MasukMa famille attendait une diplômée. Je suis revenue avec une petite fille de quatre ans. À dix-neuf ans, Maëlle Vautrin a passé un été en secret avec Sacha Delcourt. Il était plus âgé, dangereux, et surtout le meilleur ami de son frère. Le jour où elle a voulu cesser de se cacher, Sacha a disparu. Quelques semaines plus tard, la vie qu’elle avait prévue n’existait plus. Pendant quatre ans, Maëlle a menti à sa famille pour protéger Mia et la fragile existence qu’elle avait réussi à construire. Lorsqu’elle revient enfin à Saint-Cyr-sur-Mer pour avouer la vérité, Sacha se tient devant la maison de ses parents. Le garçon aux phalanges abîmées est devenu l’héritier Delcourt. Il porte des costumes sombres, voyage avec des gardes du corps et apparaît dans les journaux au bras d’une autre femme. Pourtant, lorsqu’il regarde Maëlle, quelque chose de cet été interdit est toujours là. Puis Mia entre dans la pièce. Sacha ne comprend pas. Pas encore. Mais son attention s’attarde, son silence change, et les premières questions commencent. Maëlle n’a qu’une seule certitude : elle doit repartir avant qu’il pose la bonne.
Lihat lebih banyakPOV de Maëlle
**Vingt heures chez Maxime. Mets la robe rouge. Celle qui me rend fou.**
Le message de Théo est arrivé au moment où je poussais la porte d’entrée avec l’épaule.
Un deuxième message a suivi avant même que j’aie posé mon sac.
**Et ne prévois pas de rentrer tôt. J’ai des projets pour nous deux. 😉**
J’ai relu la dernière phrase, mes clés toujours coincées entre deux doigts.
Des projets. Je voyais très bien lesquels.
Depuis qu’on sortait ensemble, Théo testait mes limites comme s’il cherchait la bonne combinaison d’un cadenas. Au début, sa main restait sur mon genou. Puis elle avait remonté ma cuisse. Depuis quelques semaines, chaque moment seuls dans sa voiture finissait de la même façon : son souffle dans mon cou, ses doigts sous mon tee-shirt et sa voix qui répétait que je pouvais lui faire confiance.
Je lui faisais confiance. Enfin, je crois.
Mais je n’étais toujours pas prête.
À dix-neuf ans, cette hésitation me donnait parfois l’impression d’avoir raté une étape que tout le monde avait franchie sans moi. Je voulais quand même autre chose qu’un garçon pressé de passer sa main sous ma robe. Je voulais qu’on ait du mal à se quitter parce qu’on avait encore mille choses à se dire. Que le désir ne remplace pas tout le reste.
J’ai répondu : **On verra. Tu viens me chercher ?**
**À 19 h 45. Sois belle pour moi.**
La formule aurait dû me plaire. Elle m’a surtout rappelé que je venais de passer une heure à Toulon avec Solène pour trouver une robe susceptible de lui convenir.
Notre après-midi avait été écourté quand le centre de loisirs avait rappelé Solène pour remplacer une collègue malade. Au lieu de dîner ensemble avant la fête, je m’étais retrouvée dans le car du retour, seule avec un sac de boutique et trop de temps pour penser à la soirée.
La maison était silencieuse et chaude. Mes parents passaient le week-end chez ma tante, à Aix. Bastien travaillait au port jusqu’à dix-huit heures. J’avais presque deux heures pour prendre une douche et décider si la robe noire neuve était un choix personnel ou une déclaration de guerre inutile contre mon petit ami.
Dans ma chambre, j’ai ouvert les volets juste assez pour laisser entrer l’air. Mon sac a glissé au pied de la commode. J’ai retiré mon débardeur collé à ma peau, puis défait mon short tout en répondant à Solène.
**Bien rentrée ?**
**Oui. Douche. Bon courage avec les monstres.**
**Ils ont six ans, Maëlle.**
**Exactement. Des monstres.**
J’ai souri et traversé le couloir en sous-vêtements, mon téléphone à la main. La salle de bains se trouvait à quatre mètres de ma chambre. Personne n’était censé me voir.
Une ligne de lumière coupait le parquet devant la porte entrouverte.
Je me suis arrêtée.
J’ai écouté. Aucun bruit de télévision en bas. Pas de placard ouvert, pas de pas dans l’escalier. Bastien rentrait toujours comme une petite tempête : clés jetées dans le vide-poche, chaussures abandonnées dans l’entrée, réfrigérateur ouvert avant même qu’il ait retiré sa veste.
— Bastien ?
Personne n’a répondu.
J’allais retourner chercher mon tee-shirt quand j’ai reconnu la petite lampe au-dessus du miroir. Bastien l’utilisait pour se raser et l’oubliait si souvent que Maman menaçait de lui facturer l’électricité.
Il l’avait laissée allumée le matin. Voilà tout.
La porte a résisté quand j’ai voulu atteindre l’interrupteur. J’ai poussé plus fort.
Un homme se tenait devant le lavabo.
Torse nu, un jean ouvert sur les hanches.
Une serviette pendait à son épaule. Du sang suivait la ligne de ses côtes avant de disparaître sous sa ceinture.
Il a relevé la tête. Nos regards se sont rencontrés dans le miroir.
Le sien a glissé vers mon soutien-gorge, puis il est revenu à mon visage. À peine une seconde, mais mon corps entier s’en est aperçu. J’ai ramené un bras contre ma poitrine.
— T’es qui ?
L’inconnu n’a pas répondu. Son attention venait de se fixer sur mon téléphone.
Il a traversé la salle de bains en deux pas.
J’ai reculé, trop tard. Ses doigts se sont refermés autour de mon poignet. Il m’a fait pivoter contre le mur et a couvert ma bouche de son autre main. La fraîcheur du carrelage a frappé mon dos tandis que son torse humide frôlait mon épaule.
— T’as pris une photo ?
J’ai secoué la tête et essayé de le repousser. Il ne bougeait presque pas.
— Tu es seule ?
Je lui ai mordu la paume.
Il m’a lâchée avec un juron.
— Mais t’es malade ! Sors de chez moi.
— Chez toi ?
— Oui. Et si tu avances encore, je hurle.
Il m’a observée plus attentivement.
— Tu es la sœur de Bastien.
— Et toi, t’es toujours à moitié nu dans ma salle de bains.
Il a retiré la serviette de son épaule et me l’a tendue. Je l’ai arrachée de sa main.
— Ton nom.
— Sacha Delcourt.
Ah. Ce Sacha.
Celui qui avait empêché Bastien de se noyer quand ils avaient dix-sept ans. Celui qui lui avait cassé le nez avant de devenir son meilleur ami. Celui qui disparaissait pendant des mois sans expliquer où il était allé.
Je l’avais imaginé plus âgé. Plus ordinaire aussi.
La porte d’entrée a claqué en bas.
— Sacha ? a crié Bastien. J’ai la trousse de secours !
Mon frère est apparu dans le couloir trente secondes plus tard. Son regard est passé de Sacha torse nu à moi, enveloppée dans une serviette qui couvrait à peine mes cuisses.
— Pourquoi tu es presque nue avec mon meilleur ami ?
— Parce que ton meilleur ami est dans notre salle de bains !
Bastien nous a expliqué que Sacha resterait quelques jours, le temps de régler un problème de logement et de réparer sa moto. L’histoire était vague. La blessure n’y entrait pas du tout.
J’ai profité de leur discussion pour regagner ma chambre et m’habiller. Quand je suis redescendue, Bastien avait commandé des pizzas. Sacha portait enfin un tee-shirt noir, mais le tissu collait légèrement à son flanc à cause du pansement.
Je me suis installée le plus loin possible de lui.
Ça n’a servi à rien.
Pendant tout le dîner, je sentais son attention revenir vers moi. Pas constamment. Juste assez pour m’empêcher de l’oublier. Quand je tendais la main vers une part de pizza, son regard suivait mes doigts. Quand Bastien racontait une histoire gênante sur mon enfance, Sacha observait ma réaction plutôt que d’écouter la fin.
— Tu la fixes, a fini par remarquer Bastien.
J’ai failli m’étrangler avec ma boisson.
Sacha a pris son verre sans se presser.
— J’essaie de voir la ressemblance.
— Quelle ressemblance ?
— Avec toi.
Bastien a ri.
— Elle a eu toute la chance de la famille.
Sous la table, ma cheville a heurté une jambe. J’ai voulu la retirer. Le pied de Sacha a bougé au même moment et son genou s’est retrouvé contre le mien.
Il ne s’est pas écarté tout de suite.
Moi non plus.
La chaleur de ce simple contact a traversé le tissu de mon short. J’ai relevé les yeux. Sacha continuait à écouter Bastien, parfaitement calme, mais sa main s’était resserrée autour de son verre.
J’ai retiré ma jambe la première.
Après le repas, Bastien est sorti prendre un appel. J’ai apporté les cartons de pizza dans la cuisine. Sacha m’a suivie avec les verres.
Il en a posé un près de ma main, assez près pour que ses doigts frôlent les miens.
— Ce que tu as vu dans la salle de bains reste entre nous.
— Ta blessure ?
— Entre autres.
Son regard s’est arrêté sur moi. Je me suis rappelé son jean ouvert, l’eau sur sa peau et la seconde où il m’avait vue en soutien-gorge.
— Va falloir être plus précis. J’ai vu beaucoup de choses.
Un sourire a tiré le coin de sa bouche.
— Tu rougis toujours quand tu essaies d’être insolente ?
— Je ne rougis pas.
— Bien sûr.
Bastien est revenu avant que je trouve une réponse. Je suis remontée dans ma chambre avec le visage brûlant.
La robe rouge était étendue sur le lit. La noire pendait encore dans sa housse.
J’ai essayé la rouge d’abord. Elle moulait mes hanches et s’arrêtait haut sur mes cuisses. Théo l’adorait. Devant le miroir, j’ai tiré deux fois sur l’ourlet, puis imaginé sa main remonter exactement au même endroit.
J’ai enfilé la noire.
Elle était plus simple, près du corps sans être aussi courte. Je me sentais davantage moi-même, mais je savais déjà que Théo ferait une remarque.
Pendant dix minutes, j’ai changé de robe trois fois.
Ce qui m’agaçait le plus, c’est que je ne savais plus pour qui j’essayais d’être jolie.
— Maëlle ! a hurlé Bastien depuis le rez-de-chaussée. Ton copain est là !
J’ai gardé la robe noire.
Théo attendait dans l’entrée. Il a regardé ma tenue avant mon visage. Son sourire a perdu un peu de chaleur.
— Je t’avais dit la rouge.
Puis il m’a attirée contre lui et m’a embrassée devant Bastien et Sacha. Sa main s’est posée trop bas dans mon dos. Sa langue a cherché la mienne alors que je n’avais même pas eu le temps de dire bonsoir.
Je me suis raidie.
Par-dessus son épaule, j’ai croisé le regard de Sacha.
Il ne souriait plus.
POV de MaëlleApolline de Varenne porte un pantalon ivoire et une veste de la même couleur, malgré la poussière du chantier. Ses cheveux noirs s’arrêtent au niveau de ses épaules. À la télévision, elle m’avait paru froide. De près, je comprends que cette impression vient surtout de sa façon de regarder les gens jusqu’au bout, sans sourire pour les rassurer.Une bague fine brille à sa main gauche.Elle salue l’architecte, échange quelques mots avec les représentants du groupe, puis prend place en face de nous. — Nous pouvons commencer.Sa voix est calme, sans être douce.Pendant les vingt premières minutes, elle écoute davantage qu’elle ne parle. Elle connaît les montants engagés, les délais des fournisseurs et les modifications demandées par les services du patrimoine. Lorsqu’un responsable essaie de reporter un retard sur l’entreprise chargée des fenêtres, elle lui rappelle la date exacte à laquelle son équipe a validé les plans.Il ne tente pas une deuxième fois.Je comprends pourq
POV de MaëlleIl est quatre heures lorsque le VTC me dépose devant la maison de Bandol.La musique s’est arrêtée, mais plusieurs verres traînent encore autour de la piscine et une paire d’escarpins flotte près des marches. Je retrouve la clé sous le pot indiqué par Solène et entre sans allumer.Elle m’attend dans le salon.Assise au bout du canapé, toujours vêtue de sa combinaison verte, elle tient une bouteille d’eau entre les mains. Son maquillage a coulé sous ses yeux et ses cheveux sont relevés avec un élastique qui ne lui appartient probablement pas.Elle regarde ma robe froissée, mes chaussures à la main, puis s’arrête sur mon cou.— Je vais te poser une seule question. Est-ce que tu vas bien ?— Physiquement, oui.Elle se redresse.Je pose mon sac sur la table basse et m’assieds dans le fauteuil en face d’elle. Le tissu remonte sur mes cuisses. Il porte encore l’odeur de la chambre de Sacha, mélangée à la fumée du club.— J’ai couché avec lui.Solène ferme les yeux une seconde,
POV de Maëlle**Apolline.**Son prénom s’affiche pendant que je suis encore assise sur Sacha, nue, avec son sexe en moi.La honte arrive d’un coup.Je viens de coucher avec un homme fiancé. Peu importe ce qu’il m’a raconté sur les familles, les accords et ce mariage provisoire. Apolline porte sa bague. Moi, je me rhabille avant le lever du jour.Je descends du lit.Sacha essaie de me retenir par les hanches, mais je repousse ses mains et cherche ma robe au milieu des vêtements éparpillés.— Je dois partir.Je retrouve ma culotte près du miroir. Mon soutien-gorge a disparu sous les draps. Tant pis. Je tire ma robe sur moi sans attendre de l’avoir retrouvé.La sonnerie s’arrête, puis recommence presque aussitôt.Sacha se débarrasse du préservatif dans la salle de bains. Quand il revient, j’essaie de fermer ma robe avec une main derrière le dos.— Tu vas où ?— Loin d’ici.Je récupère mon téléphone et mes chaussures. Tout ce que je veux, c’est atteindre la porte avant de me remettre à ré
POV de MaëlleIl me retourne brusquement.Le miroir froid touche mes omoplates. Sacha s’agenouille devant moi et place une de mes jambes sur son épaule. Je n’ai pas le temps de comprendre avant que sa bouche se referme entre mes cuisses.La sensation me traverse de part en part.Mes doigts trouvent ses cheveux, mais Sacha saisit mon poignet et le plaque contre le miroir. L’autre main maintient ma hanche en place pendant que sa langue m’oblige à supporter un rythme qu’il choisit seul.Il ne me laisse ni reculer ni descendre vers lui.Le reflet sur ma droite ne montre qu’une partie de son dos. Ses épaules bougent sous ma jambe. Les muscles de ses bras se tendent chaque fois que mon corps essaie de lui échapper. Même à genoux, il ne cède rien.Une fine couche de sueur couvre son torse et suit la ligne de son ventre. Son sexe se dresse contre moi lorsqu’il me coince entre le miroir et son corps.— Pas comme ça, dit-il.Sa main se referme sur ma nuque et sa bouche prend la mienne.Je goûte


















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