LOGINAdam
Le message arrive un matin, glissé dans la poche de ma veste de travail.
Je ne m'en rends pas compte tout de suite. La journée commence comme toutes les autres — réveil à l'aube, café noir dans la cuisine du garage, les Albanais qui ronflent encore derrière la cloison. Puis je descends au jardin, j'arrose les massifs, je taille les rosiers, je nettoie la fontaine. Des gestes mécaniques, répét
Ma main se fige sur son dos. Elle a vu la cicatrice. Pendant toutes ces nuits, pendant toutes ces étreintes, elle a vu la marque que j'essayais de cacher, et elle n'a rien dit.— Je ne te demande pas de m'expliquer, dit-elle. Pas maintenant. Peut-être jamais. Mais sache que je sais. Et que je m'en fiche.— Elena...— Chut. Je t'ai dit que je ne voulais pas savoir. Ce que je veux, c'est que tu me promettes une chose.— Laquelle ?— Que quand le moment viendra — parce qu'il viendra — tu ne me laisseras pas derrière toi. Tu m'emmèneras avec toi.Je la regarde, les yeux brillants de larmes que je ne peux plus retenir. Elle est incroyable. Elle est la femme la plus forte, la plus courageuse, la plus belle que j'aie jamais rencontrée. Et je l'aime. Mon Dieu, comme je l'aime.— Je te le promets, dis-je.Elle sourit, pose ses lèvres s
Mais je ne fais rien. Je ravale ma rage, je respire profondément, je reprends le contrôle. Je suis un serveur, ce soir. Un domestique invisible. Si je fais un scandale, Elena paiera pour moi. Alors je serre les dents et je continue à circuler, proposant du champagne à des monstres en smoking.La soirée s'étire, interminable. Je vois Elena passer de groupe en groupe, toujours escortée par son mari, toujours exhibée comme un trophée. Elle ne me regarde pas. Elle ne peut pas me regarder. Mais je sais qu'elle m'a vu, qu'elle sait que je suis là. Je le sens à la manière dont ses épaules se sont légèrement détendues quand je suis passé près d'elle. Je suis là. Elle n'est pas seule.Vers minuit, le dîner est servi. Je participe au ballet des serveurs, apportant les plats, débarrassant les assiettes, remplissant les verres. Je fais le tour de la table, et quand j'arrive à la hauteur d'Elena, je lui verse du vin en murmurant :— Je suis là.Elle ne répond pas, ne tourne pas la tête. Mais je vo
AdamJe n'aurais jamais dû être là.Les serveurs pour le gala, ce sont des professionnels. Des extras engagés par un traiteur de Gênes, des hommes en veste blanche et nœud papillon qui savent porter un plateau sans trembler, verser du champagne sans renverser une goutte, disparaître dans les murs quand on n'a plus besoin d'eux. Moi, je suis jardinier. Mes mains sont faites pour la terre, pas pour le cristal.Mais cet après-midi, Marco, le chef du personnel, est venu me trouver dans le potager.— Moretti veut des serveurs supplémentaires. Un des extras s'est cassé la jambe ce matin. T'as déjà fait du service ?— Non.— T'as deux bras, deux jambes, et t'es pas trop laid. Ça ira. Présente-toi aux cuisines à dix-neuf heures.Il a tourné les talons avant que je puisse protester. Et me voilà, ce soir, engoncé dans une veste blanche trop étroite aux épaules, un nœud papillon qui m'étrangle, un plateau de champagne à la main, circulant parmi les invités du Parrain comme un fantôme parmi les v
J'ai débité mes informations d'une voix neutre, mécanique. Le comptable de Lugano. L'entrepôt de Gênes. La Sirena. J'ai tout donné, sans rien omettre. C'est mon devoir. C'est pour ça que je suis là.Mais je n'ai pas parlé d'Elena.Pas un mot sur la serre, sur le kiosque, sur la cabane à outils. Pas un mot sur ses yeux gris, sur son parfum de jasmin, sur ses gémissements dans la nuit. Pas un mot sur ce que je ressens pour elle, sur la culpabilité qui me ronge, sur les nuits sans sommeil que je passe à chercher une issue impossible.Ma hiérarchie n'a pas besoin de savoir ça. Ça ne regarde que moi. Ça ne regarde que nous.En raccrochant, je suis resté un long moment dans la cabine, le front appuyé contre la vitre froide. Dehors, le soleil se levait sur la campagne italienne. Les oliviers s'étendaient à
AdamIl n'y a plus de mots.Plus de pensée. Plus de mission. Plus de mensonges. Il n'y a que la nuit, la cabane, la flamme de la bougie qui vacille sur l'établi. Il n'y a qu'elle, debout devant moi, ses yeux gris pleins de larmes et de désir, sa main qui serre la mienne sur son cœur.Aime-moi comme si c'était la dernière fois.Comment résister à ça ? Comment faire semblant, comment jouer un rôle, quand la femme qu'on aime vous offre son corps et son âme avec une confiance aussi absolue ?Je ne résiste pas. Je l'aime.Je l'attire contre moi, mes mains se perdent dans ses cheveux, ma bouche trouve la sienne. Le baiser est sauvage, désespéré, brûlant. Toute la tension accumulée depuis des semaines, tous les désirs réprimés, toutes les peurs surmontées explosent dans ce baiser. Elle ré
AdamLe message arrive un matin, glissé dans la poche de ma veste de travail.Je ne m'en rends pas compte tout de suite. La journée commence comme toutes les autres — réveil à l'aube, café noir dans la cuisine du garage, les Albanais qui ronflent encore derrière la cloison. Puis je descends au jardin, j'arrose les massifs, je taille les rosiers, je nettoie la fontaine. Des gestes mécaniques, répétitifs, qui laissent mon esprit libre de vagabonder.Libre de penser à elle.Depuis cette nuit sous le kiosque, nous nous sommes vus tous les jours. Pas seulement dans la serre, plus seulement en cachette. Elle descend au jardin chaque après-midi, s'assied sur son banc de pierre, et nous parlons. De tout, de rien, de la mer, des livres, de nos vies. Les domestiques s'habituent à voir Madame converser avec le jardinier. Certains doivent jaser, mais personne n'ose
Elle tousse, boit une gorgée de thé, reprend.— Alors, Seigneur, prenez soin d'elle. Elle est plus forte qu'elle n'en a l'air, mais elle est fragile aussi. Comme tout le monde.— Je prendrai soin d'elle, dit Alist
Alistair Les mots restent. Je ne parle pas de la neige qui a recouvert les traces de ses pas dans la cour. Je ne parle pas des lettres que j'ai brûlées dans la cheminée du bureau, une par une, en regardant le papier se tordre et noircir. Je ne parle pas de la bo
Il repose la lettre, en prend une autre. — Celle-ci est de Lefèvre. Il confirme qu'il viendra au château dans deux semaines pour une "évaluation de la situation mentale du Seigneur". Avec un médecin. — Un médecin complice ? — Sans doute payé.
La voix de Camille. Je lève les yeux. Elle est en haut de l'escalier, encore en robe de nuit, les cheveux défaits, les yeux gonflés de sommeil et de larmes. — Qu'est-ce qui se passe ? dit-elle. — Élise s'est enfuie. Thibault est au villag







