MasukChapitre 96
Rahim
Je lui demande pourquoi elle me regarde différemment.
Nous sommes dans la salle de musique. La lumière du soir entre par les fenêtres hautes, rouge, dorée, découpant des losanges sur le marbre. Les instruments sont alignés contre les murs, leurs cordes immobiles, leurs bois silencieux. Un luth repose sur un pupitre, ses cordes poussiéreuses. Une flûte en bois
Chapitre 100ClaraJe ne peux pas m'enfuir.Je ne peux pas le laisser croire cela. Le laisser croire que je l'ai trahi. Le laisser croire que je suis comme Leïla. Une intrigante. Une comédienne. Une menteuse. Une manipulatrice qui fouille dans les secrets des morts pour détruire les vivants.Mes pas s'arrêtent.Mes jambes se figent. Les muscles de mes cuisses se contractent, se bloquent. Mes mollets se tendent. Mes pieds s'immobilisent sur le marbre froid.Mon cœur, qui battait trop vite, trop fort, comme un tambour affolé, se calme. Une respiration. Puis une autre. L'air entre dans mes poumons, gonfle ma poitrine, s'échappe, lentement, régulièrement. L'air du couloir est froid, sec, chargé de poussière et de silence. Il sent la pierre, la cire des bougies, l'encens des chapelles lointai
Chapitre 99Rahim— Tu n'es qu'une intrigante, comme elle !Les mots sont des poignards.Je les vois s'enfoncer dans sa chair. Ils traversent la peau, si fine à la gorge, presque transparente, laissant voir les veines bleutées courir sous la surface. Ils traversent les muscles, les cordes vocales qui vibrent encore, les tendons qui se tendent. Ils traversent les os, les vertèbres, le sternum, les côtes. Ils atteignent son cœur. Ils le transpercent. La lame invisible, froide, acérée, s'enfonce profondément, tourne, déchire.Elle recule.Son dos est plaqué contre la porte. Je l'entends. Le bois craque sous la pression. Les planches de cèdre se tordent, gémissent, les fibres se déchirent. La poignée de cuivre s'enfonce plus profond dans sa chair, laisse un cercl
Chapitre 98RahimJe la confronte.Elle vient de rentrer. J'ai entendu ses pas dans le couloir, lents d'abord, traînants, comme si elle hésitait à revenir, comme si elle voulait prolonger l'instant avant de franchir le seuil. Puis plus rapides, comme si elle avait hâte de retrouver la chaleur de ses appartements, la douceur de son lit, l'intimité de ses murs. Ses babouches glissaient sur le marbre, frottant à peine, un bruit feutré, presque silencieux. La semelle de cuir usé effleurait les dalles polies, laissant à peine une trace, un frôlement à peine audible.Ses joues sont encore rouges du vent du soir. Le froid du désert, même au printemps, même au crépuscule, pique la peau, la colore d'un rose vif qui contraste avec la pâleur habituelle de son visage. Des petites veines éclatée
Chapitre 97RahimJe découvre le journal.Je ne l'ai pas cherché. Je ne l'ai pas voulu. Il est tombé devant moi, comme une évidence, comme une fatalité, comme un verdict que je n'avais pas demandé mais qui m'était destiné depuis le début.Ce soir-là, Clara est sortie. Elle est allée voir Yasmina, la guérisseuse. Ses pas se sont éloignés dans le couloir, ses babouches glissant sur le marbre, frottant à peine, un bruit feutré, presque silencieux. Le bruit s'est éteint peu à peu, avalé par le silence du palais, par l'épaisseur des murs, par la distance.Je suis resté dans ses appartements.Je ne sais pas pourquoi. Une intuition. Une ombre. Un doute. Une voix intérieure qui murmurait, insistante, que quelque cho
Chapitre 96RahimJe lui demande pourquoi elle me regarde différemment.Nous sommes dans la salle de musique. La lumière du soir entre par les fenêtres hautes, rouge, dorée, découpant des losanges sur le marbre. Les instruments sont alignés contre les murs, leurs cordes immobiles, leurs bois silencieux. Un luth repose sur un pupitre, ses cordes poussiéreuses. Une flûte en bois d'ébène est posée sur un coussin de velours bleu, ses clés d'argent ternies. La poussière danse dans les rayons du soleil couchant, des milliers de particules scintillantes tournoyant lentement, comme une constellation miniature suspendue dans l'air.Elle est assise au clavecin, ses doigts posés sur les touches d'ivoire. Les touches sont jaunies, usées par des siècles de musique, creusées par des milliers de doig
Chapitre 95ClaraLes jours suivants, je deviens différente.Je le sens dans mes gestes, dans mes regards, dans la façon dont ma main cherche la sienne quand nous marchons dans les couloirs. Mes doigts effleurent ses doigts, s'attardent, se retirent. Je deviens plus douce avec Rahim.Le matin, dans ses appartements, je prépare son thé moi-même. Mes mains versent l'eau chaude dans la théière d'argent. Les volutes de vapeur montent, embaument l'air de menthe et de fleur d'oranger. Je choisis les pâtisseries les plus fraîches, les dispose sur une assiette de porcelaine bleue, aligne les fruits confits, les amandes grillées. Je pose le plateau sur la table basse, près de la fenêtre, là où la lumière du matin est la plus douce. Il me regarde, surpris. Je ne dis rien.Je le regarde boir
Chapitre 1ClaraLa chaleur du désert m'enveloppe comme un manteau de soie brûlante dès que je pose le pied hors de la voiture climatisée. Le trajet depuis l'aéroport m'a semblé interminable, chaque kilomètre m'éloignant un peu plus de tout ce que je connais pour m'enfoncer dans un monde qui semble
Chapitre 4ClaraJe ne dors pas cette nuit-là. Pas une seconde. Pas un instant.Allongée dans mon lit à baldaquin, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, je repasse en boucle les événements de la journée. Sa voix. Ses mots. Ses règles absurdes. Et ce regard, ce regard qui m'a transpercée comme un
Chapitre 3ClaraSes yeux rencontrent les miens.Et le monde s'arrête.Je n'ai jamais rien vu de pareil. Ces yeux ne sont pas simplement sombres, ils sont noirs. D'un noir si profond, si absolu, qu'ils semblent absorber la lumière autour d'eux comme des puits sans fond creusés dans son visage. Mais
Chapitre 2ClaraJe passe l'heure suivante à me préparer avec un soin méticuleux. J'ai choisi une robe sobre mais élégante, bleu marine, qui souligne ma silhouette sans être provocante. Mes cheveux sont relevés en un chignon strict qui dégage mon visage. Un maquillage léger, des bijoux discrets. Je







