LOGINElle avait ouvert la première porte de l’armoire, mais il y avait d’autres cartons, d’autres boîtes, d’autres secrets qu’elle n’avait pas encore explorés. Elle voulait tout savoir. Tout comprendre. Même si la vérité devait la détruire.Elle s’agenouilla de nouveau devant l’armoire, attrapa le carton qu’elle avait à peine effleuré tout à l’heure. Il était plus lourd que les autres, plus dense. Elle le posa sur le bureau, souleva le couvercle, et ce qu’elle vit lui coupa le souffle.Des photos.Des dizaines de photos, entassées pêle-mêle, comme si quelqu’un les avait jetées là sans ordre, sans soin. Des photos de Lémek – de Marc, de Lémek, peu importait son nom. Pas en uniforme, non. En civil. En jean et en polo, en costume de ville, en tenue de plage. Des photos où il souriait, où il riait, où il semblait heureux. Et à côté de lui, presque toujours, il y avait une femme.La même femme.Blonde. Longs cheveux blonds, qui tombaient en cascade sur ses épaules. Des yeux clairs, un sourire d
Et puis elle trouva le dossier d’identité.Il était glissé dans une enveloppe en papier kraft, au fond d’un carton marqué "Administratif". À l’intérieur, plusieurs documents. Une carte d’identité au nom de Marc Lémery. La photo était bien celle de son mari, le même visage, les mêmes yeux sombres, la même mâchoire carrée. Mais le prénom était différent. Marc. Pas Lémek. Et la profession aussi. "Commercial."Pas militaire. Commercial.Un extrait d’acte de naissance confirmait l’identité : Marc Lémery, né le 14 mars 1968 à Metz. À côté, une deuxième carte d’identité, celle qu’il utilisait sans doute pour ses missions – ou pour ses mensonges. Une carte au nom de Lémek Lémery, sans mention de profession. Un faux, probablement. Et puis une troisième carte, plus ancienne, barrée d’un trait rouge : Lémek Durand. Une identité abandonnée, ou un autre faux.Rebecca regarda les documents, les tourna entre ses doigts, les relut dix fois, vingt fois. Marc Lémery. Lémek Lémery. Lémek Durand. Commerc
Elle commença par le bureau. Elle ouvrit les tiroirs un par un, avec des gestes prudents, presque respectueux. Des dossiers, des factures, des papiers administratifs. Rien de suspect. Rien de personnel. La bibliothèque était remplie de livres militaires, d’ouvrages de stratégie, de biographies de généraux. Rien qui puisse trahir un secret.Elle allait refermer la porte et abandonner ses recherches quand son regard tomba sur l’armoire.C’était une armoire ancienne, en bois sombre, placée dans un coin de la pièce, derrière le fauteuil. Elle était massive, imposante, avec des portes sculptées et des ferrures en laiton. Rebecca ne l’avait jamais vraiment remarquée. Elle faisait partie du décor, comme la bibliothèque ou le tapis. Mais ce jour-là, quelque chose attira son attention.Un cadenas.L’armoire était fermée par un petit cadenas en laiton, discret mais solide. Rebecca s’agenouilla devant, examina la serrure. Pourquoi fermer une armoire à clé dans son propre bureau ? Qu’est-ce qu’il
Elle ferma les yeux, serra le téléphone contre son oreille. Elle voulait le croire. Elle avait besoin de le croire. Mais l’image du cheveu blond brillait dans sa mémoire, comme une petite flamme qui refusait de s’éteindre.— Oui, dit-elle enfin. Je te crois.— Bien. Maintenant, repose-toi. Je serai bientôt là. Quelques jours. Peut-être moins. Je t’appellerai.— D’accord.— Je t’aime, Rebecca.— Moi aussi.Elle raccrocha, posa le téléphone sur la table, et resta assise dans le noir, le regard fixé sur le tiroir où dormait l’enveloppe. Le cheveu blond, enfermé dans le noir, continuait de briller dans sa mémoire.Ce soir-là, elle ne dormit pas dans le lit conjugal. Elle dormit sur le canapé du salon, enroulée dans une couverture, le visage tourné vers la fenêtre. Et quand le sommeil vint enfin, il était peuplé de femmes blondes aux cheveux longs, qui dansaient autour d’elle en riant, en agitant leurs crinières soyeuses, en murmurant des mots qu’elle ne comprenait pas.Le lendemain matin,
Elle respira profondément, essaya de calmer les battements de son cœur, de mettre de l’ordre dans ses pensées. Il y avait une explication rationnelle. Il y en avait toujours une. Ce cheveu pouvait appartenir à n’importe qui. Une collègue de travail, une femme croisée dans le métro, une amie de longue date. Il pouvait s’être déposé sur sa veste, sur son col de chemise, et avoir glissé sur l’oreiller pendant la nuit. Il pouvait même appartenir à Chloé, qui était venue la veille et s’était assise sur le lit en bavardant. Oui, c’était sûrement Chloé. Chloé avait les cheveux châtains, pas vraiment blonds, mais la lumière pouvait tromper.Elle attrapa son téléphone, composa le numéro de Chloé.— Allô ? fit la voix ensommeillée de son amie.— Tu es venue chez moi hier ?— Hier ? Non. J’étais en reportage à Lille. Pourquoi ?— Pour rien. Bonne journée.Elle raccrocha avant que Chloé ait pu poser des questions. Donc ce n’était pas Chloé. Elle reposa le téléphone, regarda de nouveau le cheveu.
— Je ne te laisserai pas tomber, dit-elle avant de sortir. Même si tu me détestes. Même si tu me supplies de partir. Je resterai. Jusqu’à ce que tu ouvres les yeux. Jusqu’à ce que tu voies la vérité en face.La porte claqua. Rebecca resta seule dans le salon, entourée de meubles neufs qui ne portaient aucune trace de vie. Elle regarda le canapé où il l’avait prise, la dernière fois. Elle regarda la cuisine où elle avait trouvé le ticket de caisse. Elle regarda la chambre où elle dormait seule, nuit après nuit, en serrant contre elle l’oreiller qui portait encore son odeur.Et elle attendit.Le cycle continua, infernal, immuable. Il revenait. Il la prenait. Il repartait. Elle attendait. Elle se consumait. Les semaines devenaient des mois, les mois devenaient une saison, puis deux. L’automne passa, l’hiver arriva. Paris se couvrit de givre et de grisaille, et dans le grand appartement du seizième arrondissement, une femme attendait, patiemment, le retour d’un homme qui ne revenait jamai







