MasukNora
Je me réveille dans le lit de Léonora. Les draps sont en lin blanc, les oreillers en plumes, le baldaquin en velours pourpre. La lumière du jour filtre à travers les rideaux tirés, grise et douce. Un matin d'octobre comme les autres, sauf que rien n'est comme les autres. Mon corps est nu sous les couvertures. Ma peau se souvient de chaque caresse, de chaque baiser, de chaque frisson. Et le collier est toujours là. Il ne m'a pas quittée.Je tourne la tête. LéonMais le soir, c'est Léonora qui frappe à ma porte. — Nora, ouvre. Il faut qu'on parle. — Je n'ai rien à dire. — Ce n'est pas à propos de ton père. C'est à propos de Gabriel. Mon sang se glace. Gabriel. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis ma visite à l'hôpital. Le médecin devait synthétiser l'antidote. Et si quelque chose avait mal tourné ? J'ouvre la porte. Léonora est là, un téléphone à la main. Son visage est grave. — Le médecin vient d'appeler. L'antidote est prêt. Il va l'administrer demain matin. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Gabriel va se réveiller. Après des semaines d'angoisse, de doute, de douleur, il va enfin ouvrir les yeux. — Je peux y aller ? je demande, la voix tremblante. — Oui. La voiture sera prête à sept heures. Je t'accompagnerai. — Pourquoi ? Vous n'avez pas à être là. — Parce que je veux êtr
Je baisse les yeux vers le collier. Ce collier qui m'a été imposé comme un carcan et qui est devenu, au fil des jours, un ancrage. Il symbolise mon appartenance à Léonora, ma soumission à ses règles. Mais il symbolise aussi ma sécurité. Tant que je le porte, je suis intouchable. — Qui est derrière tout ça ? je demande. Les lettres, les dossiers, les révélations. Qui veut me retourner contre vous ? — Je ne sais pas encore. Mais je finirai par le découvrir. — Et si c'est quelqu'un de l'intérieur ? — Alors je le traiterai comme j'ai traité ton père. Le ton est glacial. Je frissonne. Léonora est capable de tout pour protéger son organisation. Y compris tuer ceux qu'elle aime. Je le sais maintenant. Je l'ai lu dans les pages du dossier. Je me lève. L'entretien est terminé. Je n'ai plus de questions. Plus de forces. — Je vais d
Nora---Le lendemain matin, je descends dans la salle à manger les yeux gonflés et la gorge en feu. Je n'ai pas dormi plus de deux heures, par fragments, peuplés de cauchemars. Le collier est toujours là. Il n'a pas bougé. Il ne bougera pas. Il est vissé à ma peau comme une seconde colonne vertébrale.Alba et Maeve sont déjà attablées. Leurs conversations s'interrompent quand j'entre. Elles savent. Forcément. Les murs du manoir ont des oreilles, et les oreilles ont des bouches. Iris, debout près du buffet comme à son habitude, me regarde avec une expression que je ne lui ai jamais vue. De la pitié. Ou quelque chose qui y ressemble.— Café ? propose-t-elle.— Oui. Merci.Je m'assois à ma place habituelle. Mes mains tremblent un peu. Alba me glisse un croissant sans rien dire. Maeve pousse le pot de confiture dans ma direction. Leurs gestes sont discrets, presque tendres. Dans cette maison où tout est hiérarchie et proto
Son regard plonge dans le mien, et je vois qu'elle est sincère. Elle a peur. Pas pour elle , pour moi. Elle craint ce que je pourrais apprendre. Et cette peur, loin de me rassurer, attise ma curiosité.— Si vous ne me dites pas la vérité, quelqu'un d'autre le fera, je murmure. C'est ce que la lettre promet.— Je sais.— Alors parlez-moi. Dites-moi ce que vous me cachez.Léonora soupire. Elle passe une main dans ses cheveux, un geste de fatigue que je ne lui ai jamais vu. Puis elle s'adosse au mur du couloir, les bras croisés, et commence à parler.— Il y a vingt ans, ton père a fondé cette organisation. Il l'a appelée la Phalange. Son but était de protéger les personnes vulnérables que l'État ignorait. Des femmes battues, des enfants menacés, des témoins sous protection défaillante. La Phalange leur offrait un refuge, des ressources, une nouvelle identité si nécessaire.— Mon père était un justicier ?— Plutôt
Nora Le soir tombe. Iris frappe à ma porte pour le dîner. Je ne réponds pas. Elle insiste, puis repart. Je n'ai pas faim. Je n'ai envie de rien. La nuit enveloppe le manoir. Je ne dors pas. Je pense à mon père, que je croyais connaître et qui menait une vie secrète. Je pense à Gabriel, empoisonné à cause de moi. Je pense à Léonora, qui m'a sauvée et piégée dans le même geste. Je pense au Cercle, ce danger invisible qui rôde dans l'ombre. Et je pense à ce dossier, mystérieusement apparu dans ma chambre, comme un avertissement ou une menace. Je finis par m'endormir, épuisée. Dans mon rêve, je cours dans la forêt. Des ombres me poursuivent entre les arbres. J'entends des rires, des cris, des pas qui se rapprochent. Et puis une main m'attrape, et je me réveille en sursaut. La chambre est plongée dans le noir. Le manoir est silencieux. Le collier est toujours là, autour de mon cou. Je le touche, machinalement. Il est chaud. Il
NoraElle désigne une photo sur le tableau. C'est une photo de moi. Une photo ancienne, prise lors de mon dernier anniversaire, avec Gabriel à mes côtés. Je ne l'avais jamais vue. Quelqu'un nous a photographiés à notre insu.— Il y a un an, un groupe rival a commencé à s'intéresser à toi. Ce groupe s'appelle le Cercle. Ils recrutent des personnes comme toi — des jeunes femmes isolées, vulnérables, sans famille — pour les utiliser comme pions dans leurs opérations. Ils t'auraient approchée tôt ou tard. Ils auraient trouvé un moyen de te piéger. J'ai décidé de les prendre de vitesse.— Vous auriez pu m'avertir. Me proposer votre protection. Pas besoin d'empoisonner Gabriel.— Tu aurais refusé. Tu es têtue, je te l'ai dit. Et le Cercle n'aurait pas mis longtemps à te retrouver. Il fallait que tu viennes de ton plein gré, poussée par une nécessité absolue. Il fallait que tu sois liée à moi par une dette que tu ne pourrais jamais rembourser. Pour que l







