LOGIN« Tu veux me séduire ? Alors sache une chose : je ne tombe jamais amoureuse. » Tout le monde finit par céder à son charme. C'est sa règle, son pouvoir, son jeu. Les femmes tombent, il repart. Sans promesse. Sans remords. Jusqu'au jour où elle ose lui dire non. Elle est brillante, insaisissable et totalement immunisée contre ses sourires ravageurs. Plus elle le repousse, plus il la veut. Plus elle lui échappe, plus elle devient son obsession. Ce qui n'était au départ qu'un simple pari de séduction se transforme en une guerre des cœurs où chaque regard est une provocation, chaque baiser une victoire, et chaque secret une bombe prête à exploser. Dans cette partie, il n'y aura qu'un seul vainqueur. À moins que l'amour ne vienne bouleverser les règles. Après tout qui séduira l'autre en premier ?
View MoreLa clim balançait un air glacé dans la salle de réunion, ce genre de froid agressif qui traverse les vêtements et donne l'impression d'être jugé par un thermostat. Élena serra légèrement les doigts sur son stylo, le seul geste de nervosité qu'elle s'autorisait. Les autres, autour de la grande table ovale en acajou, ne s'en rendraient même pas compte. Ils étaient trop occupés à exister, à parler fort, à remplir l'espace de leurs certitudes de mecs en costard hors de prix.
Ils étaient dix. Dix hommes. Et elle.
Elle aurait dû être habituée. Depuis le temps. Mais chaque fois qu'elle entrait dans une pièce comme celle-ci, elle sentait ce même pincement au creux du ventre. Pas de l'intimidation, non. Plutôt cette lucidité fatigante qui lui rappelait qu'elle devrait travailler deux fois plus, parler deux fois mieux, sourire deux fois moins, pour qu'on la prenne au sérieux.
— Élena, vous nous faites la synthèse ?
La voix de monsieur Lassale, le directeur commercial, claqua comme un ordre déguisé en politesse. Soixante ans, des yeux de faucon et cette façon si particulière de prononcer son prénom en appuyant sur le E, comme s'il mâchait un aliment qu'il n'aimait pas.
Elle releva la tête. Calme. Impassible.
— Bien sûr.
En trois ans, Élena Moreau avait gravi les échelons à la force du poignet. Chef de projet senior chez Morel & Associés, le cabinet de consulting le plus en vue de Lyon, elle gérait des comptes qui faisaient trembler des directeurs financiers. Elle avait des chiffres qui parlaient pour elle, des résultats que personne ne pouvait contester, et une réputation qui la précédait : elle est brillante, mais froide. On disait d'elle qu'elle n'avait pas de cœur, juste un tableur Excel à la place. Elle préférait ça. Un tableur, au moins, ne te promettait pas la lune pour te laisser tomber le lendemain.
— Le projet d'acquisition de Biolys avance conformément au planning, commença-t-elle en projetant un graphique à l'écran. Nous avons identifié trois points de friction avec la partie prenante majoritaire…
Elle parlait avec cette précision chirurgicale qui faisait taire les bavardages. Les chiffres défilaient, les pourcentages claquaient, et dans la pénombre de la salle, elle voyait les regards changer. L'agacement initial laissait place à l'attention. Puis au respect. Toujours le même schéma. Elle devait d'abord prouver qu'elle méritait sa place avant même d'avoir commencé à travailler.
La réunion s'éternisa pendant deux heures. Quand les lumières se rallumèrent, Élena rassembla ses dossiers avec des gestes précis. Elle avait cette élégance naturelle qui ne devait rien aux marques et tout à une forme de droiture intérieure. Aujourd'hui, elle portait un tailleur bleu nuit qui soulignait sa silhouette sans la dévoiler, et ses cheveux bruns étaient attachés en un chignon strict, pas une mèche ne dépassait. Tout chez elle respirait le contrôle.
— Élena, vous vous joignez à nous ce soir ?
C'était Fabien, un consultant de son équipe, le seul qui osait encore lui parler normalement. Sympa, un peu naïf, mais compétent.
— Ce soir ?
— Le gala de la Fondation Mercier. Vous savez, le truc de charité annuel où tout le gratin se tape dans le dos en se donnant bonne conscience.
Elle faillit sourire. Presque.
— Je ne suis pas d'humeur.
— Vous n'êtes jamais d'humeur. Allez, venez. Il paraît qu'il y a un open bar et des petits-fours qui coûtent plus cher que mon loyer.
Elle hésita. Rentrer chez elle signifiait retrouver son appartement silencieux, son canapé trop grand pour une personne, et ce putain de silence qui parfois, les mauvais soirs, se transformait en écho de souvenirs qu'elle préférait garder sous clé. Au moins, dans un gala, il y aurait du bruit. Du monde. Assez de distractions pour ne pas penser.
— D'accord. Mais je ne reste pas longtemps.
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Le domaine de la Fondation Mercier était un écrin de luxe perché sur les hauteurs de la ville. Un manoir du XIXe siècle transformé en palais de réceptions, avec des jardins à la française, des fontaines illuminées et un parking rempli de berlines allemandes qui ronronnaient en se garant. Quand Élena arriva, la nuit était tombée depuis une heure et la façade du bâtiment scintillait de mille ampoules dorées. On se serait cru dans un conte de fées, sauf que les princes charmants avaient tous des montres à cinquante mille euros et des moralités élastiques.
Elle tendit son carton d'invitation à l'entrée. Le vigile la détailla une seconde de trop, puis s'écarta. Elle entra.
La musique l'enveloppa immédiatement. Un orchestre jouait du classique moderne, quelque chose de mélancolique et d'entraînant à la fois. Le hall était immense, peuplé de silhouettes élégantes qui se mouvaient comme dans une chorégraphie étudiée. Les robes de soirée chatoyaient sous les lustres en cristal, les smokings étaient ajustés au millimètre, et l'air sentait le champagne, le parfum de luxe et cette odeur si particulière de l'argent quand il n'a même plus besoin de se cacher.
Elle attrapa une coupe sur le plateau d'un serveur et se dirigea vers un coin plus calme, près des baies vitrées qui donnaient sur les jardins. Elle avait troqué son tailleur contre une robe noire toute simple, mais qui épousait parfaitement ses formes. Pas de bijoux tape-à-l'œil, juste une chaîne en or blanc autour du cou, fine comme un fil. Du maquillage discret. Elle ne cherchait pas à attirer l'attention. Elle voulait juste se fondre dans le décor, observer, et partir dès que la bienséance le permettrait.
C'est à ce moment-là qu'elle le vit.
Ou plutôt, c'est à ce moment-là qu'elle sentit un regard se poser sur elle.
Elle ne saurait pas expliquer pourquoi, mais avant même de tourner la tête, elle sut qu'on l'observait. C'était comme une variation de la température ambiante, un frôlement invisible qui fit courir un frisson le long de sa nuque. Elle releva les yeux.
Il était là.
Le vendredi matin, Élena arriva au café avec une détermination nouvelle.Elle avait passé la nuit à réfléchir. Au carnet. Aux observations. À ce qu'il avait dit la veille. Tu es la femme la plus fascinante que j'aie jamais rencontrée. Page douze. Elle s'était endormie avec cette phrase en tête et s'était réveillée avec une question : jusqu'où allait cette connaissance qu'il prétendait avoir d'elle ?Adrien était déjà là, comme toujours. Son allongé fumant devant lui, son sourire tranquille aux lèvres. Il portait une chemise blanche aujourd'hui, sans cravate, les manches retroussées. Il avait l'air reposé, presque détendu.— Bonjour, Élena.— Bonjour.Elle s'assit, commanda son café serré, et croisa les bras sur la table.— Hier, tu m'as dit que tu me connaissais mieux que je ne le croyais.— Oui.— Prouve-le.— Pardon ?— Prouve-moi que tu me connais. Pas des généralités. Pas des observations faciles. Quelque chose de profond. Quelque chose que personne ne sait.— C'est un test ?— C'
Elle resta silencieuse. Les mots d'Adrien résonnaient en elle avec une précision chirurgicale. Il avait mis le doigt exactement là où ça faisait mal. Exactement là où elle ne voulait pas être touchée.— Tu sais quoi ? dit-elle finalement.— Quoi ?— Tu es le premier homme qui me connaît aussi bien.— Vraiment ?— Vraiment. Mes ex ne savaient rien de moi. Ils ne posaient pas de questions. Ils ne remarquaient rien. Toi, tu remarques tout.— Parce que je tiens à toi.— Ou parce que tu veux gagner le pari.— Les deux. L'un n'empêche pas l'autre.— Et qu'est-ce que tu as noté d'autre dans ton carnet ?Il sourit. Un sourire mystérieux, presque malicieux.— Des choses que je ne te dirai pas.— Pourquoi ?— Parce que certaines observations doivent rester secrètes. C'est ce qui fait leur valeur.— Tu es impossible.— C'est ce qu'on me dit.— Tu me montreras ce carnet un jour ?— Peut-être. Quand tu auras gagné le pari.— Quand j'aurai gagné ?— Oui. Si tu ne tombes pas amoureuse de moi, je te
Le jeudi matin, Élena arriva au Café des Augustins avec une question qui lui brûlait les lèvres.Elle avait mal dormi. Le livre était resté sur sa table de nuit, la dédicace dansait encore sous ses paupières à chaque fois qu'elle fermait les yeux. Et ce carnet. Ce mystérieux carnet dont il avait parlé dans ses messages. Rempli d'elle. De ses mots, de ses gestes, de ses sourires.Elle voulait en savoir plus.Adrien était déjà là, à sa place habituelle, son allongé fumant devant lui. Il portait un pull gris à col roulé et cette veste en cuir qu'elle commençait à connaître par cœur. En la voyant entrer, il sourit.— Bonjour, Élena.— Bonjour.Elle s'assit en face de lui, commanda son café serré à Marco, et croisa les bras sur la table.— Il faut qu'on parle, dit-elle.— De quoi ?— Du carnet.— Ah. Le carnet.— Oui. Le carnet. Celui dont tu m'as parlé hier soir. Celui qui est rempli de moi.— Je t'ai dit que je ne te le montrerais pas.— Je ne veux pas le voir. Je veux savoir ce qu'il y
Le livre resta dans le sac d'Élena toute la journée.Elle le sentait contre sa hanche à chaque pas, poids léger mais présence immense. En réunion, elle posait la main dessus sans y penser, comme on touche un talisman. Personne ne le voyait. Personne ne savait. Mais elle, elle savait. Et cette pensée ne la quittait pas.Le soir, elle rentra chez elle, se servit un verre de vin, et s'assit sur son canapé. Le livre était posé sur la table basse, devant elle. La couverture en cuir vert, les lettres dorées, la dédicace à l'encre noire.Parce que les fleurs, même celles du mal, méritent qu'on les regarde pousser.Elle l'ouvrit délicatement. Les pages sentaient le vieux papier, la poussière et le temps. Une odeur d'enfance, de bibliothèque poussiéreuse, de secrets oubliés. Elle tourna les pages une à une, découvrant les vers qu'elle connaissait par cœur, ceux qu'elle avait lus cent fois dans une édition de poche écornée.« J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. »Il s'en était souv












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