共有

Chapitre 8

last update 公開日: 2026-06-24 20:39:09

Chapitre 8

Aélyra

Le petit jour se lève sur Brumhaven, gris et pâle comme un linceul, et je suis toujours debout devant la fenêtre, les yeux rougis par le manque de sommeil, le cœur en charpie, mais ma décision est prise, elle s'est imposée à moi comme une évidence qu'on refuse de voir et qui finit par vous sauter au visage.

Nous irons à Eldoria.

Les premiers rayons du soleil percent la brume matinale qui monte de l'océan, et la lumière est douce, presque irréelle, une lumière d'aube qui semble laver le monde de ses ombres et de ses peurs. Je regarde la mer, cette étendue grise et infinie qui m'a toujours apaisée, et je sens une détermination froide et calme monter en moi, une détermination qui ressemble à de la paix, ou peut-être à de la résignation, je ne sais pas encore, mais qui en tout cas me donne la force de bouger, de préparer les bagages, d'affronter ce qui m'attend.

Mon père se meurt, et je ne peux pas le laisser partir sans lui dire adieu, quelles que soient les rancœurs que je porte encore contre lui, quelles que soient les blessures qu'il m'a infligées. Il est mon père, le seul que j'aurai jamais, et si je n'y vais pas, si je reste ici à Brumhaven à faire semblant que rien ne se passe, je regretterai cette décision toute ma vie, je le sais, je le sens dans chaque fibre de mon être. Et puis il y a mes enfants, Kaelis et Nyora, qui veulent comprendre, qui veulent savoir, qui méritent peut-être de découvrir d'où ils viennent, même si cette découverte est douloureuse, même si cette découverte risque de tout changer.

Je les emmènerai avec moi, parce que je ne peux pas les laisser seuls, parce que je ne veux pas les laisser seuls, parce qu'ils sont toute ma vie et que je ne supporterais pas d'être séparée d'eux. Mais je me fais une promesse solennelle, une promesse que je scelle au plus profond de mon cœur comme on scelle un coffre rempli de secrets. Personne, pas même mon père mourant, ne saura que Kaelis et Nyora sont les enfants de Vaelor Draken. Personne ne connaîtra la vérité sur leur ascendance. Ils sont les enfants d'Aélyra Vossen, point final. Ils sont nés à Brumhaven, ils ont grandi à Brumhaven, leur père est un homme bon qui vit dans une région inaccessible, et voilà tout. Je répéterai ce mensonge autant de fois qu'il le faudra, je le défendrai bec et ongles, je le protégerai de toute la force de mon amour maternel.

La matinée se passe en préparatifs fébriles. Je ferme la librairie, j'accroche un petit écriteau sur la porte — « Fermeture exceptionnelle pour raisons familiales » — et je monte dans l'appartement préparer nos valises. J'explique à mes enfants que nous allons partir en voyage, que nous allons voir leur grand-père qui est très malade, et Nyora bondit de joie, elle saute dans tous les sens en criant qu'elle va enfin prendre le train, qu'elle va voir une nouvelle ville, qu'elle va rencontrer des gens nouveaux, et son enthousiasme est une bouffée d'air frais dans l'atmosphère pesante de cet appartement. Kaelis, lui, reste silencieux, les yeux fixés sur moi avec cette intensité qui est la sienne, et je sais qu'il a compris, je sais qu'il devine que ce voyage n'est pas qu'un simple voyage, je sais qu'il attend autre chose, qu'il cherche quelque chose, et cette idée me serre le cœur.

Je fais les valises avec soin, je plie les vêtements, je prépare les affaires de toilette, je glisse dans mon sac les documents importants, les papiers d'identité, les économies que j'ai pu mettre de côté, et cette carte de visite dorée que l'émissaire a laissée sur le comptoir et qui me brûle les doigts chaque fois que je la touche. Je ne veux pas y aller, je ne veux pas retourner dans cette ville qui m'a vue naître et qui m'a rejetée, je ne veux pas rouvrir les blessures que j'ai mis sept ans à refermer, mais je n'ai pas le choix, je le sais, je l'accepte, je m'y résigne avec cette détermination froide qui est devenue ma seule armure.

Le train part à quatorze heures, nous serons à Eldoria dans la soirée, et une semaine, une semaine seulement, le temps des funérailles et des adieux, voilà ce que je me promets. Une semaine, pas un jour de plus, et ensuite nous rentrerons à Brumhaven, nous retrouverons notre vie simple et tranquille, et tout redeviendra comme avant, tout redeviendra normal, tout redeviendra supportable.

Je sais que je me mens à moi-même, je sais que rien ne sera plus jamais comme avant, mais j'ai besoin de ce mensonge pour avancer, pour faire le premier pas, pour monter dans ce train et affronter l'inconnu. Alors je le cultive, ce mensonge, je le berce contre mon cœur comme on berce un enfant malade, et je descends l'escalier de l'appartement, une valise dans chaque main, mes enfants à mes côtés, le regard fixé sur l'horizon, et je ne me retourne pas.

この本を無料で読み続ける
コードをスキャンしてアプリをダウンロード

最新チャプター

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 55

    Chapitre 55VaelorJe ne dors pas de la nuit, je ne cherche même pas à dormir, je reste assis dans mon bureau, le dossier ouvert devant moi, les photos étalées sur le sous-main, et j'attends, j'attends que le jour se lève, j'attends que les premières lueurs de l'aube filtrent à travers les rideaux de velours, j'attends de pouvoir me rendre au manoir Vossen, de pouvoir frapper à sa porte, de pouvoir exiger des réponses.Et quand le matin arrive enfin, quand le ciel pâlit au-dessus des toits d'Eldoria, je me lève, je passe un manteau, je ne prends même pas la peine de me raser ou de me coiffer, et je sors, je monte dans ma voiture, je donne l'adresse du manoir Vossen à mon chauffeur, et nous traversons la ville dans le silence du petit matin, dans les rues encore désertes, sous un ciel bas et gris qui promet de la pluie.&

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 54

    Chapitre 54VaelorJe rentre chez moi, je congédie mon chauffeur d'un geste bref, je traverse le hall de ma demeure sans allumer les lumières, sans saluer les domestiques, sans même prendre la peine d'enlever mon manteau, et je monte directement dans mon bureau, cette pièce sombre et silencieuse qui est mon refuge et ma prison, mon sanctuaire et mon tombeau.L'image des enfants du parc ne me quitte pas, elle est gravée dans ma mémoire comme une photographie, comme un tableau, comme une brûlure. La petite fille aux boucles brunes, avec son rire qui éclate comme une bulle de savon, avec ses fossettes qui se creusent quand elle sourit, avec sa façon de pencher la tête quand elle répond à mes questions. Et le garçon, le garçon surtout, avec ses yeux gris, ses yeux gris qui sont exactement les mêmes que les miens, avec son s&e

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 53

    Chapitre 53KaelisLe trajet du retour jusqu'au manoir se fait dans un silence presque complet, seulement troublé par le bruit de nos pas sur les pavés et par le souffle court de Nyora qui marche à côté de moi, sa main dans la mienne, ses doigts qui tremblent encore de l'excitation de la rencontre.La nuit est tombée sur Eldoria, une nuit douce et étoilée, et les réverbères projettent des halos de lumière dorée sur les façades de pierre, sur les devantures fermées, sur les arbres centenaires qui bordent les avenues, et je regarde tout cela sans le voir, sans vraiment le voir, parce que mon esprit est ailleurs, il est resté dans ce parc, près de l'étang, face à cet homme qui nous a parlé sans savoir qui nous étions, qui nous a regardés sans nous reconnaître, qui s'est &eac

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 52

    Chapitre 52VaelorJe ne peux pas détacher mon regard de ces enfants, je ne peux pas, malgré tous mes efforts, malgré la voix de la raison qui me dit de rentrer, de m'éloigner, de ne pas m'attacher à des inconnus qui ne sont rien pour moi.Ils jouent sur la pelouse, un garçon et une fille, des jumeaux visiblement, six ans peut-être, sept tout au plus, et ils rient, ils courent, ils se disputent une balle avec cette énergie insouciante des enfants qui n'ont encore rien connu des souffrances du monde. Le garçon est brun, les cheveux en bataille, et il a une façon de bouger, une façon de se tenir, de pencher la tête, de plisser les yeux qui me rappelle quelqu'un, quelqu'un que je n'arrive pas à identifier, quelqu'un que j'ai peut-être connu dans une autre vie. La fille a des boucles brunes qui dansent autour de son visage comme de

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 51

    Chapitre 51NyoraLe jeudi soir arrive enfin, après des jours d'attente qui m'ont semblé plus longs que des mois, plus longs que des années, plus longs que toute ma vie passée à Brumhaven, et quand l'heure approche, quand le soleil commence à descendre derrière les toits d'Eldoria et que le ciel se teinte de rose et d'orange et de violet, je sens mon cœur qui bat si vite que je dois poser ma main sur ma poitrine pour le calmer.Nous nous échappons du manoir sans que maman s'en aperçoive, elle est occupée à trier les derniers papiers du grand-père avec le notaire, et nous courons dans les rues, Kaelis et moi, main dans la main, nos pas qui résonnent sur les pavés, nos souffles qui s'accélèrent, nos rires qui fusent malgré la gravité du moment. Le parc des Fondateurs est exactement comme Kaeli

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 50

    Chapitre 50KaelisJ'ai passé la nuit à réfléchir, allongé dans mon lit, les yeux fixés sur le plafond de la chambre que nous occupons au manoir, ce plafond craquelé et taché d'humidité que je connais maintenant par cœur pour l'avoir scruté des heures entières pendant mes insomnies. Nyora dort dans le lit voisin, ses boucles brunes éparpillées sur l'oreiller, sa respiration régulière et paisible, et je l'écoute, je l'écoute comme on écoute la mer, comme on écoute une berceuse, et je me dis que je dois trouver une solution, je dois trouver un moyen d'approcher notre père avant que maman ne nous arrache à cette ville et à tout ce que nous avons découvert.Le vieil article de journal, je l'ai trouvé il y a plusieurs jours dans les archives

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 5

    Chapitre 5Suite du flashback AélyraIl s'arrête devant moi, et le monde disparaît.Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existai

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 4

    Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 3

    Chapitre 3KaelisJe n'aime pas les secrets.Je n'aime pas la façon dont ils s'insinuent dans les silences, dont ils corrodent les sourires, dont ils transforment les mots les plus simples en pièges et en mensonges. Ma mère a un secret, un secret immense et terrible, et ce secret a un nom, un visag

  • Le père que le destin cachait    Chapitre 2

    Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les

続きを読む
無料で面白い小説を探して読んでみましょう
GoodNovel アプリで人気小説に無料で!お好きな本をダウンロードして、いつでもどこでも読みましょう!
アプリで無料で本を読む
コードをスキャンしてアプリで読む
DMCA.com Protection Status