé. Le problème ? Zélia. Sa nouvelle épouse est une catastrophe naturelle. Elle est directe jusqu'à l'insolence, maladroite au point de détruire son mobilier design, et possède une joie de vivre psychiatrique qui fait trembler la holding Kastell. Elle ne veut pas de son argent, elle veut sa tranquillité. Et pour l'obtenir, elle est prête à lui mener une guerre psychologique hilarante. Soren voulait l'ignorer. Il va devoir la subir. Mais à force de disputes nocturnes, de vérités crues balancées sans filtre et de situations totalement absurdes, la glace commence à se fissurer. Sans aucune séduction, par la seule force de son authenticité déjantée, la gamine est en train de rendre le milliardaire complètement fou... de rage, puis fou d'elle.

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Chapter 1

Chapitre 1

Trois jours. Soixante-douze heures que Zélia Vauclair avait signé ce foutu registre de mariage, vêtue d'une robe blanche beaucoup trop lourde, et qu'elle n'avait pas revu l'ombre de son très cher et très ingérable époux.

Assise en tailleur au milieu d'un lit king-size qui aurait pu accueillir une famille de pandas, elle fixait le plafond moulé à la feuille d'or. L'odeur du bois ciré et de la lavande haut de gamme lui picotait les narines. C'était grand. C'était luxueux. Et c'était d'un ennui mortel.

— Bon, Zélia, ma fille, on va faire le bilan, murmura-t-elle à haute voix, sa voix résonnant contre les murs tendus de soie.

Elle tapota le lourd trousseau de clés qu'Ambroise Kastell, son beau-père, lui avait solennellement remis le soir des noces.

— Point positif : tu as fui Hermine, Léopold et les sourires de vipère de Garance. Plus personne pour te dire que tu gâches ta vie en refusant de rentrer dans le moule. Point négatif : ton mari est un fantôme qui fait la une des tabloïds avec des mannequins polonaises pendant que tu moisis dans son donjon.

Zélia s'allongea sur le dos, les bras en croix. Elle avait été patiente. Elle lui avait laissé trois jours pour digérer le fait que son père lui ait imposé une parfaite inconnue pour le mater. Elle concevait que pour un héritier arrogant et habitué à collectionner les conquêtes, la pilule soit dure à avaler. Mais trois jours de disparition totale ? C'était trop. La politesse avait des limites, même chez les milliardaires.

Et surtout, elle avait faim. Son estomac poussa un rugissement digne d'un lion en cage.

Elle se leva, arrangeant son t-shirt informe un peu élimé – son vêtement de combat préféré – et quitta la chambre pour descendre le grand escalier de marbre. La maison était silencieuse, d'un calme presque religieux. En arrivant dans le hall principal, elle croisa une poignée de domestiques en plein travail, astiquant des cuivres déjà étincelants.

Au centre du salon, la gouvernante principale, une femme d'une cinquantaine d'années nommée Agnès, supervisait le tout, le dos droit comme un piquet et le regard dédaigneux.

— Madame Agnès ? l'interpella Zélia en s'approchant.

Elle tourna lentement la tête vers Zélia. Son regard descendit le long de son t-shirt, s'arrêta sur ses pieds nus, puis remonta avec une pointe de mépris mal dissimulée.

— Oui ? répondit-elle d'un ton sec, sans même ajouter de titre de civilité.

— Je meurs de faim. Faites-moi monter un plateau avec des œufs brouillés, du bacon bien croustillant et un grand jus d'orange dans la salle à manger, s'il vous plaît.

Un silence de plomb s'installa dans la pièce. Les autres employés ralentirent leurs gestes, sentant la tension monter. À quelques mètres, un jeune valet qui briquait un vase en porcelaine s'arrêta net, l'oreille tendue. Agnès croisa les bras, un sourire narquois étirant ses lèvres fines. Elle prit une posture outrageusement hautaine.

— Le chef est occupé à préparer le menu de la semaine prochaine, lança-t-elle d'une voix forte pour que tout le monde entende. Et pour être tout à fait franche avec vous... vous n'êtes pas la vraie Madame Kastell à mes yeux. Vous partirez d'ici comme toutes les autres avant vous. Alors, attendez le déjeuner comme tout le monde.

— Oh, c'est direct, murmura Zélia.

Dans son dos, le bruit étouffé d'un balai qui glissait résonna. Une des femmes de chambre venait de jeter un regard paniqué vers sa collègue. Le personnel retint son souffle.

Le sang de Zélia ne fit qu'un tour. Un petit rire nerveux lui échappa. Elle esquissa deux pas en avant, brisant la distance de sécurité. Elle regarda Agnès droit dans les yeux, son visage à quelques centimètres du sien.

— Je pensais que les grandes personnes avaient une cervelle pour réfléchir, dit Zélia, sa voix étonnamment calme mais tranchante comme une lame. Je me suis trompée. Je pense surtout que vous êtes fatiguée de votre travail.

Le masque hautain d'Agnès se fissura instantanément. Ses sourcils se froncèrent, ses yeux s'écarquillèrent de pure surprise. Elle ne s'attendait pas à ce qu'une gamine en t-shirt élimé ose lui parler sur ce ton devant ses subordonnés.

Zélia détourna le regard de ce visage décomposé et balaya la pièce des yeux. Son regard s'arrêta sur une jeune femme d'une trentaine d'années, vêtue de l'uniforme de la maison, qui tenait un plumeau et la fixait avec des yeux ronds comme des soucoupes.

— Vous, dit Zélia en la pointant du doigt. Comment vous vous appelez ?

— E-Emma, madame, bégaya-t-elle en serrant son plumeau contre sa poitrine.

— Parfait, Emma. À partir de maintenant, vous devenez la gouvernante en chef de cette maison.

— Quoi ?! s'exclama Emma, reculant d'un pas, prise de court. C'est... c'est une blague ?

Un murmure de stupéfaction courut parmi le personnel. Le valet au vase manqua de lâcher son précieux fardeau, tandis que deux autres employés s'échangèrent des coups d'œil affolés, persuadés que la nouvelle mariée perdait la tête.

La surprise d'Agnès se mua instantanément en une colère noire. Son visage vira au rouge cramoisi et elle laissa éclater un rire strident, mais chargé d'une confiance absolue.

— Non mais vous vous croyez où ?! Vous pensez pouvoir me virer ainsi ?! glapit-elle en gonflant la poitrine, un sourire féroce aux lèvres. Ça fait quinze ans que je travaille pour la famille Kastell ! J'ai vu défiler des dizaines de filles comme vous ! Monsieur Soren me fait entièrement confiance, vous n'êtes rien ici ! Vous ne tiendrez pas une semaine !

Certains employés hochèrent discrètement la tête, intimidés par l'assurance d'Agnès et sa longévité dans la maison. Ils attendaient de voir comment Zélia allait réagir à cette démonstration de force.

Zélia ne prit même pas la peine de lui répondre. Elle afficha son plus beau sourire de folle – celui qui faisait fuir les démarcheurs à domicile et paniquer son beau-père Léopold – et tourna les talons.

Elle traversa le hall d'un pas vif, ouvrit la lourde porte d'entrée et sortit sur le perron, sous le soleil de la mi-journée. Au bout de l'allée gravillonnée, deux colosses de la sécurité montaient la garde près des grilles en fer forgé. Zélia interpella le plus proche d'entre eux.

— Hé ! Basile ! On a un colis encombrant à expédier ! cria-t-elle en lui faisant signe d'approcher.

Basile, le vigile, se tourna vers son collègue, déstabilisé, avant d'accourir vers la jeune femme. Zélia rentra à nouveau dans la maison, talonnée par les deux armoires à glace, et pointa un doigt vengeur vers Agnès qui n'avait pas bougé, rayonnante d'une certitude arrogante.

— Cette dame ne fait plus partie du personnel. Mettez-la dehors. Immédiatement. Et veillez à ce qu'elle ne reprenne aucun trousseau.

Les gardes hésitèrent une fraction de seconde. Ils connaissaient Agnès depuis des années. Les autres domestiques s'étaient rapprochés, les yeux rivés sur la scène, le cœur battant. Mais Ambroise Kastell avait été très clair le jour du mariage devant toute l'équipe : « Ce que Zélia veut, Zélia l'obtient. Sa parole est la mienne. »

Sans un mot, Basile fit un pas en avant et prit Agnès par le bras.

— Ne me touchez pas ! C'est absurde ! Vous êtes tous devenus fous ! hurla-t-elle en se débattant alors qu'on la traînait inexorablement vers la sortie.

Les employés s'écartèrent précipitamment sur son passage, terrorisés par le spectacle. Arrivée au niveau du seuil de la porte, Agnès réussit à ancrer ses talons dans le sol une dernière fois pour se tourner vers Zélia. Sa colère s'allia à une assurance venimeuse.

— Profitez-en bien, Vauclair ! cracha-t-elle, le visage déformé par la haine. Si Soren l'apprend, vous ne ferez pas une minute de plus dans cette maison ! Il va vous détruire et vous jeter à la rue ! Vous m'entendez ?! Pas une minute !

La lourde porte en chêne se referma sur ses cris, plongeant le hall dans un silence de cathédrale. Tous les employés fixaient Zélia, pétrifiés, se demandant probablement qui serait la prochaine victime de la nouvelle mariée psychopathe. Le jeune valet au vase s'était pétrifié contre le mur, et Emma n'osait plus respirer.

Zélia se tourna vers elle avec un calme olympien.

— Bon, Emma... On en était où pour mes œufs brouillés ?

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