MasukLa journée touchait enfin à sa fin.
Je venais d'accompagner notre dernière cliente jusqu'à la porte. Dès qu'elle quitta le salon, je laissai échapper un long soupir et étirai mes épaules, fatiguées par cette première journée.
— Ça y est... Notre premier jour est terminé.
Mia referma son agenda avec un sourire qui en disait long.
— Tu te rends compte ? On est presque complètes pour toute la semaine.
Je la regardai, encore un peu incrédule.
Tout s'était passé tellement vite.
— Merci d'avoir cru en moi, soufflai-je.
Elle secoua aussitôt la tête.
— Hé, ne me remercie pas. Si les clientes reviennent, c'est grâce à ton travail. Tu as un vrai talent, Élina.
Ses mots me réchauffèrent le cœur.
Nous commencions à ranger les derniers produits lorsque la clochette au-dessus de la porte tinta.
Toutes les deux, nous levâmes la tête.
Un homme venait d'entrer.
Une casquette noire cachait une partie de son visage. Il portait aussi des lunettes de soleil, malgré la fin de journée, ainsi qu'un sweat gris à capuche et un pantalon de sport.
— Bonsoir, dit-il d'une voix posée.
Je lui adressai un sourire poli.
— Bonsoir. Je suis désolée, mais le salon est fermé.
L'homme resta silencieux quelques secondes avant d'enlever lentement ses lunettes.
Je retins mon souffle.
Ces yeux...
Je les avais déjà vus.
Quelques heures plus tôt, sur l'immense panneau publicitaire devant le centre sportif.
Christiano Willer.
Pourtant, l'homme assis devant moi n'avait rien de la star entourée de photographes que j'avais aperçue dans la rue.
Son visage portait les marques de la fatigue.
De profondes cernes assombrissaient son regard et ses traits semblaient tirés, comme s'il n'avait pas vraiment dormi depuis plusieurs jours.
— Je suis désolé de venir si tard, dit-il avec calme. Je sais que vous avez fermé, mais j'aurais besoin d'un service... en toute discrétion.
À côté de moi, Mia me donna discrètement un coup de coude.
Je tournai légèrement la tête vers elle.
Ses yeux étaient immenses.
Elle semblait sur le point de pousser un cri.
Je lui lançai un regard qui voulait clairement dire :
Pas un mot.
Elle pinça aussitôt les lèvres pour retenir son excitation.
Je reportai mon attention sur notre visiteur.
— De quel service avez-vous besoin ?
Christiano passa une main dans ses cheveux, visiblement un peu gêné.
— J'ai une séance photo demain matin. Mon coiffeur habituel est coincé à l'étranger et mon agent essaie d'en trouver un autre.
Il marqua une courte pause avant de poursuivre.
— Le problème, c'est que dès que je mets les pieds dans un salon, les paparazzis finissent toujours par le découvrir.
Un léger sourire fatigué apparut sur son visage.
— En passant devant votre enseigne, j'ai vu que vous veniez juste d'ouvrir. Je me suis dit que personne n'aurait l'idée de me chercher ici.
Je croisai doucement les bras.
— Si je comprends bien... vous voulez que votre présence reste entre nous ?
Il acquiesça aussitôt.
— Exactement.
Je pris quelques secondes pour réfléchir.
Puis je hochai la tête.
— Très bien. Nous garderons le secret.
Ses épaules semblèrent se détendre d'un seul coup.
— Merci... sincèrement.
Avant même que je commence, Mia se dirigea vers la porte.
Elle retourna la pancarte.
FERMÉ
Puis elle verrouilla soigneusement l'entrée.
— Voilà. Comme ça, personne ne viendra nous interrompre.
Christiano s'installa devant l'un des grands miroirs.
Je dépliai une cape noire et la passai délicatement autour de ses épaules.
En relevant la tête, nos regards se croisèrent dans le reflet.
Pendant une seconde, aucun de nous ne parla.
Le silence n'était pas gênant.
Il avait quelque chose d'étrangement apaisant.
Finalement, ce fut lui qui le rompit.
— Vous venez d'ouvrir votre salon ?
Je souris tout en préparant mes ciseaux.
— Oui. Aujourd'hui était notre toute première journée.
Il observa quelques instants le salon avant de hocher la tête.
— Félicitations.
Je sentis mes lèvres s'étirer malgré moi.
— Merci.
Je commençai à couper ses cheveux avec des gestes précis.
Très vite, seuls le léger claquement des ciseaux et le bourdonnement discret de la tondeuse remplirent la pièce.
Au bout d'un moment, Christiano reprit la parole d'une voix plus douce.
— Vous savez...
J'arrêtai un instant mon geste pour l'écouter.
Il regardait son reflet dans le miroir.
— Depuis ce matin, tout le monde me voit comme Christiano Willer, le joueur de football.
Il esquissa un sourire presque imperceptible.
— Vous êtes la première personne qui me regarde simplement comme un homme.
Je croisai son regard dans le miroir.
— C'est peut-être parce que je préfère apprendre à connaître quelqu'un avant de me faire une opinion.
Pendant quelques secondes, il ne répondit rien.
Puis un sourire sincère illumina enfin son visage.
Un sourire simple.
Sans masque.
Sans les projecteurs.
À cet instant, ni lui ni moi n'imaginions que cette visite improvisée, pour une simple coupe de cheveux, venait de faire se croiser deux destins qui n'avaient pas fini de se surprendre.
Mon téléphone ne cessait de vibrer.Je restais immobile, les yeux fixés sur l'écran.Maxime Kev.Son nom fit remonter en moi des souvenirs que j'aurais préféré oublier.Depuis le soir où je l'avais surpris avec Sarah, il n'avait plus cherché à me contacter.Je laissai son appel s'éteindre.À peine quelques secondes plus tard, il recommença.Puis encore une fois.Mia, qui observait la scène en silence, posa une main sur mon épaule.— Décroche.Je tournai la tête vers elle.— Sinon, il va continuer toute la journée.Je fermai les yeux un instant pour rassembler mon courage.Puis j'acceptai enfin l'appel.— Qu'est-ce que tu veux, Maxime ?Au bout du fil, il ne répondit pas tout de suite.J'entendais simplement sa respiration.Puis sa voix résonna, plus hésitante que dans mes souvenirs.— Enfin... tu m'as répondu.Mon estomac se noua.Cette voix m'était devenue étrangère.— Réponds à ma question.Il prit une inspiration.— Je t'ai vue à la télévision.Je gardai le silence.— Alors... c'es
Le gala prit fin un peu avant minuit.Lorsque Christiano et moi quittâmes l'hôtel, je crus un instant que la foule s'était encore agrandie.Les journalistes nous attendaient derrière les barrières de sécurité.À peine avions-nous franchi les portes que les flashs éclatèrent de nouveau.— Christiano !— Un mot pour la presse !— Qui est la jeune femme qui vous accompagne ?Les voix se mélangeaient. Chacun essayait de couvrir les autres.Je baissai instinctivement les yeux.Cette agitation me mettait mal à l'aise.Sans répondre à la moindre question, Christiano m'ouvrit la portière de la voiture.— Montez.Sa voix était calme, presque rassurante.Je hochai la tête et pris place à l'intérieur.Quelques secondes plus tard, il me rejoignit et la voiture s'éloigna enfin de l'hôtel.À travers la vitre teintée, je regardai les journalistes disparaître peu à peu.Je laissai échapper un long soupir.— Je comprends mieux ce que Victor voulait dire.Christiano tourna légèrement la tête vers moi.
Le gala battait son plein.Les conversations se mêlaient aux éclats de rire, les verres s'entrechoquaient et les serveurs circulaient discrètement entre les invités.Assise à côté de Christiano, je terminai tranquillement mon assiette. Pour la première fois depuis le début de la soirée, je me sentais presque à ma place.Une voix grave interrompit soudain notre conversation.— Christiano.Je relevai la tête.Le sourire qui éclairait son visage quelques secondes plus tôt s'effaça aussitôt.Il se leva.— Victor.Les deux hommes échangèrent une poignée de main.Le geste semblait cordial, mais quelque chose sonnait faux.Leurs sourires étaient impeccables.Leurs regards, eux, étaient glacials.Je compris immédiatement qu'ils étaient loin d'être aussi proches qu'ils voulaient le laisser croire.Victor Donald se tourna ensuite vers moi.Son sourire était parfaitement maîtrisé.Trop parfait.— Vous devez être Élina Johnson.Je me levai à mon tour.— Enchantée.— J'ai beaucoup entendu parler d
Victor Donald faisait lentement tourner son verre de whisky entre ses doigts.Son regard, lui, restait fixé sur Élina.Il ne la quittait pas une seule seconde.— Qui est cette femme ? demanda-t-il d'une voix calme, mais glaciale.Son assistant s'approcha aussitôt.— Elle s'appelle Élina Johnson.Il consulta rapidement sa tablette avant de poursuivre.— Elle a ouvert récemment Bella Glow Studio, à quelques rues du centre d'entraînement du Royal Nevada FC.Victor continua d'observer la jeune femme de l'autre côté de la salle.— Depuis quand Christiano s'intéresse-t-il à une parfaite inconnue ?— D'après ce que nous avons pu vérifier, ils se connaissent seulement depuis quelques jours.Un sourire sans chaleur effleura les lèvres de Victor.— Quelques jours...Il marqua une courte pause.— Et pourtant, il l'amène déjà à un gala officiel.Il ne fait jamais ce genre de chose.Son assistant resta silencieux.Il connaissait suffisamment son patron pour savoir que cette curiosité n'avait rien
Les flashs continuaient d'éclater sans interruption.Éblouie, je baissai instinctivement les yeux. Je n'avais jamais aimé attirer l'attention. Encore moins devant une foule de journalistes qui semblaient prêts à transformer le moindre détail en gros titre.— Christiano ! Par ici !— Regardez-nous !— Qui est cette jeune femme ?— Est-ce votre nouvelle compagne ?Les questions fusaient de tous les côtés.À côté de moi, Christiano ne ralentit pas. Il gardait les yeux fixés devant lui, comme s'il n'entendait rien.Sa main serrait toujours la mienne.Ce simple geste me rassurait plus que je ne voulais l'admettre.Dès que les portes de l'hôtel se refermèrent derrière nous, le vacarme des photographes s'éloigna enfin.Je soufflai discrètement, soulagée.Christiano tourna la tête vers moi.— Ça va ?J'acquiesçai, même si mon cœur battait encore un peu trop vite.— Oui... enfin, je crois.Je baissai les yeux avant d'ajouter, un peu gênée :— Désolée...Il fronça légèrement les sourcils.— Pou
Le jour du gala arriva plus vite que je ne l'avais imaginé.Depuis mon réveil, je n'avais que cette soirée en tête.Chaque fois que j'essayais de penser à autre chose, mon esprit revenait aussitôt aux journalistes, aux célébrités et à cette invitation que j'avais acceptée presque sur un coup de tête.Je m'arrêtai devant le miroir du salon.Qu'est-ce que je faisais vraiment là-dedans ?Bella Glow Studio venait à peine d'ouvrir. J'étais loin d'appartenir à leur monde.— Tu vas finir par user le carrelage.La voix amusée de Mia me tira de mes pensées.Je levai les yeux vers elle.— Tu fais les cent pas depuis dix minutes.Je laissai échapper un soupir.— Je ne peux pas m'en empêcher... Je suis vraiment stressée.Elle s'approcha et posa une main rassurante sur mon épaule.— Écoute-moi bien. Tu ne vas pas à cette soirée pour impressionner des stars. Tu y vas parce que tu es une excellente professionnelle. C'est pour ton talent qu'on t'a appelée.Ses mots dissipèrent une partie de mon inqui







