Mag-log inUne nuit ,son héritier Après avoir découvert, la veille de son mariage, que son fiancé menait une double vie, Lina Valmont quitte précipitamment sa ville natale de Bordeaux pour disparaître quelques jours sur la côte d’Azura, loin de tout ce qu’elle croyait construit. Lors d’une soirée au bord de l’océan, elle rencontre un homme discret et captivant qui refuse de parler de son passé. Entre eux, une connexion immédiate naît, le temps d’une seule nuit. Au matin, Lina part sans laisser son nom. Quelques semaines plus tard, elle apprend qu’elle est enceinte. Déterminée à reconstruire sa vie sans dépendre de personne, elle accepte un poste dans une prestigieuse maison d’édition à Montréal. Son nouveau directeur, Elias Moreau est connu pour son exigence, son sang-froid… et son refus de laisser entrer qui que ce soit dans sa vie. Mais dès leur première rencontre, Lina comprend l’impensable : Elias est l’homme de cette nuit qu’elle pensait ne jamais revoir. Lui ignore encore qu’elle porte un secret capable de bouleverser tout ce qu’il contrôle depuis des années. Entre vérités cachées, choix impossibles et sentiments qui renaissent malgré eux, certains hasards ressemblent dangereusement au destin.
view moreChapitre 1
Lina
La lumière de cette fin d'après-midi caresse les façades bordelaises avec une douceur presque irréelle, et je me surprends à penser que le monde entier s'est mis en beauté pour moi. La robe est suspendue dans son écrin de soie, masse immaculée de tulle et de dentelle qui semble respirer dans la pénombre de ma chambre. Je passe mes doigts sur le corsage finement brodé, les perles minuscules qui dessinent des fleurs sur le bustier, et mon cœur se serre d'une émotion que je crois être du bonheur. Demain, je porterai cette robe. Demain, je marcherai jusqu'à Julien sous les voûtes séculaires de l'église Saint-Seurin, et ma vie basculera dans cette existence parfaite que nous avons construite ensemble depuis trois ans.
Le chat saute sur le lit et s'enroule sur lui-même en m'observant de ses grands yeux dorés, indifférent à l'effervescence silencieuse qui règne dans l'appartement. Je lui gratte machinalement le sommet du crâne tout en révisant mentalement la liste interminable des choses déjà accomplies : les fleurs, les musiciens, le traiteur choisi parmi les meilleurs de la ville, les cadeaux pour les invités emballés dans du papier de soie argenté. Chaque détail a été pensé, poli, caressé pendant des mois avec cette méticulosité que je mets dans tout ce que j'entreprends. Ma mère répète depuis des semaines que je suis une perfectionniste, que je devrais lâcher prise, profiter de ces derniers instants de fiançailles au lieu de courir après des broutilles. Mais je ne sais pas faire autrement. L'ordre me rassure, la beauté me console, et ce mariage est l'aboutissement de tout ce en quoi j'ai toujours cru : l'amour, la fidélité, la construction patiente d'un avenir à deux.
Julien est avocat, brillant, promis au plus bel avenir du barreau bordelais. Quand il m'a demandée en mariage l'année dernière, sur les quais de la Garonne, un soir de juin où la pierre blonde semblait s'embraser sous le soleil couchant, j'ai pleuré sans pouvoir m'arrêter. Il avait glissé la bague à mon doigt avec cette maladresse tendre qui contrastait tant avec son assurance habituelle, et j'avais senti que ma vie prenait enfin son sens. Ma vie. Je la vois désormais toute tracée, lisse et rassurante comme les allées de vignes qui entourent la propriété familiale de ses parents dans le Médoc. Je serai madame Julien Delorme, j'organiserai des dîners dans notre futur appartement haussmannien, je continuerai à travailler aux éditions que j'aime tant, et un jour, peut-être, nous aurons des enfants aux boucles brunes qui courront dans un jardin.
Je traverse l'appartement pieds nus, savourant la fraîcheur du parquet ancien sous ma peau. Les malles sont prêtes, les tenues pour le voyage de noces pliées avec soin dans des housses de lin, les billets d'avion rangés dans la pochette de cuir souple qui ne me quitte plus. Venise, puis les lacs italiens. Julien a tout organisé en secret, refusant de me révéler les détails avant le matin du départ. Ce mystère, cette attention, c'est tellement lui. Il est capable des plus grandes délicatesses quand il le veut, sous ses airs d'homme pressé et important. Il sait me surprendre, me faire rire aux larmes, me prendre dans ses bras au moment précis où je commence à douter de tout. C'est pour cela que je l'aime. Pour cette façon qu'il a de me retenir quand je vacille, d'être le roc sur lequel je peux m'appuyer sans crainte.
Le téléphone sonne, je le saisis machinalement. C'est ma mère, encore elle, qui veut vérifier que je n'ai pas oublié le voile chez la modiste.
_ Ne t'inquiète pas, maman, je passe le chercher ce soir, promis.
Sa voix est pleine d'une fébrilité joyeuse qui me touche et m'agace à la fois. Elle a tant investi dans ce mariage, peut-être plus encore que moi. Depuis que mon père est mort, elle reporte sur moi tous ses espoirs de bonheur, et je me suis laissé porter par cette attente sans jamais la questionner. Être une bonne fille, être une bonne fiancée, bientôt une bonne épouse, tout cela me semble aussi naturel que de respirer l'air doux de ce printemps bordelais.
_ Tu es heureuse, ma chérie ?
Sa question me surprend par sa gravité soudaine. Je marque un temps d'arrêt, le téléphone coincé entre l'oreille et l'épaule, les yeux fixés sur la robe qui luit doucement dans la pénombre.
_ Oui, maman. Je suis heureuse.
Le soir tombe lentement, nappant les toits d'ardoise de reflets mauves et orangés. Je m'accoude à la fenêtre, et je regarde la ville qui s'endort doucement dans la tiédeur du crépuscule. Les martinets tournoient dans le ciel en piaillant, les premières lumières s'allument aux fenêtres des immeubles voisins, et une étrange mélancolie s'empare de moi sans que je puisse vraiment l'expliquer. Peut-être est-ce le trac, cette inquiétude sourde qui précède les grands bouleversements, ou peut-être simplement la fatigue de ces derniers jours de préparatifs. Je chasse cette ombre d'un mouvement d'épaules. Rien ne peut assombrir ce qui m'attend. Rien.
Le chat se frotte contre mes chevilles, et je me baisse pour le prendre contre moi. Sa chaleur minuscule m'apaise, et je reste ainsi de longues minutes, immobile dans la pénombre grandissante, à caresser machinalement son pelage soyeux. Demain, je serai une femme mariée. Demain, tout sera différent, et pourtant exactement comme je l'ai toujours rêvé. Cette pensée aurait dû me remplir d'une joie sans mélange, mais quelque chose, une infime fêlure dans la perfection de ce tableau, m'empêche de sourire pleinement. Je ne sais pas encore que ce pressentiment, ce minuscule grincement dans la mécanique si bien huilée de mon existence, est le premier avertissement d'un monde qui s'apprête à s'effondrer.
La sonnerie de mon téléphone retentit de nouveau, m'arrachant à mes pensées. C'est Julien. Son nom s'affiche en lettres lumineuses sur l'écran, et mon cœur bondit dans ma poitrine avec cette joie familière que je ressens à chaque fois que je l'entends ou que je le vois.
_ Mon amour.
Sa voix est chaude, pressée, pleine de cette énergie qui le caractérise. Je l'imagine dans son appartement, probablement entouré de dossiers, sa cravate dénouée, ses cheveux en bataille comme ils le sont toujours quand il travaille tard.
_ Je voulais juste entendre le son de ta voix avant de me coucher. Tout est prêt ?
_ Tout est prêt. Je n'arrive pas à croire que c'est demain.
_ Moi non plus. Demain soir, tu seras ma femme.
Sa voix s'étrangle légèrement sur ces derniers mots, et je souris dans l'obscurité. Il m'aime. Il m'aime vraiment. Comment pourrais-je douter de quoi que ce soit quand il me parle avec cette douceur qui n'appartient qu'à lui ?
_ Dors bien, Lina. Je t'aime.
_ Je t'aime aussi, Julien. À demain.
Je repose le téléphone et je reste un long moment à regarder les lumières de la ville scintiller dans la nuit maintenant complète. La Garonne serpente au loin, ruban sombre piqué de reflets dorés, et les tours de la cathédrale se découpent sur le ciel d'encre avec une majesté silencieuse. Je ne sais pas que c'est la dernière fois que j'entends sa voix sans entendre le mensonge derrière. Je ne sais pas que dans quelques heures, tout ce que je croyais solide ne sera plus que poussière et souvenirs amers.
Pour l'instant, je suis encore Lina Valmont, jeune femme amoureuse à la veille de son mariage, et le monde entier me semble aussi parfait qu'une robe de dentelle dans son écrin de soie. Cette dernière soirée d'innocence, je la vis sans savoir que c'en est une. Je la savoure dans ma solitude, avec mon chat ronronnant contre moi et la ville de Bordeaux qui s'endort paisiblement de l'autre côté de la vitre, inconsciente elle aussi du tremblement de terre qui s'annonce.
Je finis par me coucher, épuisée mais incapable de trouver le sommeil. La robe de mariée est toujours suspendue dans la chambre d'à côté, et la lumière de la lune dessine des reflets argentés sur ses perles minuscules. Elle est belle, si belle qu'elle semble irréelle dans cette semi-obscurité, comme une promesse trop parfaite pour être tenue. Mon dernier regard avant de fermer les yeux est pour elle. Mon dernier sourire de jeune fille insouciante aussi. Demain, il ne restera plus rien de cette Lina-là.
Je ne le sais pas encore, mais le compte à rebours a déjà commencé. Dans quelques heures, le voile se déchirera, et je verrai le monde tel qu'il est vraiment : un théâtre d'ombres où les plus beaux sourires cachent les plus laides trahisons. Pour l'instant, je m'endors, bercée par mes illusions, et c'est peut-être la dernière nuit de paix que je connaîtrai avant longtemps.
Chapitre 38DianeLa nouvelle m'est parvenue ce matin, alors que je prenais mon petit-déjeuner dans la véranda de mon appartement, face au Mont-Royal recouvert de neige qui scintillait sous les premiers rayons du soleil comme une promesse de pureté que le monde réel ne tiendrait jamais. Mon informateur, un homme discret que je paie une fortune pour surveiller les moindres faits et gestes d'Elias depuis que j'ai senti que quelque chose lui échappait, s'est tenu devant moi, les mains croisées derrière le dos, la voix neutre et le regard baissé, et il m'a tout raconté sans prendre de détours, avec cette précision clinique que j'exige de tous ceux qui travaillent pour moi._ Madame Sterling, nos investigations ont confirmé que Mademoiselle Lina Valmont, la responsable éditoriale des Éditions Moreau, est actuellement enceinte. D'
Chapitre 37LinaJe suis rentrée chez moi dans un état second, les jambes flageolantes, les yeux brûlants de larmes que je ne pouvais plus retenir. Le chat m'a accueillie avec un miaulement plaintif, et je l'ai pris dans mes bras en m'effondrant sur le canapé, incapable de faire autre chose que de pleurer, de pleurer toutes les larmes de mon corps, de pleurer jusqu'à ce que je n'aie plus de forces, jusqu'à ce que je n'aie plus de voix, jusqu'à ce que je n'aie plus rien.Son baiser, ce baiser volé dans le couloir, avait rouvert toutes les blessures que je croyais cicatrisées. Il m'avait embrassée avec la même passion que cette nuit-là, avec la même intensité, avec la même fougue désespérée, et puis il m'avait repoussée, froidement, comme si je n'étais rien, comme si ce baiser n'éta
Chapitre 36EliasLa porte s'est refermée derrière elle, et je suis resté seul dans mon bureau, les poings serrés, le souffle court, le cœur battant à tout rompre. Elle portait mon enfant. Cette femme que je venais d'accuser des pires intentions, que je venais de traiter de menteuse et d'intrigante, portait mon enfant dans son ventre, et au lieu de la prendre dans mes bras, au lieu de la rassurer, au lieu de lui dire que tout irait bien, je l'avais couverte d'insultes et de sarcasmes, je l'avais regardée comme une ennemie, comme une menace, comme une chasseuse de fortune prête à tout pour me dépouiller.Je ne savais plus qui j'étais, je ne savais plus ce que je ressentais, je ne savais plus rien. La colère, la peur, le désir, la frustration, tout se mélangeait dans ma tête en un tourbillon étourdissant qui m'emp&e
Chapitre 35LinaJe suis restée debout devant lui, les mains crispées sur le dossier de la chaise, le cœur battant si fort que je croyais qu'il allait exploser dans ma poitrine. Les mots que je venais de prononcer flottaient encore dans l'air vicié du bureau, et je voyais le visage d'Elias se transformer lentement, passer de la stupeur à l'incrédulité, puis à quelque chose de plus sombre, de plus dangereux, qui me glaçait le sang dans les veines. Il n'a pas parlé tout de suite, il s'est contenté de me regarder, de me dévisager comme si j'étais une créature étrange qu'il découvrait pour la première fois, et ce silence était pire que tous les cris, pire que toutes les accusations, pire que tout ce que j'avais imaginé.Et puis il a éclaté de rire. Un rire sombre, ame
Chapitre 5LinaTrois jours que je suis enfermée dans cette chambre. Trois jours que je regarde la mer sans la voir vraiment, que j'écoute les vagues sans les entendre, que je tourne en rond dans cette suite trop grande comme un animal en cage qui aurait oublié comment on respire l'air libre. Le ch
Chapitre 4LinaLe train s'ébranle dans un chuintement métallique, et je regarde Bordeaux disparaître derrière la vitre avec la sensation étrange de me détacher de ma propre vie. Les premiers rayons du soleil percent la brume matinale qui s'accroche aux toits de la ville endormie, nimbant les façad
Chapitre 3LinaLa pluie commence à tomber au moment précis où la voiture s'arrête devant mon immeuble, comme si le ciel avait attendu cet instant pour se mettre en accord avec mon âme. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur le pare-brise, brouillant la façade familière de cette maison qui était
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