LOGINChapitre 53
Vaelys
Le miracle ne viendra pas. Ce qui vient, c’est la violence.
Deux jours ont passé depuis cette nuit maudite. Kaïren n’est pas revenu. J’ai repris mes travaux, mes dossiers, mes plans, avec une mécanique glacée. Dorian m’a informée que les hommes de Lord Ashford se faisaient plus discrets, comme s’ils préparaient quelque chose. Je
Chapitre 103VaelysLes jours passent, paisibles, presque normaux, comme si la vie avait enfin décidé de nous laisser respirer après toutes ces tempêtes. Le temps s'écoule doucement, fluide, apaisant, et je me surprends parfois à sourire sans raison, à fredonner une mélodie ancienne en arrosant les rosiers, à m'arrêter devant la fenêtre pour regarder les nuages défiler dans le ciel. Kaïren et moi travaillons côte à côte, lui à la reconstruction de son empire patiemment, méthodiquement, brique après brique, contrat après contrat, comme un architecte qui bâtit sur des ruines, et moi à ma fondation qui prend forme peu à peu dans cette belle bâtisse que Dorian, avant de repartir pour son village, a tenu à visiter, à approuver, à bénir presque.
Chapitre 102VaelysLa porte de la demeure des Serhan s'ouvre sur un homme que je n'aurais pas reconnu si je ne l'avais pas connu si intimement autrefois, à une époque où nos vies étaient mêlées par la vengeance et les complots, où nous partagions les mêmes ombres et les mêmes mensonges. Dorian Ashford se tient sur le seuil, son épaule droite appuyée contre le chambranle de pierre, ses mains enfouies dans les poches de son pantalon, et le sourire qui éclaire son visage est d'une douceur que je ne lui ai jamais connue, pas même dans nos meilleurs jours, pas même quand nous trinquions à la chute de nos ennemis communs.Il porte un simple pull-over en laine grise, d'un gris doux comme la cendre, dont les manches, légèrement trop longues, retombent sur ses poignets, et un pantalon de toile beige, souple et confor
Chapitre 101VaelysJe reste figée devant cette bâtisse que je n'avais jamais remarquée auparavant, perdue au cœur de ce quartier que je connais pourtant bien, et qui soudain m'apparaît comme une évidence, comme un signe du destin, comme un cadeau venu de nulle part. Les pierres de la façade sont vieilles, usées par le temps et les intempéries, couvertes par endroits d'une fine pellicule de mousse grise, mais elles sont solides, épaisses, rassurantes, comme si elles avaient traversé les siècles pour être là, aujourd'hui, à m'attendre. Les fenêtres sont sales, les carreaux couverts de poussière et de toiles d'araignée, mais la lumière les traverse encore, cette lumière dorée de l'après-midi qui vient se poser sur les rebords de pierre et faire scintiller les rares vitres encore intactes.&
Chapitre 100VaelysLes semaines passent, lentes comme une rivière d'été, et l'espoir, cette petite flamme fragile que j'ai sentie renaître dans le cabinet du docteur Alvaro, grandit en moi, se nourrit de chaque jour qui s'écoule sans drame, de chaque matin où je me réveille sans cette boule au ventre qui m'étouffait, de chaque nuit où je parviens à dormir sans cauchemars, sans hurler le nom d'un enfant qui n'est pas là. Le printemps a cédé la place à l'été, ses journées longues et chaudes, ses soirées douces où le ciel se teinte de rose et d'or, et les rosiers blancs du parc, qui avaient déjà fleuri une première fois, se couvrent d'une seconde floraison, aussi généreuse que la première, aussi éclatante, comme pour me rappeler que la vie trouve toujours un chemin,
Chapitre 99VaelysLe cabinet du docteur Alvaro est un lieu que j'ai appris à connaître pendant ces semaines de suivi, ces consultations régulières où l'on vérifie que mon corps se remet, que les cicatrices internes se referment, que la vie, obstinément, reprend ses droits malgré tout ce que nous avons traversé. La pièce est claire, baignée de la lumière matinale qui filtre à travers les rideaux de lin blanc, ces rideaux légers qui laissent passer le soleil sans l'éblouir, et les murs, peints d'un bleu pâle apaisant que j'ai toujours trouvé étrangement réconfortant, sont ornés de gravures anciennes représentant des plantes médicinales, ces herbes que les sages-femmes d'autrefois utilisaient pour soulager les douleurs des femmes, pour accompagner les naissances, pour apaiser les chagrins.
Chapitre 98VaelysLes jours passent, lents comme une rivière d'huile épaisse, lourds comme des couvertures de plomb qu'on traîne après soi sans jamais pouvoir les poser. Je ne sais pas exactement combien de jours se sont écoulés depuis cette nuit au cimetière. Une semaine, peut-être deux. Le temps a perdu sa substance, sa consistance, sa réalité. Il n'est plus qu'un flux continu, indifférencié, où les heures se ressemblent toutes, où les nuits se mêlent aux jours dans une confusion qui m'est presque confortable.Les rideaux de notre chambre sont restés tirés longtemps, obstinément, comme une forteresse que je refusais d'abandonner. L'obscurité était mon alliée, ma protectrice, mon manteau. Dans le noir, je n'avais pas à voir mon reflet dans le miroir, pas &a
Chapitre 8VaelysOnze ans plus tôt.Le printemps éclate dans les jardins des Serhan comme une symphonie de couleurs et de parfums. Les glycines qui courent le long de la pergola sont en pleine floraison, leurs grappes mauves et blanches cascadant jusqu'au sol en rideaux vaporeux. Les rosiers ancie
Chapitre 7VaelysLe cimetière de Noctharis est un jardin de pierre et de silence perché sur la colline Ouest, loin du fracas des canaux et des bruits de la cité. Les cyprès montent la garde le long des allées de gravier, leurs silhouettes sombres se découpant sur le ciel lavé de novembre. Un vent
Chapitre 6KaïrenLa journée qui suit mon appel à Madame Nyx est une lente agonie. Je me surprends à regarder l'horloge toutes les cinq minutes, à oublier ce que je dis aux domestiques, à laisser refroidir mon café sans le boire, à fixer le vide en pensant à elle. J'ai conscience du ridicule de ma
Chapitre 5VaelysLa limousine file dans les rues désertes de Noctharis. Derrière la vitre teintée, les façades de marbre défilent, éclairées par la lune et les réverbères. Je suis assise, droite, les mains croisées sur mes genoux, mais à l'intérieur, je suis un champ de bataille. La soirée au palai







