LOGINLa fondation n'a pas été créée selon un plan préétabli.Tout a commencé avec une femme nommée Céline.Céline avait trente et un ans. Mère de deux enfants de moins de cinq ans, elle avait quitté un mariage violent huit mois avant de rencontrer Isabella, dans un centre social du 18e arrondissement où Isabella s'était rendue avec Hélène pour déposer des dons.Céline était assise dans la salle d'attente lorsqu'Isabella arriva. Son plus jeune enfant était sur ses genoux et l'aîné blotti contre elle. Elle remplissait un formulaire avec la concentration de quelqu'un pour qui la paperasserie avait toujours été un obstacle plutôt qu'une simple formalité.Isabella s'assit à côté d'elle, car la salle d'attente était petite et il n'y avait pas d'autre chaise.Elles n'avaient pas l'intention de parler.Mais l'enfant sur les genoux de Céline avait regardé Isabella avec cette franchise d'évaluation que les jeunes enfants réservent aux inconnus, puis lui avait tendu une petite figurine en plastique q
L'EMPIRE DES AFFAIRESL'annonce de la fusion fut faite un mardi matin d'octobre, six semaines après Positano.Isabella se tenait à la tribune, dans l'atrium de Beaumont Industries. La haute verrière du bâtiment, filtrée par la lumière automnale, formait de longs rayons pâles.Étienne se tenait à sa gauche.Marc se tenait à sa droite.Derrière eux, sur un écran occupant toute la largeur du mur de l'atrium, s'affichait le nouveau logo.« GROUPE BEAUMONT SENTINEL »Les journalistes occupaient les dix premiers rangs. Derrière eux, le personnel de Beaumont Industries et de Sentinel Security Solutions, plusieurs centaines de personnes arrivées en avance et maintenant immobiles, suivait la tribune avec l'attention soutenue de ceux dont l'avenir professionnel se dessinait sous leurs yeux.Isabella prit la parole la première. Elle avait rédigé elle-même la déclaration, que Marc avait relue et qu'Étienne avait lue sans suggérer de modifications. Elle avait interprété cela comme une approbation
POSITON, NUITLa villa était calme à leur retour du dîner.Ils avaient mangé dans un petit restaurant à mi-chemin du sentier côtier, un endroit sans carte et dont le propriétaire avait choisi le menu en fonction des produits de la mer arrivés le matin même. Le repas avait été extraordinaire, comme le sont toujours les plats simples préparés avec une attention toute particulière.Ils étaient rentrés lentement.Le village était baigné d'une douce lumière contrastant avec l'obscurité. La mer, invisible en contrebas, était pourtant audible, une présence sourde et constante qui imprégnait tout.Les talons d'Isabella avaient glissé en descendant, et elle les tenait à la main, les pieds nus sur la pierre chaude.Étienne marchait à ses côtés, sa veste sur le bras, les poignets retroussés.Ils parlèrent peu sur le chemin du retour.Ils avaient bavardé pendant le dîner, de ces conversations qui passaient sans effort des grands sujets aux petits. Des jumeaux. De l'offre de Genève. La question de
LA LUNE DE MIELLa villa de Positano se dressait au bord d'une falaise surplombant la mer Tyrrhénienne.Ses murs étaient blancs, son sol en terre cuite et sa terrasse s'avançait à flanc de falaise, donnant l'impression d'être à la proue d'un navire. L'eau en contrebas arborait ce bleu si particulier qu'on ne trouvait que dans cette région du monde, et que l'on retrouvait dans les tableaux de ceux qui l'avaient contemplée et ne pouvaient l'oublier.Le premier matin, Isabella se tenait sur la terrasse, une tasse de café à la main, et contemplait la mer.Elle n'avait pas regardé son téléphone.C'était nouveau.Elle était consciente de l'effort que cela lui demandait, de ce léger réflexe professionnel qui la poussait vers l'appareil posé sur la table, vers les notifications qui s'accumulaient, vers cette partie de son esprit qui tournait à plein régime depuis si longtemps que le calme lui semblait presque anormal.Elle respira.Elle resta avec la mer. Le café était bon. Corsé et légèreme
L'arche était ornée de roses blanches.Julien Mercier était présent, assis au premier rang, les bras croisés, l'air figé dans une expression qui trahissait son émotion tout en lui permettant de la dissimuler.Geneviève Beaumont était assise deux rangs plus loin, le dos droit, les mains sur les genoux. Elle avait peu parlé de cette journée lorsqu'Étienne le lui avait annoncé. Elle l'avait longuement regardé, puis avait dit : « Assurez-vous que ce soit bien fait cette fois-ci. »Étienne avait pris cela pour une approbation.Sophie était assise près d'Hélène, leurs épaules se touchant, Sophie cherchant déjà dans son sac le mouchoir qu'elle avait apporté avec l'intention de s'en servir.Et au bout de l'allée du jardin, sous l'arche de roses, se tenait Étienne.Il portait un costume sombre, sans cravate, le col de sa chemise ouvert d'un bouton.Il avait toujours été un homme qui paraissait le plus lui-même lorsque les formalités étaient légèrement relâchées. Il regarda Isabella descendre
LE RENOUVELLEMENT DES VŒUXLe jardin du Château Laurent était plongé dans un calme matinal.Ce calme qui régnait avant que le monde ne s'éveille pleinement. Avant l'arrivée des traiteurs, leurs nappes blanches et leurs arrangements minutieux. Avant que le fleuriste n'ait fini de tresser les roses blanches sous l'arche, au fond de l'allée. Avant que Grace ne descende les jumelles, déjà habillées.Isabella, une tasse de thé à la main, se tenait à la fenêtre du dressing, au premier étage, et contemplait le jardin en contrebas.La lumière matinale, douce et rasante, arrivait de l'est, traversant les collines, et transformait la rosée sur l'herbe en un éclat fugace, comme du verre brisé.Elle avait bien dormi.Cela l'étonnait encore. Elle s'attendait à passer une nuit blanche, accablée par le poids de ce que cette journée impliquait. Avec tout le poids de l'histoire qui l'avait menée là : sept années de distance, des mois de conflit, le processus lent, douloureux et peu glorieux de deux pe
« Viens à la villa avec Étienne ce soir. J'étais prise hier, je n'ai donc pas pu fêter ça avec toi. » La voix de Geneviève, d'un calme imperturbable, résonna au téléphone. Isabella éloigna légèrement l'appareil de son oreille, assimilant ces mots qui n'étaient pas vraiment des excuses. Sa belle-mè
Ce soir-là, le penthouse était chaud quand Étienne rentra vers 21 heures. Une odeur de dîner flottait encore dans l'air. Des rires résonnaient dans la salle à manger.Étienne entra et vit Isabella assise à table avec Margot et Émilie. Les jumelles bavardaient de leur journée, le visage rayonnant.I
Il essaya la poignée, mais la porte était verrouillée.Il frappa de nouveau, plus fort cette fois. « Isabella, ouvre la porte. »Finalement, la serrure claqua et la porte s'ouvrit.Isabella se tenait sur le seuil, le visage froid.« Que veux-tu, Étienne ? »Étienne entra sans prévenir, obligeant Is
Étienne était assis seul dans son bureau, les yeux rivés sur le message de Jacob sur son téléphone.« Le courriel a été envoyé via plusieurs serveurs proxy pour être intraçable, mais je vais continuer à enquêter. »Sa mâchoire se crispa. Quelqu'un avait orchestré tout cela délibérément. On lui avai







