Se connecterAvant qu’elle n’ait pu esquisser un geste pour s’enfuir, une ombre a jailli du creux de la haie. Une main puissante a saisi son poignet à la volée, tandis qu’un bras lourd l’enveloppait par la taille pour la ramener en arrière.Élodie s'est débattue, ruant en arrière, frappant de son coude libre contre le torse qui la pressait. Elle a tiré sur son bras de toutes ses forces, manquant de perdre l'équilibre sur le gravier. Mais soudain l’odeur familière de tabac blond et de sillage boisé l’a percutée en plein visage, lui coupant le souffle.— C’est moi, Élo. C’est moi, calme-toi, s’il te plaît, a murmuré une voix rauque contre sa tempe.Le souffle court de Raphaël a balayé son cou. Élodie s’est figée, le cœur battant à s’en briser les côtes, un étau de colère remplaçant aussitôt la peur. Elle s'est retournée violemment dans sa poigne, plantant ses mains contre ses revers de veste pour repousser son torse massif et reculer. À la lueur blafarde du ciel nocturne, elle a distingué ses trait
La fraîcheur piquante descendait des Alpes dès que le soleil passait derrière les montagnes. Les fins de journées ne pardonnaient pas. André était parti chercher une pile de gilets de laine pour Corinne et Martine, pendant que Jacques, une bière à la main, surveillait les dernières saucisses à rôtir sur la grille en discutant du prix du fioul pour l'hiver.C’était ce grand désordre propre aux repas de famille qui durent des heures. Les plats se transmettaient de main en main, les bouteilles de Fendant blanc se vidaient sur la table en bois, et au milieu du brouhaha, tout le monde parlait en même temps.— Non mais je vous jure !, racontait Martine en coupant une miche de pain. Le chien du garde-pêche a encore sauté dans le bateau de mon mari. Deux fois cette semaine ! On s’est retrouvés avec trois kilos de perches sur les genoux et le chien qui secouait sa boue partout.— C'est parce que ton mari lui donne toujours le reste de ses rillettes, Martine, faut pas s'étonner après !, a lancé
Le froid de l'aube a fini par tirer Élodie du sommeil. Elle a étendu le bras, sa main frôlant le drap plat à côté d'elle. Plus de chaleur. Le lit était vide. Sur la chaise, la veste de costume de Raphaël avait disparu.Élodie a laissé échapper un rire sans joie en fixant le papier peint jauni. *Évidemment.* Chassez le naturel, il revient au galop. Il était venu, il avait fait son cinéma nocturne, et il s'était barré au lever du jour sans laisser un message, comme il l'avait fait des dizaines de fois.Agacée d'avoir fléchi la veille, elle a sauté du lit, a enfilé ses chaussures et a attrapé son gilet en laine. Elle s'apprêtait à ouvrir la porte de la chambre quand la poignée a tourné de l'extérieur.Raphaël est entré, un grand plateau en osier calé entre se
L’auberge du village n’avait rien d’un hôtel de luxe. C’était une petite chambre rustique avec une odeur de vieux bois, un tapis un peu usé et un grand lit double massif qui occupait presque tout l’espace.Élodie n’a même pas pris le temps d’inspecter les lieux. La fatigue lui pesait sur les paupières, sans dire un mot, elle a retiré son gilet en laine, s'est allongée directement sur le côté droit du lit, tout habillée, et s'est tournée vers le mur. Elle s'est recroquevillée, les bras croisés, fermant les yeux pour se couper de sa présence.Raphaël est resté un moment planté au milieu de la pièce. Il a poussé un soupir las, a enlevé sa veste de costume qu’il a jetée sur une chaise, et s'est rapidement lavé le visage à l'eau froide dans la petite salle d'eau. Qua
À peine la portière a-t-elle claqué qu’Élodie s'est tournée vers le siège conducteur. Son visage était parfaitement calme, d'une froideur implacable.— Puisque tu as fait tout ce chemin pour rien, on va régler ça tout de suite, a-t-elle dit d'une voix posée. Le divorce n'est pas négociable, Raphaël. Signe les papiers et arrête de me faire perdre mon temps.Raphaël n'a pas bougé d'un cil. Ses deux mains posées sur le volant, il fixait le tableau de bord allumé, le visage marqué par la fatigue du vol. Il a laissé passer un long silence, comme s'il n'avait même pas entendu la moitié de sa phrase.— J'ai la tête à l'envers, Élo, a-t-il simplement répondu d'une voix sourde. On parlera de ça demain. Elle est où, l'auberge la plus proche ?— Je m'en fous. Si tu refuses de parler, ouvre les portières, je descends. Tu n'as qu'à passer la nuit dans ta bagnole.Raphaël a tourné lentement la tête vers elle. Ses yeux noirs, cernés, se sont plantés dans les siens avec cette assurance tranquille qui
Le moteur de la voiture s'est éteint dans un petit clic métallique. Raphaël a lâché le volant et a passé une main sur son visage fatigué. Au moment où son secrétaire lui avait annoncé qu’Élodie avait embarqué à Roissy, il n'avait pas arrêté de courir. Le jet privé au Bourget, l'atterrissage en Suisse, les coups de fil passés à ses contacts pour retrouver l’adresse exacte des Voss… Il venait de se taper deux heures de route de campagne dans le noir, en suivant bêtement son GPS.Il est sorti de la bagnole. L’air de la nuit était glacial. Sous sa chemise un coup de vent l'a fait frissonner.Raphaël a levé les yeux vers le pavillon. À la fenêtre du premier étage, une silhouette fine se découpait nettement contre le carreau. Élodie. En la voyant là, toute la pression de l'après-midi est retombée d'un coup. Un vrai soulagement. Sans bouger, il a simplement levé le bras et lui a fait un petit signe de la main pour lui montrer qu'il l'avait vue.Derrière la vitre, Élodie a senti ses mains se
La Maybach glissait dans le silence feutré des quartiers chics, mais à l’intérieur, l’air semblait se raréfier. Élodie s’était enfoncée dans le cuir du siège, le regard obstinément fixé sur le défilé des façades haussmanniennes. Raphaël, à ses côtés, ne disait rien. Il avait encore cette odeur de v
Élodie tourna au coin de la rue de Sophie, ses phares balayèrent une silhouette qu'elle aurait reconnue entre mille. La Maybach noire l'attendait déjà.Raphaël était là, adossé à la portière, une cigarette au bout des doigts. Il attendait, avec cette patience terrifiante des prédateurs qui savent
Élodie choisit un ensemble pantalon en crêpe de soie anthracite, d’une coupe si fluide qu’il semblait flotter à chacun de ses mouvements, surmonté d’un manteau long structuré. Le concept de la vente organisée par Valentin était particulier : « L'Anonymat des Maîtres ». Chaque invité devait porter
Le trajet jusqu'à l'appartement de Sophie s'était fait dans un silence étrange, seulement rompu par le ronronnement du moteur.À peine la porte franchie, Sophie lui tomba dessus. — T’as intérêt à avoir une sacrée bonne excuse pour ne pas avoir répondu à mes textos pendant trois heures, Élo. J’étai







