LOGINChapitre 54CaméliaJe la vois avant qu'elle ne me voie.Depuis le palier du premier étage, dissimulée derrière une colonne de marbre froid, j'observe l'entrée de ma sœur dans le hall. Le temps s'est arrêté, suspendu à cet instant, à cette silhouette qui descend de la voiture avec une grâce que je lui ai toujours enviée, une démarche chaloupée de reine qui foule le sol de son royaume après un long exil. Les flashs crépitent derrière elle comme une pluie d'éclairs, trouant la grisaille de cette matinée bretonne, et j'entends les cris des journalistes qui percent à travers les murs épais du manoir, leurs voix qui hurlent son nom, qui l'appellent, qui la supplient de leur accorder un regard, un mot, un sourire. Elle leur offre tout cela à la fois, un sourire fra
Chapitre 53LiliaLa voiture franchit les grilles du domaine Saint-Clair, et je souris.Le manoir apparaît au détour de l'allée, forteresse de verre et d'acier noir suspendue au-dessus de l'océan, et je le regarde avec des yeux neufs, des yeux de revenante, des yeux de miraculée. Rien n'a changé. Les falaises de granit plongent toujours dans l'eau noire, les vagues s'écrasent toujours contre les rochers dans un grondement sourd, le vent souffle toujours sur la lande en faisant plier les herbes folles. Tout est exactement comme dans mon souvenir, comme si le temps s'était arrêté le jour de ma disparition. Comme si le manoir m'avait attendue.Je sais que les caméras sont braquées sur la voiture, que les journalistes campent devant les grilles, que tout le pays attend de voir le visage de la femme qui a surv&
Chapitre 52CassianJe prépare l'arrivée de Lilia comme on prépare une bataille.La nuit a été courte, et je n'ai pas fermé l'œil. Camélia non plus, même si elle a fini par s'endormir au petit matin, épuisée par l'angoisse. Je l'ai tenue contre moi jusqu'à ce que sa respiration ralentisse, jusqu'à ce que ses doigts crispés sur ma chemise se détendent, jusqu'à ce qu'elle glisse enfin dans un sommeil agité, peuplé de cauchemars que je ne pouvais pas chasser. Puis je me suis levé, et j'ai commencé à travailler.Stratégie. Contrôle. Ce sont les seuls mots qui comptent aujourd'hui.Je ne crois pas un mot de l'histoire de Lilia. Kidnapping. Séquestration. Évasion miraculeuse. C'est trop parfait, trop lisse, trop bien
Chapitre 51CaméliaJe ne dors pas de la nuit.Le message de Lilia tourne en boucle dans ma tête, comme une mélodie funèbre, comme un glas qui sonne la fin de tout ce que j'ai construit depuis le jour du mariage. Je suis vivante. Je veux rentrer. Dites à ma sœur que je suis désolée. Ces mots, je les répète cent fois, mille fois, allongée dans le lit conjugal, les yeux fixés sur le plafond que la lune éclaire d'une lueur blafarde, une lueur qui dessine des ombres mouvantes sur les murs de la chambre. Les rideaux de velours n'ont pas été tirés, et la baie vitrée laisse entrer la clarté argentée de la nuit, cette clarté qui transforme chaque meuble en spectre, chaque objet en menace. L'océan gronde au loin, ce grondement sourd et perpétuel qui d'habitude m'apaise et qui, ce soir, ne fait qu'accentuer mon angoisse.Cassian dort près de moi, ou fait semblant de dormir. Je ne sais pas. Son visage est tourné vers le mur, et je ne vois que son dos, ses épaules larges, sa nuque raidie par une
Chapitre 50CaméliaLe dîner touche à sa fin, et Cassian me raccompagne à travers le jardin. La nuit est douce, tiède, enveloppante comme une écharpe de soie. La lune est pleine, énorme, presque irréelle, et elle projette sur les allées de gravier des ombres argentées qui dansent au rythme de la brise. Les étoiles brillent au-dessus de nos têtes par milliers, comme des diamants éparpillés sur un écrin de velours noir. Le parfum des roses et du jasmin flotte dans l'air, mêlé à l'odeur saline de l'océan qui gronde au loin. Nous marchons côte à côte, sans nous toucher, mais nos épaules se frôlent parfois, et chaque frôlement est une étincelle qui me parcourt tout entière, qui me rappelle la chaleur de sa main sur la mienne.Nous so
Chapitre 49CaméliaLe dîner est parfait.Pas parfait au sens mondain du terme, pas parfait comme ces galas où tout est réglé au millimètre et où rien ne dépasse, où chaque parole est pesée et chaque geste calculé. Parfait au sens humain, au sens vrai, au sens où tout est à sa place parce que rien n'est forcé, parce que tout est sincère, parce que chaque instant est vécu pleinement.La nourriture est délicieuse, un menu que Cassian a visiblement composé lui-même, avec des plats simples mais raffinés, des produits frais qui viennent du jardin et de la mer. Un carpaccio de Saint-Jacques, des filets de sole meunière, une tarte aux fruits rouges. Rien de prétentieux, rien d'excessif. Juste ce qu'il faut pour que ce dîner soit un plaisi
Chapitre 38EloïseJ'ai tout vu, et je commence à m'inquiéter.L'échange avec Volkov, d'abord. La façon dont elle lui a tenu tête, cette petite souris timide qui n'osa
Chapitre 37CassianJ'ai tout entendu.Je m'étais éloigné quelques minutes pour régler une affaire urgente avec un associé, une broutille financière qui pouvait attendre mais que j'ai exp&eacu
Chapitre 36CaméliaJe me suis éloignée de Cassian quelques instants, juste le temps de reprendre mon souffle loin de la foule, et c'est à ce moment qu'il m'aborde.Dimitri Volkov. Je le reconnais imm&eacut
Chapitre 32CaméliaLe dîner est terminé depuis une heure, et je me suis retirée dans la chambre conjugale, le carnet de Lilia ouvert sur mes genoux. Je ne dors pas. Je ne pourrais pas dormir, pas après ce qui s'est passé à table, pas après ce geste de Cassian qui m'a bouleversée plus que je ne veux







