LOGINLéandre, artiste fougueux, s’éprend du Dr Raphaël Delcourt, chirurgien glacial et rationnel. Malgré ses tentatives, il essuie mépris et froideur. Après le succès de l’opération de sa grand-mère, Léandre part, brisé. Raphaël, dévasté par son absence, comprend que sa dureté masquait la peur d’être consumé par son désir. Il abandonne tout pour le reconquérir, prêt à se brûler à sa flamme.
View MoreRaphaëlJe suis un lâche. Un lâche qui fuit dans les couloirs de son propre hôpital, la bouche encore incendiée par le baiser de Léandre. Le pinceau en ébène est serré dans ma main comme une relique brûlante. Mes jambes me portent jusqu'à mon bureau, où je m'enferme à double tour. Je m'adosse à la porte, haletant. Mes lèvres palpitent. Mon corps entier est une zone sinistrée. Je l'ai embrassé. Mon Dieu, je l'ai embrassé. Une seconde, certes. Mais cette seconde a pulvérisé quinze ans de blindage. J'ai répondu à son baiser comme un homme qui crève de soif se jette sur une source. Et puis la terreur m'a submergé, la vieille terreur, le spectre de Matthias, la peur viscérale d'être à nouveau manipulé, consommé, jeté. J'ai fui. Comme un enfant.Je me reprends. Ma respiration se calme. Mon esprit chirurgical reprend le contrôle, sectionne l'hémorragie émotionnelle, suture la plaie. Je pose le pinceau sur le bureau, avec un respect sacré, comme on dépose une off
Quelques heures plus tard, je suis encore à l'hôpital. Manon va mieux, elle se repose. Moi, je ne peux pas partir. Je rôde dans les couloirs comme une âme en peine, habité par la caresse de sa paume, par la vibration de son pouls sous mes doigts. La sensation est si prégnante que j'en ai des vertiges. Je cherche un café, un coin sombre, un peu de solitude pour savourer ma victoire.Je m'engage dans un couloir latéral, mal éclairé, qui mène à une zone de stockage temporaire. Des chariots de linge sale, des piles de draps, une odeur de lessive et de renfermé. Et soudain, je le vois.Raphaël est là, adossé au mur, à moitié caché par un chariot de produits ménagers. Il a sa blouse froissée, sa cravate de travers. Il tient le pinceau dans sa main droite, et il le regarde fixement, comme hypnotisé. Il ne m'a pas vu arriver. Il est perdu dans sa contemplation, vulnérable, loin du monde. Un prédateur tapi, mais un prédateur blessé, qui lèche ses plaies.
LéandreL'atelier sent la térébenthine, la cire d'abeille et la poussière. La grande baie vitrée est ouverte sur la nuit, laissant entrer l'air froid et le bruit lointain de la ville. Je suis au milieu de la pièce, cerné par mes toiles, mes fantômes. L'Homme de Marbre a été décroché du hall ce matin, renvoyé chez moi comme un colis encombrant. Il est là, posé contre le mur du fond, recouvert d'un drap blanc. Mais je ne le regarde pas. Je tiens dans mes mains un objet infiniment plus précieux.Un pinceau.Un pinceau ancien, hérité de mon grand-père maternel, le seul peintre de la famille avant moi. Un pinceau en martre Kolinsky, à la hampe en bois d'ébène poli par des décennies d'usage, à la virole en argent ciselé. La pointe est encore parfaite, fine comme une aiguille, capable de tracer le trait le plus délicat, le détail le plus infime. Mon grand-père l'appelait « l'Âme du Geste ». Il disait que ce pinceau ne peignait pas la surface, mais la vé
JulesLe distributeur de café crépite dans le silence du couloir désert. Il est trois heures du matin. L'heure des fantômes et des mauvaises intentions. Je tiens le gobelet brûlant entre mes doigts, sans boire. La vapeur monte vers mon visage, mais je ne sens rien. Je ne sens plus que cette bile froide qui me ronge le ventre depuis que j'ai vu cette étreinte. Depuis que j'ai vu les mains de Delcourt sur Léandre.Léandre. Mon Léandre. Mon ami d'enfance, mon frère, mon amour secret et impossible. Je l'aime depuis le jour où il m'a défendu dans la cour de récréation, avec ses poings serrés et son écharpe démesurée qui volait au vent. Depuis, je suis son ombre. Son roc. Celui qui le console de ses amours ratées, qui l'écoute parler de ses passions incandescentes, qui le regarde se consumer pour des hommes qui ne le méritent jamais. Et cette fois, c'est pire que tout. Cette fois, ce n'est pas un artiste bohème ou un musicien égocentrique. C'est un monstre. Un






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