MasukChapitre 51MatteoLe dessin est posé sur mes genoux, et je le regarde, je le regarde sans pouvoir en détacher les yeux, ce loup qu'elle a tracé avec ses doigts fins et son fusain maladroit, ce loup qui me ressemble plus que mon propre reflet dans le miroir fêlé de la cabane. Elle a vu en moi ce que personne n'a jamais vu, elle a compris ce que je n'avais jamais osé exprimer, elle a donné une forme à cette solitude que je porte en moi depuis l'enfance, depuis la mort de mon père, depuis la mort de ma mère, depuis que Don Greco m'a recueilli pour mieux m'utiliser et me détruire.Je ne dis rien, parce que les mots sont inutiles, parce que tout ce que je pourrais dire ne serait qu'un pâle reflet de ce que je ressens, de cette émotion qui m'étreint la gorge et qui menace de déborder, de ces larmes que je retie
Chapitre 50AlessiaIl a dit que j'étais douée, et ce compliment est peut-être la plus belle chose qu'on m'ait jamais dite, plus belle que tous les discours de mon père sur mon devoir et mon honneur, plus belle que tous les compliments d'Enzo sur ma robe et ma coiffure, plus belle que tout ce que j'ai entendu dans ma vie parce qu'il vient de lui, de Matteo, de l'homme qui ne dit jamais rien pour faire plaisir, qui ne ment jamais, qui ne cache jamais la vérité derrière des sourires et des formules de politesse.Je regarde mon dessin, je regarde ce loup que j'ai tracé sans réfléchir, sans savoir ce que je faisais, comme si ma main avait pris le contrôle de mon esprit et avait dessiné ce qu'elle voulait, ce qu'elle devait dessiner, ce qui était enfoui en moi depuis si longtemps que je ne savais même plus que ça existait.
Chapitre 49MatteoLe feu crépite dans la cheminée, et le silence qui règne dans la cabane n'est plus ce silence lourd et oppressant des premiers jours, celui que je remplissais de menaces et qu'elle remplissait de défis, mais un silence différent, un silence vivant, habité par le bruit de nos respirations et le frottement du fusain sur le papier. Je n'aurais jamais imaginé partager ce moment avec quelqu'un, ce rituel nocturne que j'accomplis seul depuis vingt ans, enfermé dans cette cabane ou dans une chambre anonyme, toujours caché, toujours secret, toujours protégé des regards du monde. Et voilà qu'elle est là, assise sur le matelas, les jambes repliées sous elle, le carnet posé sur ses genoux, le front plissé par la concentration, et qu'elle dessine, elle aussi, comme si c'était la chose la plus naturelle d
Chapitre 48AlessiaJe ne devrais pas le regarder, je devrais fermer les yeux et faire semblant de dormir et lui laisser ce moment d'intimité qu'il ne partage avec personne, qu'il n'a jamais partagé avec personne. Mais je ne peux pas, je ne peux pas détacher mon regard de ses mains qui glissent sur le papier avec une grâce qui contredit tout ce qu'il est, tout ce qu'il a été, tout ce qu'on a fait de lui. Ses doigts calleux et abîmés, ces doigts qui ont pressé la détente trente-huit fois, ces doigts qui ont serré des cordes autour de mes poignets, ces doigts qui ont pansé ma cheville avec une douceur que je n'oublierai jamais, ces doigts-là sont en train de créer quelque chose, de donner naissance à une image, de capturer la beauté du monde avec une délicatesse qui me serre le cœur.Je ne bouge pas, j
Chapitre 47MatteoLa nuit est tombée depuis longtemps, et le silence s'est installé dans la cabane, un silence différent de celui d'avant, un silence apaisé, presque doux, comme si les mots que j'ai prononcés tout à l'heure avaient ouvert une porte que je gardais fermée depuis des années et que l'air frais pouvait enfin circuler. Alessia s'est endormie sur le matelas, enroulée dans la couverture militaire, ses cheveux noirs éparpillés sur le tissu rêche, son visage détendu, ses lèvres entrouvertes sur un souffle régulier qui soulève doucement sa poitrine. Elle est belle, et elle est paisible, et cette paix qu'elle a trouvée dans le sommeil est peut-être la plus belle chose que j'aie jamais vue.Je ne dors pas, je ne peux pas dormir, il y a trop de choses dans ma tête, trop de souvenirs que j'ai déterrés, trop d'émotions que j'ai libérées et qui tournent en moi comme des oiseaux affolés. Alors je fais ce que j'ai toujours fait dans ces moments-là, ce que j'ai fait pendant vingt ans ch
Chapitre 47MatteoLa nuit est tombée depuis longtemps, et le silence s'est installé dans la cabane, un silence différent de celui d'avant, un silence apaisé, presque doux, comme si les mots que j'ai prononcés tout à l'heure avaient ouvert une porte que je gardais fermée depuis des années et que l'air frais pouvait enfin circuler. Alessia s'est endormie sur le matelas, enroulée dans la couverture militaire, ses cheveux noirs éparpillés sur le tissu rêche, son visage détendu, ses lèvres entrouvertes sur un souffle régulier qui soulève doucement sa poitrine. Elle est belle, et elle est paisible, et cette paix qu'elle a trouvée dans le sommeil est peut-être la plus belle chose que j'aie jamais vue.Je ne dors pas, je ne peux pas dormir, il y a trop de choses dans ma tête, trop de souvenirs que j'ai déterrés, trop d'émotions que j'ai libérées et qui tournent en moi comme des oiseaux affolés. Alors je fais ce que j'ai toujours fait dans ces moments-là, ce que j'ai fait pendant vingt ans ch
Chapitre 2AlessiaCette robe est une cage de soie.Je la regarde suspendue au portant, blanche et cruelle, avec ses dentelles qui ressemblent à des toiles d'araignée. Dans trois heures, on va me la mettre sur le corps comme on habille une poupée pour une vitrine. Dans huit heures, je serai devant
Chapitre 1MatteoLa douleur est une carte qui me dessine de l'intérieur.Je rampe. Chaque mouvement arrache un morceau de moi que je ne savais pas encore posséder. Mes paumes glissent sur la terre humide de Val Sombre, cette terre qui a bu mon sang pendant trois jours, cette terre que je croyais ê
Chapitre 6AlessiaL’air de la nuit est une lame froide contre mes joues brûlantes.J’ai fui la salle de réception sous prétexte d’un malaise, un mouchoir pressé sur mes lèvres, un sourire d’excuse balbutié à l’oreille de Rosa qui s’est aussitôt inquiétée de la pâleur de mon teint. Je lui ai menti a
Chapitre 5MatteoLa taverne s’appelle « Il Cane Nero ». Le Chien Noir.C’est un bouge enfumé au cœur du quartier portuaire, là où les marins échoués viennent noyer leur solde dans du vin coupé à l’alcool de pomme, là où les informateurs vendent leurs secrets pour une assiette de pâtes et une prome







