LOGINChapitre 37
Matteo
Ses mots résonnent encore dans ma tête, et je les entends, je les entends vraiment, pour la première fois depuis que je l'ai enlevée, je l'écoute sans chercher à la contredire, sans chercher à la réduire au rôle que je lui avais assigné, sans chercher à voir en elle autre chose que ce qu'elle est vraiment. Une femme brisée par le mê
Chapitre 46AlessiaLe silence est retombé entre nous comme un voile épais, tissé de tout ce qu'il ne dit pas, de tout ce qu'il refuse d'admettre, de tout ce qu'il cache derrière ses cicatrices et son masque de loup et ses mains qui savent aussi bien tuer que dessiner des paysages à couper le souffle. Mais je ne peux pas laisser ce silence s'installer, je ne peux pas le laisser se refermer sur lui-même comme il l'a fait pendant vingt ans, comme il le fera pendant vingt autres si personne ne l'oblige à s'ouvrir.— Pourquoi cacher cette part de toi ?Ma voix est douce, plus douce que je ne le voudrais, mais je ne veux pas qu'il se sente attaqué, je ne veux pas qu'il se referme, je veux qu'il comprenne que ma question n'est pas un reproche, qu'elle est une invitation, une porte que je lui tends pour qu'il puisse enfin sortir de cette prison qu
Chapitre 45MatteoChacun de ses mots est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine, qui déchire les défenses que j'ai passé vingt ans à construire, qui expose au grand jour cette partie de moi que je n'avais jamais montrée à personne, que je n'aurais jamais dû montrer à personne. Et plus elle parle, plus elle me regarde avec cette douceur insupportable, plus je sens la panique monter en moi, une panique que je ne connais pas, que je ne maîtrise pas, que je ne peux pas contrôler.— Ce n'est pas tes affaires.Ma voix est dure, plus dure que je ne le voudrais, et je lui arrache le carnet des mains avec un geste brusque, un geste qu'elle n'a pas vu venir, un geste qui la fait sursauter et reculer d'un pas.— Ce n'est pas tes affaires, je répète, et je serre le carnet contre ma po
Chapitre 44AlessiaIl tient le carnet entre ses mains comme on tient un oiseau blessé, avec une délicatesse qui contredit tout ce que je croyais savoir de lui, et je le regarde, je regarde ses doigts calleux et abîmés qui effleurent la couverture de cuir usé, ses yeux bleus presque blancs qui fixent le dessin de moi sans le voir vraiment, ses mâchoires serrées qui trahissent une émotion qu'il ne veut pas montrer, qu'il ne sait pas montrer, qu'il n'a jamais appris à montrer.— Tu dessines.Ma voix est douce, plus douce que je ne le voudrais, et je vois ses doigts se crisper sur le carnet, ses épaules se tendre, tout son corps se préparer à une attaque qui ne viendra pas.— Un assassin qui dessine. Si quelqu'un m'avait dit ça il y a une semaine, je ne l'aurais pas cru. J'aurais ri,
Chapitre 43MatteoLa porte de la cabane s'ouvre sur une odeur de bois brûlé et de neige fondue, et je la trouve assise près du feu, les jambes repliées sous elle, la couverture militaire enroulée autour de ses épaules comme un châle de fortune. Elle lève les yeux vers moi, et dans son regard, il y a quelque chose que je ne sais pas déchiffrer, quelque chose qui n'était pas là quand je suis parti, une lueur nouvelle, une connaissance secrète qu'elle n'avait pas avant et qu'elle a acquise pendant mon absence.Je pose le sac de provisions sur la table, le pain, le fromage, les boîtes de conserve que Bruno m'a donnés en plus des documents, et je m'approche du feu pour réchauffer mes mains gelées. Le silence entre nous est différent de celui que j'ai laissé en partant, plus chargé, plus dense, com
Chapitre 42AlessiaLe silence de la cabane est un compagnon étrange, à la fois apaisant et oppressant, comme une présence invisible qui respire dans mon dos et qui attend que je fasse quelque chose, n'importe quoi, pour briser cette immobilité. Je me suis réveillée il y a une heure, le corps courbaturé, la cheville encore douloureuse mais moins enflée que la veille, et depuis je tourne en rond dans cette pièce exiguë, cherchant à m'occuper l'esprit pour ne pas penser à lui, à l'endroit où il se trouve, à ce qu'il fait, à ce qu'il va découvrir.Il est parti voir Bruno. Je me souviens de ce nom, il l'a mentionné une fois, il y a quelques jours, quand il m'a raconté comment il avait préparé mon enlèvement. Bruno, l'ancien garde du corps des Greco, celui qui a perdu deux doigts dans une embuscade, celui que Matteo a sauvé d'un entrepôt en flammes il y a huit ans, celui qui lui a parlé de la sécurité du palais et qui lui a c
Chapitre 41MatteoLe village voisin s'appelle San Rocco, un amas de toits d'ardoise et de murs de pierre accroché au flanc de la montagne comme une mousse sur un rocher, et je l'atteins après trois heures de marche dans la neige profonde, les jambes lourdes, la cuisse douloureuse, mais le cœur plus léger qu'il ne l'a été depuis des jours. La tempête est passée, le ciel est dégagé, et le soleil fait scintiller la poudreuse comme si le monde venait d'être créé à l'instant, vierge et pur et innocent.La taverne « Il Cane Nero » est toujours là, tassée à l'entrée du village comme un vieux chien endormi, ses murs de pierre noircis par la fumée et son enseigne qui grince au vent. C'est là que j'ai retrouvé Bruno il y a une semaine, c'est là que je l'ai vu pour la première fois depuis mon exécution, et c'est là que je le retrouve aujourd'hui, assis à la même table du fond, le dos au mur, un verre de vin rouge devant lui et une cigarette qui se consume entre ses doigts mutilés.Il lève les y
Chapitre 6AlessiaL’air de la nuit est une lame froide contre mes joues brûlantes.J’ai fui la salle de réception sous prétexte d’un malaise, un mouchoir pressé sur mes lèvres, un sourire d’excuse balbutié à l’oreille de Rosa qui s’est aussitôt inquiétée de la pâleur de mon teint. Je lui ai menti a
Chapitre 5MatteoLa taverne s’appelle « Il Cane Nero ». Le Chien Noir.C’est un bouge enfumé au cœur du quartier portuaire, là où les marins échoués viennent noyer leur solde dans du vin coupé à l’alcool de pomme, là où les informateurs vendent leurs secrets pour une assiette de pâtes et une prome
Chapitre 2AlessiaCette robe est une cage de soie.Je la regarde suspendue au portant, blanche et cruelle, avec ses dentelles qui ressemblent à des toiles d'araignée. Dans trois heures, on va me la mettre sur le corps comme on habille une poupée pour une vitrine. Dans huit heures, je serai devant
Chapitre 1MatteoLa douleur est une carte qui me dessine de l'intérieur.Je rampe. Chaque mouvement arrache un morceau de moi que je ne savais pas encore posséder. Mes paumes glissent sur la terre humide de Val Sombre, cette terre qui a bu mon sang pendant trois jours, cette terre que je croyais ê







