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Chapitre 5 : Le Silence

Author: Ammy gold
last update publish date: 2026-07-09 17:54:34

Je restai figé dans le couloir de béton sombre, le dos pressé contre le mur froid comme s’il pouvait d’une façon ou d’une autre me sauver. Le silence pesait, épais et lourd. Mon pouls cognait si fort que je le sentais dans mes dents. Chaque partie de moi hurlait de fuir, mais mes jambes refusaient de bouger.

Roland ne se pressa pas. Il ne le faisait jamais. Il avançait comme s’il possédait toute l’arène, comme si les ombres elles-mêmes s’inclinaient devant lui. Quand il s’arrêta enfin, il était assez proche pour que je puisse sentir l’odeur de pin, d’eau de lac gelée, et ce parfum plus profond en dessous. Sauvage. Ancien. Terriblement bon.

« Tu es un très mauvais menteur », dit Roland.

J’avalai difficilement. « Je ne sais pas de quoi tu parles. »

Les lèvres de Roland se courbèrent en un lent sourire dangereux. Il étudia mon visage comme un loup observe un lapin qui devient soudain intéressant. Sa main gantée se leva et inclina mon menton d’un doigt. Nos regards se verrouillèrent.

« Le pack pense que tu es Lucien », murmura Roland. Son pouce effleura ma lèvre inférieure, lent et délibéré. « Ton père doit être fier de son petit échange. Mais Lucien n’a jamais été aussi doux. Il ne tremblait pas comme ça. »

Ma respiration se bloqua. Une chaleur envahit mon corps, se concentrant bas dans mon ventre. Je détestais la façon dont ma peau s’empourprait.

Roland se pencha jusqu’à ce que ses lèvres frôlent le creux de mon oreille. « Tu sens comme un oméga qui supplie d’être revendiqué, petit imposteur. »

Je m’attendais à de la colère. Je m’attendais à être démasqué. Ce que j’obtins à la place fut ce même sourire sombre, plus profond maintenant, presque affamé.

Roland recula juste assez pour croiser mon regard à nouveau. « Mais je ne vais rien dire. »

Je clignai des yeux. « Quoi ? »

« Tu m’as entendu. » Sa voix descendit encore plus bas. « Je vais garder ton petit secret sale. Pour l’instant. »

Il s’approcha davantage, me plaquant plus fort contre le mur. La chaleur qui émanait de lui était intense. Épaules larges. Torse puissant. Roland était l’arrogance enveloppée de muscles et d’une structure osseuse parfaite. Il ressemblait au péché vêtu d’un maillot de hockey.

« Pourquoi ? » soufflai-je.

« Parce que te détruire tout de suite serait ennuyeux. » La main de Roland glissa vers le bas et se posa lourdement sur mon cœur qui battait la chamade. « Je veux te voir te tortiller. Je veux te briser lentement sur cette glace jusqu’à ce que tu oublies ton propre nom. Et quand tu craqueras enfin, je serai le seul à savoir exactement pourquoi. »

Puis Roland m’embrassa.

Mes mains se levèrent d’un coup, agrippant son maillot comme si c’était la seule chose solide restante au monde. Mon cœur battait si vite que j’en avais le vertige. Juste à cause d’un baiser. Juste à cause de la main de Roland sur ma poitrine.

Quand il s’écarta enfin, son sourire revint, plus tranchant que jamais. « Entraînement demain. Tôt. Ne sois pas en retard, Jeffery. »

Il se retourna et s’éloigna sans un mot de plus, me laissant affalé contre le mur, les lèvres gonflées et l’esprit tourbillonnant.

***

Le lendemain matin, la patinoire ressemblait à un champ de bataille.

Je laçai mes patins avec des doigts tremblants. J’étais censé être Lucien. Confiant. Aiguisé. Intouchable. Au lieu de cela, je me sentais comme un imposteur portant l’équipement de quelqu’un d’autre.

L’équipe bougeait autour de moi, bruyante et brutale, mais je ne pouvais me concentrer que sur Roland. Il patinait comme s’il était né avec des lames aux pieds. Enjambées arrogantes. Poussées puissantes. Chaque mouvement criait le contrôle. Et mon Dieu, il était magnifique sous les lumières vives. La sueur collait déjà ses cheveux sombres à son front. Ses muscles se contractaient sous son maillot d’entraînement.

« Imposteur », murmura Roland en me dépassant pendant l’échauffement, assez près pour que son épaule frôle la mienne. Personne d’autre n’entendit.

Les exercices commencèrent. Passes. Charges. Courses de vitesse. Roland trouvait toujours des raisons de s’approcher. Pendant un exercice, il me percuta « accidentellement », me plaquant contre les balustrades une demi-seconde de plus que nécessaire.

« Attention, oméga », murmura Roland, son souffle chaud contre mon cou. « Tu bandes encore. »

Mon visage brûla. Les fines couches de notre équipement ne cachaient rien de la réaction de mon corps. Ça n’avait aucun sens. J’étais terrifié par cet homme. Roland pouvait tout ruiner d’un seul mot.

Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

Mais Roland n’en avait pas fini. Pendant un exercice un contre un, il m’attaqua comme une tempête. Nous nous écrasâmes près du but. Son corps plus grand me domina facilement, me pressant contre la glace. Nos visages étaient à quelques centimètres.

« Tu luttes déjà ? » murmura Roland, la voix assez basse pour que je sois le seul à entendre. Une de ses mains glissa vers le bas et agrippa ma hanche avec force. « Ton corps sait à qui il appartient. Même si ta bouche continue de mentir. »

Je retins un son que je refusais de nommer. La pression de la cuisse de Roland entre mes jambes empirait tout. Je voulais le repousser. Je voulais le tirer plus près. La confusion me faisait tourner la tête.

« Lâche-moi. »

Roland se contenta de sourire et appuya plus fort pendant une seconde dangereuse avant de patiner plus loin, riant comme si tout cela n’était qu’une blague.

Le reste de l’entraînement fut une torture. Chaque charge portait un sens caché. Chaque fois que Roland corrigeait ma posture, ses mains s’attardaient sur mon bas du dos, ma cuisse, l’arrière de ma nuque. Chaque toucher ressemblait à une marque au fer rouge. Chaque murmure envoyait de nouvelles vagues de chaleur indésirable à travers mon corps.

À la fin, j’étais épuisé, en sueur, et à peine capable de penser clairement. Le pire ? Roland avait l’air parfaitement calme. Arrogant. Maîtrisé. Comme s’il savait exactement ce qu’il me faisait.

***

Dans le vestiaire, la plupart de l’équipe était déjà partie. J’étais assis sur le banc, essayant de reprendre le contrôle de ma respiration.

Roland apparut devant moi, torse nu, une serviette basse sur les hanches. Des gouttes d’eau coulaient sur ses abdominaux sculptés. Il ressemblait à un dieu qui prenait plaisir à briser les mortels.

« Tu as été meilleur aujourd’hui », dit Roland d’une voix désinvolte. Puis il se pencha, posant une main sur le casier derrière ma tête. « Mais nous savons tous les deux que tu fais encore semblant. Sur la glace et dans ta tête. »

Je levai les yeux. Ma bouche était sèche. « Pourquoi fais-tu ça ? »

Le sourire de Roland fut lent, cruel et injustement attirant. « Parce que je peux. Parce que te regarder lutter contre ton désir est la chose la plus amusante que j’aie eue depuis des années. » Il tendit la main et effleura à nouveau mon pouce sur ma lèvre inférieure, comme dans le couloir. « Et parce qu’au fond, tu ne veux pas que j’arrête. »

Il se redressa et se dirigea vers les douches, me laissant assis là, le cœur battant, le corps douloureux, et terrifié de constater que j’étais déjà accro.

Le silence entre nous n’était plus vide. Il était rempli de promesses. De sombres et dangereuses promesses.

Et je n’étais pas sûr de vouloir y échapper.

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