LOGINLA DETTE DU CŒUR Pour sauver son frère plongé dans un coma suspect, Nora vend son corps et son âme à Léonora, cheffe magnétique d’une organisation clandestine. Un collier de cuir scelle le pacte : elle appartient désormais à cette femme qui éveille en elle un désir aussi brûlant qu’interdit. Mais Soren, agent infiltré au charme brutal, lui aussi veut la posséder. Elle devient l’enjeu d’une guerre entre deux maîtres. Quand elle découvre que la mystérieuse Matriarche a orchestré la maladie de son frère, l’affrontement devient inévitable. Entre trahisons, captures et nuits incandescentes, Nora cesse d’être un pion. Elle impose son propre pacte : "Je vous aime tous les deux. Acceptez-le, ou détruisez-moi."
View MoreNora
La chambre 317 baigne dans une lumière grise d'octobre. Les stores sont à moitié baissés, les néons du couloir clignotent derrière la porte vitrée, et l'odeur de l'antiseptique me prend à la gorge depuis trois mois. Je ne la sens presque plus. Mon corps s'est habitué, comme il s'est habitué aux nuits sans sommeil, au goût du café froid, au bip régulier du moniteur cardiaque qui rythme mes journées. Gabriel dort. Il dort depuis quatre-vingt-quatorze jours exactement. J'ai arrêté de compter les heures, mais je compte les jours. C'est plus supportable. Les journées, on peut les barrer sur un calendrier. Les heures, elles s'étirent comme du caramel brûlé, collantes, interminables. Gabriel a dix-neuf ans. Il devrait être en train de préparer ses examens de médecine, de râler contre la cantine universitaire, de tomber amoureux d'une fille ou d'un garçon, de vivre. Au lieu de ça, il est allongé sur ce lit d'hôpital, les bras le long du corps, les yeux fermés, la respiration régulière grâce à ce fichu respirateur qui fait pshhh, pshhh toutes les trois secondes. Je lui tiens la main. Sa peau est tiède, toujours. C'est peut-être ça le pire : il est tiède, il respire, son cœur bat, mais il n'est pas là. Les médecins ont utilisé des mots que je ne comprends qu'à moitié. Coma inexpliqué. Aucune lésion cérébrale visible. Aucune toxine détectée. Aucune cause identifiable. Ils ont fait des scanners, des IRM, des ponctions lombaires, des analyses de sang, des analyses de tout. Ils ont consulté des spécialistes à Paris, à Lyon, à Genève. Rien. Gabriel s'est endormi un soir de juillet en se plaignant d'un mal de tête, et il ne s'est jamais réveillé. J'avais vingt-cinq ans quand c'est arrivé. J'en ai vingt-six maintenant. Mon anniversaire, je l'ai passé dans cette chambre, avec un gâteau que l'infirmière de nuit m'avait acheté à la boulangerie d'en bas. Gabriel dormait. J'ai soufflé les bougies toute seule, et j'ai pleuré dans le gâteau. Les factures s'empilent sur la table basse de mon studio. L'assurance ne couvre plus les soins spécialisés. L'hôpital public menace de transférer Gabriel dans un service de long séjour, à trois heures de route. Trois heures. Autant dire un autre monde. Je ne pourrais plus venir tous les jours. Je ne pourrais plus lui parler, lui lire, tenir sa main. L'idée me donne envie de hurler, alors je ravale. Je ravale depuis trois mois. J'ai la gorge en permanence nouée par tout ce que je n'ose pas exprimer. La porte s'ouvre sans que personne n'ait frappé. Je sursaute. L'infirmière de jour, Madame Delphine, ne vient jamais à cette heure. Elle passe vers onze heures pour la toilette, et ensuite on ne la revoit qu'à la relève. Mais ce n'est pas Madame Delphine qui entre dans la chambre 317. C'est une femme que je n'ai jamais vue. Elle est grande. Très grande. Elle porte un manteau noir qui lui arrive aux chevilles, coupé dans un tissu qui semble absorber la lumière. Ses cheveux sont sombres, striés de gris aux tempes, tirés en un chignon bas qui dégage un visage anguleux, des pommettes hautes, une bouche qui n'a pas l'habitude de sourire. Ses yeux sont noirs. Pas marron foncé , noirs, comme deux puits sans fond. Elle doit avoir la quarantaine, peut-être un peu plus, mais elle se tient avec une autorité qui écrase l'âge, le temps, les convenances. Elle ne me salue pas. Elle ne se présente pas. Elle avance de trois pas dans la chambre, ses talons claquent sur le linoléum, et elle s'arrête au pied du lit de Gabriel. Elle le regarde. Pas comme une inconnue , comme quelqu'un qui sait. — Vous êtes la sœur, dit-elle. Ce n'est pas une question. Sa voix est grave, posée, chaque syllabe articulée avec une précision chirurgicale. Je sens mes épaules se crisper. — Qui êtes-vous ? je demande. Vous n'avez pas le droit d'entrer ici sans — Je m'appelle Léonora. Elle dit son prénom comme on dit un titre. Pas de nom de famille. Pas d'explication. Juste Léonora, et le silence qui suit pèse trois tonnes. Elle détache son regard de Gabriel et le pose sur moi. J'ai l'impression d'être déshabillée, pesée, évaluée en une fraction de seconde. — Votre frère ne se réveillera pas, poursuit-elle. Pas avec les traitements actuels. Les médecins de cet hôpital sont compétents, mais ils ne savent pas ce qu'ils cherchent. Mon cœur s'arrête. Littéralement. Je sens le sang refluer de mon visage, mes doigts se glacer autour de la main de Gabriel. Cette femme vient de dire ce que je redoute depuis des semaines, ce que personne n'ose formuler. Elle l'a dit comme on annonce la météo. — Qu'est-ce que vous voulez ? je murmure. — Vous aider. Elle sort une enveloppe de la poche intérieure de son manteau et la pose sur la tablette, à côté du plateau-repas intact de Gabriel. L'enveloppe est épaisse, en papier ivoire, sans aucune inscription. — Là-dedans, il y a le nom d'un spécialiste. Un homme qui a travaillé sur des cas similaires. Il peut identifier la cause du coma de votre frère. Et la traiter. — Pourquoi ? j'articule. Pourquoi vous feriez ça ? Vous ne me connaissez pas. Vous ne connaissez pas Gabriel.NoraElle s'approche. Ses talons claquent sur le marbre. Elle s'arrête à quelques centimètres. Son parfum m'enveloppe. Sa main se lève, et je me prépare à la gifle.Elle ne me gifle pas.Ses doigts se posent sur ma joue, doucement. Presque tendrement. Puis ils glissent le long de ma mâchoire, descendent sur mon cou, s'arrêtent sur le collier. Elle le caresse, le fait rouler entre ses doigts, le serre à peine.— Tu veux savoir ce qui se passe quand on me défie ?Sa voix est un murmure. Je hoche la tête, incapable de parler.— Monte dans ma chambre.Elle lâche le collier, se détourne, et disparaît dans l'escalier sans se retourner. Je reste figée dans le hall, le cœur en chamade, le corps en feu. Puis je la suis.La chambre de Léonora est au troisième étage, dans l'aile est du manoir. Je n'y suis jamais entrée. La porte est massive, en chêne sculpté. Elle est entrouverte. Je pousse le battant.La pièce est immense. Un lit à baldaquin trône au centre, drapé de velours pourpre. Des bougie
NoraLe dîner se déroule dans une salle à manger aux murs de verre. La ville scintille en contrebas, tapis de lumières froides dans la nuit d'octobre. La table est ronde , détail inattendu, signe que Markov cultive une illusion d'égalité entre ses invités. Mais la hiérarchie est partout, dans les places attribuées, dans la durée des regards, dans l'ordre des prises de parole. Léonora est assise à la droite de Markov. Les autres convives s'échelonnent selon un ordre que je ne connais pas mais que je devine.Je me place contre le mur, près du vaisselier, avec Alba. Nous sommes deux à servir ce soir. Iris est restée au manoir. Alba est plus expérimentée que moi ; elle connaît le protocole par cœur, elle l'applique sans effort visible. Je l'observe du coin de l'œil, calque mes gestes sur les siens. Servir par la droite. Débarrasser par la gauche. Ne jamais faire de bruit. Ne jamais croiser un regard.L'entrée se passe sans encombre. Le plat principal également. Je commence à me détendre.
Mon cœur bondit dans ma poitrine. Gabriel. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis mon arrivée. Le spécialiste a commencé son travail, mais je ne sais rien de plus. Voir Gabriel. Lui parler. Toucher sa main. Cette perspective efface tout le reste.— Je réussirai, je dis.— Je sais.Elle se lève, contourne le bureau. Comme chaque fois. Le rituel se répète, mais il n'a rien perdu de son intensité. Elle s'approche de moi, s'arrête à quelques centimètres. Mon cœur bat trop vite. Mes poumons se remplissent mal.— Tu as croisé quelqu'un en ville ? demande-t-elle.La question me prend par surprise. Mes pensées s'affolent. Soren. La carte dans ma poche. Le mensonge sur mes lèvres.— Iris, Alba, le chauffeur. Personne d'autre.Léonora me regarde. Longtemps. Ses yeux noirs sondent les miens, et j'ai l'impression qu'elle voit tout. La carte. Les doigts de Soren sur mon collier. Le trouble qu'il a laissé dans mon ventre. Elle ne dit rien. Son pouce se pose sur ma lèvre inférieure, l'entrouvre à peine.
NoraLe lendemain, je me réveille avec une courbature aux genoux et une étrange sensation de vide entre les côtes. La punition de la veille a laissé des traces dans mon corps , mes rotules sont bleuies, mes cuisses raidies , mais ce n'est pas la douleur qui occupe mes pensées. C'est son regard. Ses doigts sur mon collier. Sa voix grave quand elle a dit ton corps a compris avant toi.Je m'assois dans le lit. Le jour est levé depuis une heure à peine. Le manoir est silencieux. Le collier de cuir est toujours là, autour de mon cou. Je l'ai gardé pour dormir. Je ne l'ai pas enlevé. Je ne pouvais pas.La matinée se passe en corvées. Iris me fait nettoyer les couloirs du rez-de-chaussée, changer les draps des chambres d'invités, cirer les meubles du salon principal. Des tâches subalternes, humiliantes, qui me maintiennent dans ma position de novice. J'obéis sans discuter. Chaque geste est une offrande silencieuse. Chaque heure qui passe me rapproche d'elle.À midi, Léonora fait une appariti












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