LOGINQuand le roi Cassian le Conquérant écrase la rébellion menée par mon frère, je suis la seule prisonnière qu'il épargne. Mais sa clémence est un poison. Au lieu de l'échafaud, il m'impose un châtiment plus raffiné : je serai son Ombre. Enchaînée à lui par un serment de sang, condamnée à le suivre partout, du trône à la salle de guerre, de la chambre du Conseil... jusqu'à ses appartements privés. Je dois tout voir, tout entendre, tout subir sans jamais prononcer un mot. Je suis le témoin muet de sa cruauté, mais aussi de secrets que personne n'aurait dû découvrir. De ses nuits agitées où il murmure des noms oubliés. De son corps nu dans le bain, de ses cicatrices de guerre que personne n'a jamais vues, de ses mains tachées du sang de mes frères. Et quand son propre frère banni, le prince Kael, revient réclamer justice, je deviens l'enjeu d'une guerre entre deux hommes que tout oppose. Deux frères ennemis. Deux désirs contradictoires qui m'embrasent tour à tour. Une captive qui n'a plus que son silence comme arme, et son corps comme champ de bataille.
View MoreL’après-midi, je suis convoquée dans la grande salle avec le reste de la cour. On m’a attribué une place précise , non plus à l’écart comme un trophée gênant, mais sur une estrade latérale, parmi les dignitaires de second rang. Une promotion ambiguë qui me permet de tout voir sans être vue. Cassian trône au centre, évidemment, silhouette noire et or sur le basalte, visage illisible sous sa couronne. Il n’a pas croisé mon regard une seule fois.Les trompettes sonnent. Les portes s’ouvrent.Et le prince Kael entre.Je le vois avant qu’il ne voie quiconque. Je vois la démarche, d’abord , une foulée souple, presque dansante, qui contraste avec la raideur martiale des soldats de Cassian. Je vois la silhouette, grande et élancée, vêtue de bleu profond et non de noir, brodée d’argent et non d’or. Je vois les cheveux, châtain clair semé de fils plus pâles, coupés à la nuque mais assez longs pour onduler légèrement. Et quand il s’arrête au milieu de la sa
Il s’écarte légèrement, juste assez pour que je voie son visage. La colère est toujours là, mais elle s’est mêlée à autre chose. Quelque chose de plus brut, de plus désespéré. Il me regarde comme on regarde une porte qu’on voudrait ouvrir et refermer en même temps.— Parce que tu es la seule, dit-il.Et il m’embrasse.Ce n’est pas un baiser tendre. Ce n’est pas un baiser d’amour. C’est un baiser brutal, désespéré, un baiser d’homme qui a oublié depuis longtemps ce que signifie la douceur. Ses lèvres écrasent les miennes avec une violence qui me coupe le souffle, sa main s’enfouit dans mes cheveux et tire ma tête en arrière, sa bouche cherche la mienne comme on cherche une bouée dans la tempête. C’est un baiser qui a le goût du sel — des larmes, les siennes ou les miennes, je ne sais pas. C’est un baiser qui demande, qui supplie, qui exige tout à la fois.Et je le repousse.Mes mains s’arc-boutent contre son torse, mes bras se te
Elle est restée figée dans un passé lointain. Un petit lit à baldaquin aux rideaux décolorés par le soleil qui ne pénètre plus. Des étagères couvertes de soldats de plomb rangés en ordre de bataille, leurs uniformes rongés par la rouille. Un cheval à bascule dont la peinture s’écaille, la crinière de crin dévorée par les mites. Des livres ouverts sur un pupitre, des pages jaunies où l’on distingue encore les lettres maladroites d’une écriture enfantine.Je m’avance dans un état second, portée par une émotion que je ne sais pas nommer. Mes doigts frôlent les jouets, les livres, un petit manteau de velours bleu accroché au mur — si petit qu’il a dû appartenir à un enfant de quatre ou cinq ans. L’étoffe est élimée aux coudes, tachée d’encre à l’ourlet.Cette chambre a été aimée, puis abandonnée. Elle n’a pas été vidée, nettoyée, transformée en pièce anonyme comme l’aurait fait un propriétaire pragmatique. Elle a été scellée comme un tombeau, conservée comme
Il revient vers moi, s’arrête à ma hauteur. Sa main se lève, et je me raidis, prête au pire. Mais ses doigts effleurent ma joue avec une douceur qui contredit toute la violence de cette journée. Sa paume est chaude, calleuse, étonnamment tendre contre ma peau. Il caresse ma pommette du pouce, lentement, comme on caresse le pelage d’un animal qu’on s’apprête à abattre.— Toi aussi, tu me trahiras un jour, murmure-t-il. C’est dans ta nature. C’est dans la nature de tous ceux qui croisent mon chemin. Mais pas encore. Pas tout de suite.Ses doigts glissent le long de ma mâchoire, s’arrêtent sous mon menton, relèvent légèrement mon visage.— Tu m’as appelé monstre. Tu as raison. Mais les monstres aussi peuvent être blessés. Les monstres aussi ont des failles. Simplement, ils les cachent mieux que les autres.Il retire sa main. La chaleur de son contact persiste sur ma peau comme une brûlure légère. Il se détourne, fait un signe aux gardes.












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