LOGINChapitre 37NaomiDeux jours ont passé depuis que j'ai craché ma colère au visage de Matteo, deux jours de silence et d'évitement, deux jours pendant lesquels je me suis enfermée dans la bibliothèque, refusant de le voir, refusant de lui parler, refusant même de croiser son regard dans les couloirs. Il respecte ma distance, comme il l'a toujours fait, et cette discrétion, au lieu de m'apaiser, ne fait qu'attiser le trouble qui m'habite. Je ne sais plus ce que je ressens, je ne sais plus ce que je veux, je suis perdue, déchirée entre la colère et l'amour, entre le désir de fuir et la peur de partir. Alors je me réfugie dans les livres, dans le silence, dans l'odeur de papier ancien et de cire, et j'essaie d'oublier, au moins pour quelques heures, le chaos qu'est devenue ma vie.Ce matin, Mme Rinaldi m'a demandé d
Chapitre 36MatteoLe bureau est plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lueur vacillante du feu qui se meurt dans la cheminée et par la petite lampe à abat-jour vert posée sur le coin du sous-main. Je suis assis dans mon fauteuil, le dos voûté, les coudes sur les genoux, et je tiens entre mes doigts un papier froissé que j'ai sorti du tiroir blindé où je conserve les documents les plus sensibles. Le contrat. Ce contrat que Naomi a signé il y a des semaines, le soir où elle a franchi la grille de ce manoir, où elle s'est livrée à moi en échange de la vie de son frère. Je le relis pour la dixième fois, pour la centième fois peut-être, et chaque mot me brûle les yeux, chaque ligne me rappelle l'énormité de ce que j'ai fait.Dette
Chapitre 35NaomiLa voiture franchit la grille du manoir dans un crissement de gravier, et je n'attends même pas qu'elle s'immobilise complètement devant le perron pour ouvrir la portière et jaillir dehors, les jambes tremblantes, le souffle court, le visage encore humide des larmes que j'ai versées en silence pendant tout le trajet. Matteo descend derrière moi, je l'entends donner des ordres brefs aux gardes, je sens sa présence dans mon dos, cette présence qui d'habitude me rassure et qui aujourd'hui me pèse, m'étouffe, m'oppresse comme une chape de plomb. Je ne veux pas qu'il me suive, je ne veux pas qu'il me parle, je ne veux pas qu'il pose ses mains sur moi, ces mains qui ont tué aujourd'hui, ces mains couvertes de sang qui m'ont sauvée et qui me répugnent en même temps, ces mains que j'aime et que je déteste.
Chapitre 34MatteoLe sang coule dans les rues, un sang noir et épais qui tache le gravier du parc et qui goutte encore de mes mains, de mes vêtements, de mon visage. Je me tiens debout au milieu de l'allée dévastée, les poumons en feu, le cœur battant à un rythme que je ne contrôle plus, et je regarde les corps étendus autour de moi, ces hommes que j'ai tués sans hésitation, sans pitié, sans même réfléchir. Sept corps. Sept ennemis qui ne se relèveront jamais, qui ne menaceront plus jamais Naomi, qui ne poseront plus jamais leurs mains sur elle. Et pourtant, ce carnage ne suffit pas à apaiser la rage qui brûle en moi, cette rage primaire, animale, qui m'a envahi dès que j'ai vu ces hommes masqués tenter de l'arracher à la protection de Vittorio, dès que j'ai entendu son cri de terreur, dè
Chapitre 33NaomiLa sortie devait être simple, anodine, une promenade dans les jardins publics sous bonne garde, une concession que Vittorio m'avait arrachée à Matteo en prétextant que j'avais besoin de prendre l'air, que je dépérissais enfermée dans ce manoir depuis trop longtemps. J'avais accepté sans enthousiasme, persuadée que l'air du dehors ne changerait rien à ma prison intérieure, à cette peur constante qui me tenaille depuis que j'ai compris que j'étais devenue la cible de tous les ennemis de Matteo. Mais j'avais accepté quand même, pour ne pas rester seule avec mes pensées, pour échapper quelques heures à ces murs qui m'étouffent.Maintenant, je regrette amèrement d'être sortie.Tout s'est passé si vite, si brutalement, que mon
Chapitre 32MatteoLa nuit est tombée sur le manoir, une nuit sans lune, sans étoiles, une nuit d'encre qui semble avaler les lumières du domaine et les recracher en ombres menaçantes sur les murs de ma chambre. Je suis debout près de la fenêtre, l'épaule encore bandée sous ma chemise, la douleur lancinante qui pulse au rythme de mon cœur, mais ce n'est pas la blessure qui me tient éveillé à cette heure tardive. C'est la colère. Une colère froide, concentrée, qui ne demande qu'à exploser et que je contiens à grand-peine en serrant les poings le long de mon corps, en fixant les jardins obscurs où les cyprès se balancent sous le vent comme des spectres agités. Vittorio vient de quitter la pièce, mais ses paroles résonnent encore dans ma tête, lourdes de menaces et de présages funestes, et je ne peux pas les ignorer, je ne peux pas faire comme si je ne les avais pas entendues.— Les familles rivales ont été informées, Matteo, a-t-il dit en entrant sans frapper, le visage grave, les trait







