Mag-log inElle croyait épouser un héros. Elle a épousé un mensonge. Rebecca Moreau a vingt-six ans, un métier qu’elle aime, une meilleure amie qui veille sur elle, et une faille secrète : elle ne sait pas qu’elle attire les prédateurs. Quand elle croise le regard du Commandant Lémek lors d’une soirée de gala, elle ignore que sa vie vient de basculer. Lémek est beau. Lémek est décoré. Lémek est militaire, toujours en mission, toujours entre deux avions, toujours dangereusement absent. Il parle peu. Il écoute beaucoup. Il la touche comme personne ne l’a jamais touchée. Et après l’amour, il lui murmure des mots qui deviennent une drogue : « Tu es si douce... si sucrée. Pas comme les autres. » Rebecca tombe. Vite. Fort. Totalement. Le mariage a lieu dans l’intimité, pour sa sécurité à lui. La lune de miel est un paradis de sable blanc et de nuits sans sommeil. Rebecca est heureuse. Rebecca est mariée. Rebecca est aveugle. Car Lémek n’est pas militaire. Lémek n’est pas célibataire. Lémek a une femme, Solange, et deux enfants qui l’attendent dans un pavillon à vingt kilomètres de là. Et Lémek n’en est pas à son premier mensonge : sous un autre nom, il a déjà brisé des femmes, ruiné des vies, effacé des identités. Il collectionne les proies comme on collectionne les trophées. Et à chacune, il offre la même phrase, le même sucre, le même poison. Quand Rebecca découvre la vérité, le monde s’effondre. Mais elle ne s’effondre pas. Avec Chloé, son amie journaliste qui n’a jamais cru à l’uniforme, avec Solange, l’épouse bafouée qui a tout gardé dans l’ombre depuis des années, avec Élodie, une ancienne victime qui a tout perdu, Rebecca décide de contre-attaquer. Elle ne…
view moreLa salle des fêtes de l’hôtel Meurice ressemblait à une ruche dorée. Partout, des abeilles en robe de soirée et en costume trois-pièces bourdonnaient autour des tables nappées de blanc, des pièces montées de macarons, des compositions florales hautes comme des enfants. Rebecca Moreau, debout près de l’entrée des cuisines, sa tablette à la main, supervisait le ballet des serveurs avec une concentration de chef d’état-major. Vingt-six ans, un poste de responsable événementiel dans l’une des agences les plus cotées de Paris, et ce soir-là, le poids de la soirée reposait entièrement sur ses épaules. La marque de joaillerie qui l’avait engagée avait dépensé des centaines de milliers d’euros pour ce lancement. Tout devait être parfait. Absolument tout.
Elle avait vérifié le placement des invités trois fois. Elle avait chronométré le discours du PDG. Elle avait goûté chaque bouchée du cocktail, recalé deux serveurs qui ne souriaient pas assez, fait remplacer une nappe qui présentait un pli suspect. Son équipe la craignait un peu, mais la respectait beaucoup. Rebecca Moreau ne plaisantait pas avec le travail. Elle ne plaisantait pas avec grand-chose, d’ailleurs. Sa mère disait d’elle qu’elle était née sérieuse, ce qui n’était pas tout à fait faux. Son père, lui, n’avait jamais rien dit. Il était parti quand elle avait douze ans, sans explication, sans lettre, sans adieu. Il était sorti acheter du pain, avait plaisanté sa mère, mais il n’était jamais revenu. Rebecca avait grandi d’un coup, cette année-là. Elle avait compris que l’amour était une denrée périssable, et que la seule chose sur laquelle on pouvait compter, c’était le travail. Elle traversa la salle pour vérifier le niveau des bouteilles au bar principal. C’est en passant près des grandes fenêtres qui donnaient sur la rue de Rivoli qu’elle le sentit. Un regard. Pas un regard vague, pas un coup d’œil distrait. Un regard posé, insistant, presque physique. Comme une main qu’on aurait appuyée entre ses omoplates. Elle s’arrêta au milieu de la salle, et tourna lentement la tête. Il était accoudé au bar, de l’autre côté de la pièce. Un homme en uniforme militaire. Veste bleu nuit, épaulettes dorées, décorations discrètes sur la poitrine. La cinquantaine peut-être, mais il faisait plus jeune, ou plus vieux, elle n’aurait pas su dire. Il avait ce genre de visage qui ne trahit rien, des traits taillés à la serpe, une mâchoire carrée, des yeux sombres enfoncés sous des sourcils épais. Ses cheveux, poivre et sel, étaient coupés court, presque ras. Il ne souriait pas. Il ne la dévorait pas des yeux comme le faisaient certains hommes. Il la regardait calmement, posément, avec une intensité dénuée d’agressivité. C’était pire. C’était déstabilisant. Rebecca soutint son regard. Elle n’était pas du genre à détourner les yeux. Elle avait appris très tôt à faire face, à ne jamais montrer qu’elle était intimidée, même quand elle l’était. Elle resta donc là, debout au milieu de la salle, sa tablette contre la poitrine, les yeux plantés dans ceux de l’inconnu. Il sourit. Enfin, pas vraiment un sourire. Le coin de ses lèvres remonta très légèrement, d’un millimètre peut-être, mais ce fut suffisant. Ce n’était pas un sourire de séduction. C’était un sourire de reconnaissance, comme s’il la saluait de loin, comme s’ils se connaissaient déjà, comme s’il savait quelque chose qu’elle ignorait encore. Elle détourna les yeux la première.Ses mains remontèrent le long de ses mollets, s’attardèrent sur ses genoux, glissèrent sur ses cuisses. Elles s’arrêtaient parfois, repartaient, changeaient de direction sans logique apparente, juste pour la surprendre, pour l’empêcher d’anticiper. Elle ne savait jamais où il allait la toucher ensuite. Elle ne savait jamais si ce serait sa main, sa bouche, ou simplement son souffle. Et cette incertitude était délicieuse.Quand ses lèvres se posèrent sur son ventre, elle gémit. Un son rauque, incontrôlé, qui monta du plus profond d’elle sans qu’elle puisse le retenir. Il sourit contre sa peau, elle le sentit, et continua son chemin. Sa bouche remonta vers ses seins, s’attarda sur chaque mamelon avec une lenteur exaspérante, alternant succion et morsure légère, juste assez pour faire monter la tension sans jamais la libérer.— Tu veux que j’arrête ? murmura-t-il.— Non. Continue.— Tu veux que j’aille plus vite ?— Non. Comme ça. Continue comme ça.Il continua. Sa bouche et ses mains de
— Maintenant, dit-il, tu vas rester là. Sans bouger. Sans parler. Sans essayer de deviner ce que je vais faire. Tu vas juste sentir.— Et si je devine quand même ?— Tu ne devineras pas. C’est impossible. Tu ne sais pas ce que j’ai prévu.Elle entendit ses pas faire le tour du lit, s’arrêter derrière elle, repartir, revenir. Il se déplaçait sans bruit, comme toujours, et elle ne pouvait pas suivre sa trajectoire. Elle ne pouvait que tendre l’oreille, essayer de capter un indice, un froissement de vêtement, un souffle plus proche, une présence qui se rapprochait.Ses mains se posèrent sur ses épaules.Elle sursauta. Elle ne l’avait pas entendu approcher. Il était là, juste derrière elle, et ses doigts commencèrent à masser doucement ses trapèzes, à pétrir la chair tendue par des journées de travail et des nuits d’insomnie. Elle laissa échapper un soupir, laissa tomber sa tête en avant, et s’abandonna à la sensation.— Voilà, murmura-t-il. Détends-toi. Laisse-toi aller. Ce soir, tu n’as
Il était revenu.Trois jours après le matin vide, trois jours après le mot plié en deux sur la table de chevet, trois jours après avoir porté son collier de marques sous un col roulé en travaillant comme si de rien n’était, il était de nouveau là, debout sur le seuil de son appartement, une bouteille de vin à la main et ce sourire mince qui la faisait fondre à chaque fois.— Tu ne m’attendais plus, dit-il.— Je t’attends toujours.— Je sais. C’est pour ça que je reviens.Il entra, posa la bouteille sur la table de la cuisine, et la prit dans ses bras sans préambule. Il l’embrassa longuement, tendrement cette fois, sans l’urgence animale du retour précédent. C’était un baiser de retrouvailles paisibles, comme s’ils étaient un vieux couple qui se retrouvait après une journée de travail, et non deux amants qui ne s’étaient pas vus depuis soixante-douze heures et qui brûlaient de se toucher.— La mission était courte, dit-elle en se détachant de lui.— Très courte. Juste un aller-retour.
Il posa de nouveau ses lèvres sur sa peau, et continua son inventaire. Chaque marque reçut un baiser, une parole, une caresse. Il remonta le long de son dos, suivit la courbe de son cou, s’arrêta sur une trace plus foncée, juste sous l’oreille, là où la peau est la plus tendre.— Celle-ci, dit-il, c’est ma préférée. C’est la première que je t’ai faite. Quand je suis entré en toi et que tu as gémi. Tu ne sais pas à quel point j’aime ce son. Ce gémissement que tu fais quand je te prends.Il l’embrassa longuement à cet endroit, et elle sentit la chaleur de ses lèvres se répandre dans tout son corps. Elle ferma les yeux, se laissa aller contre lui, s’abandonna à cette sensation d’être adorée et possédée en même temps.Puis il releva la tête, et dans le miroir, il la regarda avec une expression étrange, presque grave.— Tu es sucrée, dit-il. Même quand tu brûles. Même quand tu cries. Même quand tu portes mes marques sur ta peau. Tu restes sucrée. C’est ça qui me rend fou.— Sucrée comment












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