LOGINChapitre 39
Matteo
Le feu a baissé, réduit à un lit de braises rougeoyantes qui projettent sur les murs de rondins des ombres mouvantes, et je me tiens debout devant la porte, la main posée sur la poignée, le dos tourné à cette femme qui est devenue en quelques heures mon alliée, ma confidente, peut-être plus encore si j'osais nommer ce qui est en train de naître entre n
Chapitre 45MatteoChacun de ses mots est une lame qui s'enfonce dans ma poitrine, qui déchire les défenses que j'ai passé vingt ans à construire, qui expose au grand jour cette partie de moi que je n'avais jamais montrée à personne, que je n'aurais jamais dû montrer à personne. Et plus elle parle, plus elle me regarde avec cette douceur insupportable, plus je sens la panique monter en moi, une panique que je ne connais pas, que je ne maîtrise pas, que je ne peux pas contrôler.— Ce n'est pas tes affaires.Ma voix est dure, plus dure que je ne le voudrais, et je lui arrache le carnet des mains avec un geste brusque, un geste qu'elle n'a pas vu venir, un geste qui la fait sursauter et reculer d'un pas.— Ce n'est pas tes affaires, je répète, et je serre le carnet contre ma po
Chapitre 44AlessiaIl tient le carnet entre ses mains comme on tient un oiseau blessé, avec une délicatesse qui contredit tout ce que je croyais savoir de lui, et je le regarde, je regarde ses doigts calleux et abîmés qui effleurent la couverture de cuir usé, ses yeux bleus presque blancs qui fixent le dessin de moi sans le voir vraiment, ses mâchoires serrées qui trahissent une émotion qu'il ne veut pas montrer, qu'il ne sait pas montrer, qu'il n'a jamais appris à montrer.— Tu dessines.Ma voix est douce, plus douce que je ne le voudrais, et je vois ses doigts se crisper sur le carnet, ses épaules se tendre, tout son corps se préparer à une attaque qui ne viendra pas.— Un assassin qui dessine. Si quelqu'un m'avait dit ça il y a une semaine, je ne l'aurais pas cru. J'aurais ri,
Chapitre 43MatteoLa porte de la cabane s'ouvre sur une odeur de bois brûlé et de neige fondue, et je la trouve assise près du feu, les jambes repliées sous elle, la couverture militaire enroulée autour de ses épaules comme un châle de fortune. Elle lève les yeux vers moi, et dans son regard, il y a quelque chose que je ne sais pas déchiffrer, quelque chose qui n'était pas là quand je suis parti, une lueur nouvelle, une connaissance secrète qu'elle n'avait pas avant et qu'elle a acquise pendant mon absence.Je pose le sac de provisions sur la table, le pain, le fromage, les boîtes de conserve que Bruno m'a donnés en plus des documents, et je m'approche du feu pour réchauffer mes mains gelées. Le silence entre nous est différent de celui que j'ai laissé en partant, plus chargé, plus dense, com
Chapitre 42AlessiaLe silence de la cabane est un compagnon étrange, à la fois apaisant et oppressant, comme une présence invisible qui respire dans mon dos et qui attend que je fasse quelque chose, n'importe quoi, pour briser cette immobilité. Je me suis réveillée il y a une heure, le corps courbaturé, la cheville encore douloureuse mais moins enflée que la veille, et depuis je tourne en rond dans cette pièce exiguë, cherchant à m'occuper l'esprit pour ne pas penser à lui, à l'endroit où il se trouve, à ce qu'il fait, à ce qu'il va découvrir.Il est parti voir Bruno. Je me souviens de ce nom, il l'a mentionné une fois, il y a quelques jours, quand il m'a raconté comment il avait préparé mon enlèvement. Bruno, l'ancien garde du corps des Greco, celui qui a perdu deux doigts dans une embuscade, celui que Matteo a sauvé d'un entrepôt en flammes il y a huit ans, celui qui lui a parlé de la sécurité du palais et qui lui a c
Chapitre 41MatteoLe village voisin s'appelle San Rocco, un amas de toits d'ardoise et de murs de pierre accroché au flanc de la montagne comme une mousse sur un rocher, et je l'atteins après trois heures de marche dans la neige profonde, les jambes lourdes, la cuisse douloureuse, mais le cœur plus léger qu'il ne l'a été depuis des jours. La tempête est passée, le ciel est dégagé, et le soleil fait scintiller la poudreuse comme si le monde venait d'être créé à l'instant, vierge et pur et innocent.La taverne « Il Cane Nero » est toujours là, tassée à l'entrée du village comme un vieux chien endormi, ses murs de pierre noircis par la fumée et son enseigne qui grince au vent. C'est là que j'ai retrouvé Bruno il y a une semaine, c'est là que je l'ai vu pour la première fois depuis mon exécution, et c'est là que je le retrouve aujourd'hui, assis à la même table du fond, le dos au mur, un verre de vin rouge devant lui et une cigarette qui se consume entre ses doigts mutilés.Il lève les y
Chapitre 40AlessiaLa porte s'est refermée sur lui, et le bruit de ses pas dans la neige a décru lentement, comme un battement de cœur qui s'éloigne, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien, plus rien que le silence de la cabane et le crépitement du feu et cette certitude nouvelle qui pulse dans ma poitrine comme un second cœur.Il me croit. Il l'a dit, il l'a répété, il l'a prouvé en défaisant mes liens, en me confiant ses armes, en me laissant seule dans cette cabane sans autre entrave que ma cheville blessée et sa promesse de revenir. Matteo Castellano, l'assassin le plus redouté de la famille Greco, le loup solitaire qui n'a jamais fait confiance à personne, a décidé de me croire, de s'allier à moi, de me considérer comme son égale dans cette guerre que nous allons mener
Chapitre 6AlessiaL’air de la nuit est une lame froide contre mes joues brûlantes.J’ai fui la salle de réception sous prétexte d’un malaise, un mouchoir pressé sur mes lèvres, un sourire d’excuse balbutié à l’oreille de Rosa qui s’est aussitôt inquiétée de la pâleur de mon teint. Je lui ai menti a
Chapitre 5MatteoLa taverne s’appelle « Il Cane Nero ». Le Chien Noir.C’est un bouge enfumé au cœur du quartier portuaire, là où les marins échoués viennent noyer leur solde dans du vin coupé à l’alcool de pomme, là où les informateurs vendent leurs secrets pour une assiette de pâtes et une prome
Chapitre 2AlessiaCette robe est une cage de soie.Je la regarde suspendue au portant, blanche et cruelle, avec ses dentelles qui ressemblent à des toiles d'araignée. Dans trois heures, on va me la mettre sur le corps comme on habille une poupée pour une vitrine. Dans huit heures, je serai devant
Chapitre 1MatteoLa douleur est une carte qui me dessine de l'intérieur.Je rampe. Chaque mouvement arrache un morceau de moi que je ne savais pas encore posséder. Mes paumes glissent sur la terre humide de Val Sombre, cette terre qui a bu mon sang pendant trois jours, cette terre que je croyais ê







