Le mari que j'ai engagé

Le mari que j'ai engagé

last updateLast Updated : 2026-07-04
By:  Histoire Updated just now
Language: French
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Le mari que j’ai engagé Quand Alya Monteiro hérite du petit restaurant de sa grand-mère, elle découvre une condition absurde : pour garder l’entreprise, elle doit être mariée avant ses 26 ans. Sans petit ami et sans temps, elle engage un inconnu pour jouer son mari pendant six mois. Le contrat est simple : aucune émotion, aucune question. Jusqu’au jour où Alya découvre que son faux mari n’est pas un homme ordinaire… mais l’investisseur qui possède déjà la moitié des commerces de la ville. Et lui n’a jamais signé ce contrat pour l’argent.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1

Alya

Le papier est jauni sur les bords, plié en trois, usé aux pliures comme si quelqu'un l'avait manipulé mille fois avant moi. L'écriture de ma grand-mère est penchée, élégante, reconnaissable entre toutes. Cette écriture qui écrivait « je t'aime » sur des post-it collés au frigo, qui notait ses recettes dans des carnets à spirale, qui signait ses cartes d'anniversaire avec des cœurs maladroits. Aujourd'hui, cette même écriture est en train de détruire ma vie.

Je relis la clause pour la sixième fois, debout dans le bureau du notaire, les jambes flageolantes, la respiration courte. Les mots ne changent pas. Ils restent là, noirs sur blanc, implacables.

« Le restaurant Le Cœur de Bahia ainsi que l'ensemble des biens mobiliers et immobiliers associés seront transférés à la bénéficiaire désignée, Alya Monteiro, à la condition expresse que celle-ci soit mariée avant son vingt-sixième anniversaire. À défaut, lesdits biens seront vendus et les bénéfices reversés à des œuvres caritatives. »

Mariée. Avant vingt-six ans.

Je viens d'en avoir vingt-cinq il y a trois mois. Il me reste un peu moins de six mois pour trouver un mari. Six mois pour sauver le seul endroit au monde où je me suis sentie protégée, aimée, entière.

— Vous comprenez la situation, mademoiselle Monteiro.

Ce n'est pas une question. Maître Delambre me regarde par-dessus ses lunettes en demi-lune, ses doigts boudinés croisés sur le bureau d'acajou. C'est un homme gras et gris, engoncé dans un costume trop étroit, avec des pellicules sur les épaules et une cravate tachée. Il me regarde comme on regarde un dossier à expédier avant le déjeuner.

— Votre grand-mère était une femme remarquablement déterminée. Elle a insisté sur cette condition avec une véhémence que j'ai rarement rencontrée en quarante ans de carrière. Elle m'a fait reformuler le texte trois fois pour être certaine qu'il n'y ait aucune échappatoire.

Je ferme les yeux. Bien sûr qu'elle a fait reformuler le texte trois fois. Helena Monteiro ne laissait rien au hasard. Elle a survécu à un mari violent, à un fils indigne, à la faillite, au veuvage, et elle a bâti son restaurant brique par brique avec ses mains nues. Alors oui, elle a reformulé le texte trois fois. C'était dans sa nature.

Mais cette clause n'était pas dans sa nature. Pas envers moi.

— Elle n'était pas sénile, je dis, et ma voix sonne plus dure que prévu.

— Elle ne l'était absolument pas. Elle m'a parlé de vous longuement. Avec beaucoup d'affection. Et beaucoup d'inquiétude. Elle estimait que vous vous consacriez trop au restaurant. Que vous vous cachiez derrière votre travail. Ses mots exacts étaient : « Ma petite-fille va finir seule si personne ne la force à ouvrir les yeux. »

La phrase me frappe en pleine poitrine. Ma grand-mère a dit ça. Elle a dit ça à cet étranger bedonnant plutôt qu'à moi. Elle a organisé ce chantage sentimental, cette clause absurde, ce piège doré, sans jamais m'en parler directement.

Je prends le document qu'il me tend. Mes doigts tremblent. Je lis chaque ligne, chaque alinéa, chaque terme juridique. C'est blindé. Verrouillé. Inattaquable.

Je sors de l'étude notariale les tempes bourdonnantes, le testament dans mon sac à main, une bombe à retardement contre ma hanche. La rue est grise, le ciel de mars est bas, lourd de nuages qui ne crèvent pas. Les voitures passent dans un bruit mouillé, les passants se pressent sur les trottoirs. Le monde continue de tourner alors que le mien vient de s'arrêter.

Je marche sans savoir où je vais. Mes bottines claquent sur le pavé humide, mon trench-coat claque au vent, mes cheveux s'échappent de mon chignon. Je marche et je pense à ma grand-mère, à son sourire malicieux sur son lit d'hôpital, à ses dernières paroles avant que les machines ne prennent le relais.

« Tu es forte, ma colombe. Plus forte que tu ne crois. Mais la force ne suffit pas. Il faut aussi un cœur qui bat pour quelqu'un d'autre. »

Je croyais qu'elle parlait de cuisine. De passion. De transmission. Je croyais qu'elle me léguait sa sagesse, pas une prison.

J'arrive devant le restaurant sans l'avoir décidé. Mes pieds m'ont portée là par habitude, par instinct, comme un animal blessé qui retourne à son terrier. Le Cœur de Bahia. La façade est modeste mais coquette, rose pâle avec des volets bleu marine, une glycine centenaire qui grimpe le long de la pierre. Aujourd'hui, c'est mon jour de fermeture. Les lumières sont éteintes, la salle est vide, les cuisines sont froides.

Je pousse la porte. Le carillon tinte au-dessus de ma tête, un son grêle et familier qui me serre la gorge. L'odeur du restaurant m'enveloppe immédiatement, un mélange de café torréfié, de cannelle, de pain d'hier, de bois ciré. L'odeur de mon enfance. L'odeur de ma grand-mère.

Je m'assois à la table du fond, celle que ma grand-mère appelait « la table des confidences ». C'est une petite table ronde, coincée sous la verrière, avec deux chaises en bois patiné. C'est là qu'elle s'installait après le service, un thé à la menthe fumant entre les mains, le visage tourné vers les étoiles. C'est là qu'elle m'a appris à éplucher les légumes, à désosser un poisson, à réduire une sauce. C'est là qu'elle me racontait ses histoires, ses voyages, ses amours, ses regrets.

Je pose le testament sur la table et je le fixe. La lumière grise du dehors tombe sur le papier.

— Qu'est-ce que je fais, grand-mère ? je murmure dans le vide.

Le silence me répond. La poussière danse dans les rais de lumière. Le réfrigérateur ronronne doucement.

Je n'ai pas de petit ami. Pas d'amant. Pas même un flirt en cours. Ma dernière relation sérieuse remonte à Gabriel, et Gabriel est la raison pour laquelle je ne veux plus jamais dépendre d'un homme. Gabriel est beau, grand, élégant, charismatique, et Gabriel est un poison lent. Il m'a rabaissée, isolée, humiliée pendant trois ans, puis il m'a quittée quand j'ai cessé d'être docile. Et aujourd'hui, il rode encore. Il apparaît sans prévenir, il envoie des fleurs que je jette, des messages que je supprime. Il attend que je m'effondre pour me récupérer.

Je pose mon front sur mes mains jointes. Les larmes montent, brûlantes, salées. Je les ravale. Pleurer ne sert à rien. Pleurer ne changera pas le testament. Pleurer ne fera pas revenir ma grand-mère.

Je n'ai personne à épouser. Mon téléphone contient des numéros de fournisseurs, de clients, de quelques amis. Camille, bien sûr. Mais à part elle, personne. Aucun homme. Aucun fiancé potentiel. Ma vie amoureuse est un désert aride depuis que j'ai quitté Gabriel, et je n'ai pas le temps de faire pousser quoi que ce soit en six mois.

Six mois. Cent quatre-vingts jours pour trouver un mari.

Je me lève lentement, les jambes engourdies, les épaules lourdes. Je remets les chaises en place, j'essuie le comptoir déjà propre, je vérifie les stocks déjà vérifiés. Des gestes mécaniques, inutiles, juste pour m'occuper les mains.

Je ferme la porte à clé derrière moi. La rue est déserte, le brouillard monte du fleuve tout proche, les réverbères diffusent une lumière orangée. Je remonte le col de mon trench-coat et je marche vers mon studio. La lune est un croissant pâle accroché aux toits. Je lève les yeux vers elle, comme je le faisais enfant quand ma grand-mère me disait que les étoiles étaient les âmes des gens qu'on aime.

— Pourquoi, grand-mère ? je murmure. Pourquoi cette clause ?

Le vent emporte mes mots. La nuit reste muette.

Je rentre chez moi, je me déshabille dans le noir, je me glisse sous les draps froids. Je ferme les yeux. Le sommeil ne vient pas. Je fixe le plafond, je fixe l'ombre des meubles, je fixe le vide.

Je ne sais pas encore que demain, tout va changer. Je ne sais pas encore que le prénom Rafael va bientôt entrer dans ma vie.

Tout ce que je sais, c'est que j'ai peur. Et que je n'ai personne.

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