Partager

Chapitre 6

Auteur: Léo
last update Date de publication: 2026-06-30 15:52:37

Le soleil se leva sur le domaine Kastell, baignant le parc d'une lumière dorée et chaleureuse. Pour Soren, cependant, ce matin n'avait rien de poétique. Il ouvrit les yeux, un gémissement de douleur lui échappant aussitôt. Son cou était raide, son dos complètement bloqué, et chaque muscle de son corps protestait violemment. Dormir sur le siège conducteur d'une voiture de sport à deux cent mille euros restait, contre toute attente, la pire expérience de sa vie.

Il se redressa péniblement, passa une main frustrée sur son visage couvert d'une barbe de trois jours, et tenta de lisser sa chemise froissée. Il avait la mine d'un naufragé.

— Putain de canapé roulant..., jura-t-il entre ses dents. Elle va me le payer.

Soudain, un mouvement sur la terrasse attira son regard à travers le pare-brise.

Zélia était là. Fraîche comme un gardon, vêtue d'une tenue de sport moulante, elle venait de dérouler un tapis de sol à quelques mètres seulement de sa voiture. Sous les yeux exorbités et furieux de Soren, elle commença sereinement sa séance de yoga, enchaînant les postures avec une souplesse insolente. Elle prit une profonde inspiration, ferma les yeux face au soleil, feignant totalement d'ignorer la présence du monstre d'acier noir et de l'homme enragé juste à côté d'elle.

Soren ouvrit la portière dans un claquement sec et jaillit de l'habitacle. La fureur lui redonna instantanément l'usage de ses muscles. Il traversa la pelouse d'un pas lourd, ses yeux sombres jetant des éclairs, et s'arrêta juste au bord du tapis de Zélia.

— Toi, gronda-t-il, la voix rauque de sommeil et de rage. Tu te fous de moi ?

Zélia ouvrit lentement un œil, maintint sa posture d'équilibre sur une jambe, et lui adressa un sourire radieux.

— Oh, bonjour Monsieur l'invisible ! Bien dormi ? Vous avez une mine affreuse. La banquette était trop ferme ? Sachez que l'air du matin fait un bien fou pour les nerfs. Inspirez, expirez, Soren. Ça évite les AVC.

— Tu as verrouillé ma propre porte, Zélia. Tu m'as laissé dehors toute la nuit. Tu as une idée de ce que je peux te faire subir pour ça ?

— Oh, je n'ai fait que suivre les règles, répliqua-t-elle sans perdre son équilibre. Un mari rentre pour dormir avec sa femme. Un inconnu nocturne reste dehors. C'est dans le code de déontologie de cette maison. Maintenant, si vous voulez bien me laisser terminer ma salutation au soleil...

Soren ne prit même pas la peine de répondre. Ivre de rage, poussé par l'humiliation suprême de la nuit qu'il venait de passer, il la bouscula presque du regard, monta les marches du perron et s'engouffra enfin à l'intérieur de la maison, la porte étant cette fois restée ouverte.

---

Zélia ne se pressa pas. Elle enroula son tapis, prit son temps, et le rejoignit quelques minutes plus tard dans le grand salon. Soren l'attendait debout, les bras croisés, le visage contracté par une colère noire. Dès qu'elle posa un pied dans la pièce, il passa à l'attaque.

— On va mettre les choses au clair tout de suite, commença-t-il, la voix basse et vibrante de menace. Ce petit jeu s'arrête ce matin. J'ai parlé à mon père hier soir. Tu crois avoir du pouvoir ici ? Tu n'es rien. Tu es une intruse. Mes avocats préparent déjà les papiers. On divorce, Zélia. Tu signes, tu prends ton chèque et tu dégages de ma vie. Je ne rigole pas.

Zélia s'avança vers la table basse, attrapa une pomme dans le panier de fruits et y croqua à pleines dents avec un bruit sonore. Elle le regarda, totalement impassible face à ses menaces.

— Le divorce ? dit-elle après avoir avalé sa bouchée. Désolée, Kastell, mais ce mot-là n'existe pas dans mon dictionnaire.

— Tu vas apprendre à l'y inscrire, répliqua Soren en faisant un pas menaçant vers elle. Tu crois que je vais tolérer une psychopathe sous mon toit pendant des mois ? Tu signeras, de gré ou de force. Je te donnerai assez d'argent pour que tu t'achètes une île si ça peut te faire partir.

— Garde tes sous, j'aime bien la Haute-Savoie, sourit-elle en le pointant du doigt avec sa pomme. Ton père m'a choisie pour te mater, et j'ai signé un contrat de mariage en bonne et due forme. Je ne lâche jamais un travail en cours. Alors tes papiers de divorce, tu peux t'en servir pour allumer un feu dans la cheminée. Je reste ici. Et si tu n'es pas content, la voiture t'attend dehors pour une deuxième nuit.

Fou de rage, comprenant qu'il n'obtiendrait rien d'elle par la simple intimidation, Soren laissa échapper un juron bien senti. Il avait besoin d'une douche. Immédiatement. Avant de commettre un meurtre.

— On n'a pas fini de parler, Zélia. Ne crois pas que tu as gagné, lança-t-il en tournant les talons.

Il grimpa les escaliers quatre à quatre et s'engouffra dans ses appartements privés. Il entra dans sa salle de bain, fit couler une douche brûlante et s'y glissa, laissant l'eau chaude détendre ses muscles endoloris et calmer momentanément son esprit en ébullition.

Dix minutes plus tard, une serviette nouée autour de la taille, Soren retourna dans sa chambre pour s'habiller. C'est alors qu'il se figea au milieu de la pièce.

Le choc fut immédiat. Tout avait changé d'emplacement. Ses montres de luxe, ses parfums, ses costumes classés par couleur, ses dossiers personnels... absolument tout avait été déplacé, réorganisé et rangé d'une manière totalement différente. Soren avait une sainte horreur de cela. Maniaque et farouchement protecteur de son espace, il refusait catégoriquement que des étrangers touchent à ses affaires ou fouillent dans son intimité.

La colère, qui avait légèrement diminué sous l'eau chaude, remonta d'un coup sec.

— C'est une plaisanterie..., marmonna-t-il, les dents serrées. Qui a touché à mes affaires ?!

Il se dirigea vers son dressing à grands pas, fou de rage.

— Emma ! Zélia ! Peu importe qui est responsable, je vais les virer toutes les deux, tempêta-t-il en attrapant un jean qui n'était plus du tout à sa place habituelle. Personne ne fouille dans mes affaires. Personne !

Il se promit de descendre immédiatement après s'être habillé pour lui passer un savon mémorable et fixer des limites définitives. Cette fois, les gants allaient tomber.

Soudain, à travers la grande fenêtre ouverte de sa chambre, un bruit de moteur bien familier brisa le calme du matin. Soren s'approcha de la vitre, s'essuyant nerveusement les cheveux avec sa serviette, et écarta les rideaux. Une berline noire haut de gamme venait de franchir les grilles du domaine et s'avançait à vive allure dans l'allée.

Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Dernier chapitre

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 19

    Le soleil se leva, lavant les stigmates de la nuit d'une lumière crue et limpide. À l'étage du manoir Kastell, Zélia prit une longue inspiration avant de s'extirper du lit. Chaque muscle de son corps la rappelait à l'ordre. Lorsqu'elle posa le pied à terre, une vive douleur lui transperça le genou gauche, violacé et gonflé par sa chute de trois mètres. Ses paumes, lacérées par les pointes de fer forgé, la brûlaient cruellement. Pourtant, elle refusa de fléchir. Elle s'approcha du miroir, le visage blême mais le regard d'une froideur impériale. Pas question de montrer la moindre faiblesse. Elle choisit avec soin une robe longue en maille fine, d'un vert émeraude profond, dotée de manches longues qui descendaient jusqu'au poignet, dissimulant ainsi les bandages discrets qu'elle avait appliqués sur ses écorchures. Elle dissimula ses traits tirés sous un maquillage léger mais impeccable, avant de descendre d'un pas lent, mesuré, masquant son léger b

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 18

    Le silence qui s'abattit sur le domaine après le départ d'Agnès était presque lourd à porter. Le grand portail en fer forgé s'était refermé dans un claquement métallique sec, scellant définitivement la défaite de la gouvernante. Sur le gravier de l'allée, Zadig portait les deux valises massives de Zélia, le visage encore pâle sous l'effet de l'adrénaline. Sa respiration s'était apaisée, mais ses yeux ne quittaient pas sa belle-sœur. — Tu es complètement givrée, tu le sais ça ? murmura-t-il, un demi-sourire incrédule flottant sur ses lèvres malgré la gravité du moment. Si tu t'étais brisé une jambe, Soren t'aurait laissée sur le bitume. Zélia redressa les épaules, ignorant la vive douleur qui lui lançait dans le genou gauche. Ses paumes, écorchées par le fer forgé, piquaient cruellement sous la brise nocturne. Elle frotta ses mains l'une contre l'autre pour en chasser la poussière et la suie. — Mais je ne me suis rien brisé, Zad

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 17

    Zélia fit quelques pas en arrière, s'éloignant du faisceau des phares de la voiture pour s'enfoncer dans la pénombre qui bordait la haute clôture. Ses yeux, désormais habitués à l'obscurité, inspectèrent méthodiquement la structure. C'était un ouvrage imposant, mêlant muret de pierre et lourds grillages de fer forgé surmontés de pointes acérées. Ses mains glissèrent le long de sa robe, tâtant le tissu, évaluant sa liberté de mouvement.Zadig, qui la suivait comme son ombre, fronça les sourcils en l'observant.— Qu'est-ce que tu fais, Zélia ?— Je réfléchis à comment je vais monter ici, répondit-elle d'une voix si calme qu'elle en paraissait irréelle.Le jeune homme manqua d'en perdre l'équilibre. Ses yeux s'agrandirent de stupeur.— Non... Ne me dis pas que tu vas grimper !— Et oui, c'est ce que je vais faire, répliqua-t-elle en nouant fermement le bas de sa robe pour dégager ses jambes. Si je ne peux pas entrer par la porte, j'entrerai en grimpant.— Non, je t'en supplie, ne fais pa

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 16

    La nuit était maintenant complètement tombée sur Istanbul, étendant un manteau d'encre sur le domaine des Kastell. La sportive de Zadig s'engagea dans la longue allée obscure, ses phares blancs balayant les grands arbres avant de se figer sur les grilles en fer forgé du grand portail. Le domaine était barricadé. Près de la guérite, sous la faible lueur d’un lampadaire, plusieurs valises massives attendaient à même les pavés.Soren était déjà de retour. À l'étage de la grande bâtisse, sa silhouette se dessinait derrière l'immense baie vitrée éclairée du grand salon, un verre à la main, observant la scène d'en haut.Zadig freina brusquement, faisant crisser les pneus sur le gravier.— Qu'est-ce que c'est que ce délire ? marmonna-t-il en fronçant les sous-sourcils.Zélia ne répondit pas. Son regard s’était figé sur les bagages. Ses yeux s'agrandirent sous le choc en reconnaissant sa grande valise en toile rouge et ses sacs de voyage abandonnés à la fraîcheur nocturne. Une brûlure d'humil

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 15

    Sur la petite terrasse pavée du café de Beyoğlu, la fin de l'après-midi étirait de longues ombres dorées. Autour de Zadig et Zélia, les sacs de kraft débordaient de vinyles rétro, de livres anciens et de la fameuse tête de sanglier en cuivre qui trônait fièrement sur la table basse. L'atmosphère, jusque-là rythmée par leurs éclats de voix et la complicité naissante de leur duo improvisé, se figea net lorsque le téléphone de Zélia se mit à vibrer sur le bois brut.À l'écran, un prénom s'afficha : Hermine.Zélia sentit sa gorge se nouer instantanément. Son immense sourire s'évanouit, remplacé par une moue défensive que Zadig ne lui connaissait pas encore. Elle glissa son doigt sur l'écran et porta l'appareil à son oreille, redressant sa posture.— Oui, maman ? dit-elle, sa voix perdant toute sa texture chaleureuse pour devenir un bloc de glace.À l'autre bout du fil, le ton d'Hermine était mielleux, empreint de cette fausse douceur aristocratique qu'elle utilisait pour manipuler son mon

  • L'ÉPOUSE IMPRÉVISIBLE    Chapitre 14

    Le silence qui suivit le départ précipité de Soren pour la holding Kastell laissa une étrange résonance dans le grand salon. Zadig, resté planté près de la fenêtre, observa un instant la silhouette rigide de son frère aîné disparaître à l'arrière de sa berline noire. Un sourire en coin étira ses lèvres. Il se tourna vers Zélia, qui s'était déjà réinstallée confortablement sur le canapé en velours, une mèche de cheveux rebelle tombant sur ses yeux.— Eh bien, belle-sœur... On peut dire que tu sais comment animer les matinées de ce cher Soren, commença Zadig en glissant ses mains dans les poches de son pantalon de créateur.Zélia haussa les épaules, chipant un raisin dans la coupelle en cristal posée sur la table basse.— Ton frère prend la vie beaucoup trop au sérieux, Zadig. Il a besoin qu'on secoue un peu ses certitudes, sinon il va finir par se transformer en statue de marbre.Zadig la considéra avec une lueur d'amusement et de curiosité dans le regard. Au départ, il n'avait vu en e

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status