LOGINAlexander C'est une journée d'août, torride et lumineuse, dans les jardins de la Villa dei Sogni. Le manoir est plein de rires. Les enfants courent dans les champs de lavande, leurs cris se mêlant au chant des cigales. Les adultes sont assis à l'ombre des oliviers, leurs verres de vin à la main, leurs conversations ponctuées d'éclats de rire. Et au milieu de cette joyeuse pagaille, il y a Hope. Notre fille. Notre petite âme. Elle a trente-sept ans maintenant, et elle est devenue une femme brillante, accomplie, rayonnante. Elle a choisi sa voie , pas la finance, pas l'empire, mais le droit. Elle défend les causes perdues, les accusés innocents, les opprimés. Elle est avocate, comme sa grand-mère Margaret aurait pu l'être si la vie ne l'avait pas brisée. Et chaque fois que je la regarde plaider, que ce soit dans un prétoire ou à la table du dîner, je retrouve l'éclat de ses ancêtres — la force de Robert Sterling, la détermination de Margaret, la passion d'Eva. Elle a épousé un homme
Eva Les années ont passé, douces et impitoyables, comme la mer qui polit les galets sans jamais s'arrêter. Nos cheveux sont désormais poivre et sel, nos visages marqués par les rides du temps et du bonheur. Alexander a des lunettes pour lire, qu'il oublie toujours quelque part, et je dois l'aider à les retrouver. J'ai des douleurs aux hanches les matins d'hiver, et il me prépare des bains chauds parfumés à la lavande, comme il le faisait quand j'étais enceinte de Hope. Nous ne sommes plus le Roi et la Reine de Manhattan, ces figures de légende qui dominaient Wall Street et les médias. Nous sommes devenus un vieux couple, simplement. Un vieux couple qui se tient la main sur un banc de Central Park. Un vieux couple qui danse dans sa cuisine sur des disques de jazz. Un vieux couple qui rit, qui s'aime, qui vieillit ensemble, paisiblement, heureusement. Ce soir, nous sommes sur la terrasse de la Villa dei Sogni, en Toscane. C'est l'été, et l'air est chargé du parfum des roses et de la
Sa voix se brise légèrement, mais elle continue. — Aujourd'hui, je renouvelle mon serment. Je suis ta Maîtresse, au sens où je maîtrise ton cœur, ton désir, ton âme. Et je suis ton esclave, au sens où je me donne à toi tout entière, sans réserve, sans condition. Je suis à toi. Tu es à moi. Nous sommes l'un à l'autre. Pour l'éternité. — Pour l'éternité, répété-je en écho. Nous nous embrassons, et ce baiser est un sceau. Un sceau sur nos vingt premières années. Un sceau sur toutes les années à venir. Nos lèvres se trouvent, se reconnaissent, s'unissent, comme au premier jour, comme au dernier jour, comme tous les jours entre les deux. Puis je la prends par la main, et je l'entraîne hors de la bibliothèque, à travers les couloirs de la villa, jusqu'à la chambre nuptiale. Celle où nous avons passé notre nuit de noces, il y a vingt ans. Le lit à baldaquin, les draps de lin blanc, les bougies sur les rebords de fenêtre. Rien n'a changé. Tout est comme autrefois. — Ce soir, dit Eva en
Il me fait basculer sur le lit, ses lèvres traçant un chemin de feu sur ma peau. Mes vêtements glissent, un à un, et je m'abandonne à ses mains, à sa bouche, à sa voix. Le bandeau de soie m'isole du monde, exacerbe mes sensations, transforme chaque caresse en un événement cosmique. — Je t'aime, Eva. Je t'aime comme au premier jour. Comme au dernier jour. Comme tous les jours entre les deux. — Prouve-le-moi. Il le prouve. Il le prouve avec ses doigts, avec sa langue, avec son sexe qui me pénètre lentement, profondément, me remplissant tout entière. Le bandeau de soie glisse de mes yeux, et je le vois au-dessus de moi, son visage éclairé par la lueur des bougies, ses yeux noirs plongeant dans les miens. Il est beau. Mon Dieu, comme il est beau. Les années ont creusé des rides au coin de ses yeux, parsemé ses tempes de fils argentés. Mais son regard est le même qu'au premier jour. Ce regard qui m'a conquise, possédée, sauvée. — Alexander... — Jouis, Eva. Jouis pour moi. Et je joui
Elle sourit à travers ses larmes, et nous restons enlacés tous les trois, au milieu de la foule qui continue de célébrer, de rire, de danser. La musique reprend, les conversations bourdonnent, et la vie continue. Mais pour nous, cet instant est suspendu. Un moment de grâce, un moment de transmission, un moment d'amour. Plus tard, dans la limousine qui nous ramène au penthouse, Eva se blottit contre mon épaule, sa main dans la mienne. — Tu es sûr de toi ? demande-t-elle. Pour la retraite ? — Sûr et certain. J'ai passé ma vie à diriger cet empire. J'ai envie de passer le reste à vivre. Avec toi. Avec Hope. Avec nos petits-enfants, un jour. — Nos petits-enfants. J'aime cette idée. — Moi aussi. — Alors préparons l'avenir. Ensemble. — Ensemble. Pour toujours. La limousine file dans les rues de Manhattan, et je regarde les lumières de la ville défiler derrière la vitre. Cette ville que j'ai dominée, cette tour que j'ai bâtie, cet empire que j'ai conquis. Tout cela va passer en d'au
— Alexander Le vingtième anniversaire de King Corporation tombe un samedi de septembre, sous un ciel d'un bleu si pur qu'il en paraît irréel. La tour de verre et d'acier qui domine Manhattan scintille de tous ses feux, parée pour l'occasion comme une reine le jour de son couronnement. Les drapeaux claquent au vent, les jardins qui entourent le bâtiment ont été réaménagés, et une foule d'employés, d'associés, de journalistes et d'amis se presse dans le grand hall pour célébrer deux décennies de règne sans partage. Deux décennies. Vingt ans. Un tiers de ma vie passée à bâtir cet empire, à le défendre, à le faire croître. Et aujourd'hui, pour la première fois, je m'apprête à annoncer que mon règne touche à sa fin. Pas aujourd'hui, bien sûr. Pas brutalement. Mais progressivement, par étapes, en douceur. C'est ainsi que je veux transmettre le flambeau. Pas comme mon père, qui s'est éteint en me laissant le fardeau sur les épaules, avec pour seul héritage une promesse impossible à teni
Chaque mot est une lame. Précise. Documentée. Fatale. Il égrène ma vie comme on lit un CV, avec le détachement clinique d'un officier du renseignement qui débrieffe un agent capturé. — Vous enquêtez sur L'Œil depuis quatre mois. Vous avez contacté sept anciens employés, dont trois ont accepté d
BlancheJe le vois avant de savoir qui il est.Pas parce qu'on me le montre. Pas parce qu'un serveur ou une initiée me le désigne avec cette révérence craintive que j'observe chez les habitués. Mais parce que tout s'organise autour de lui sans qu'il ait à lever le petit doigt. Comme un soleil noir
Blanche Sa voix est éduquée, traînante, celle d'un homme qui n'a jamais eu à élever le ton pour obtenir ce qu'il veut.— Je… j'observe pour l'instant.Il sourit. Et ce sourire est pire qu'une menace. C'est le sourire de celui qui t'a déjà classée, cataloguée, étiquetée. Le sourire de celui qui sai
BlancheLa première chose qui me frappe quand je franchis les portes de L'Œil, c'est l'odeur.Je m'étais préparée à tout. Aux relents de transpiration, aux parfums bon marché masquant mal la débauche, à l'odeur âcre des backrooms que j'avais infiltrés pour d'autres enquêtes. Mais ici, rien de tout







